Du nouveau à Mouthes.

Les nouveautés de 2017

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, notre blog est doté depuis peu d’un onglet supplémentaire en haut de cette page portant la mention « Les gîtes« .  En pointant le curseur sur cet onglet on voit apparaitre en dessous « La Ruine » et « Gite équestre de Beauséjour« . Et si on clique sur un de ces onglets apparait alors une description sommaire et quelques photos des deux maisons que nous proposons désormais à la location en tant que gîtes ruraux. Étonnant non?

L’un dispose d’une piscine et peut accueillir 8 personnes, l’autre n’a pas de piscine mais dispose de 4 boxes à chevaux attenants.

L’Aimé Chai

L’autre nouveauté récente est la sortie de notre nouvelle cuvée en rouge issue de l’assemblage des 4 cépages dont nous disposons: Merlot, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon et Malbec.

Entrent dans cet assemblage des vins légers et fruités, issus de vignes jeunes que nous avons récoltées à la machine. En vertu du principe de précaution, et pour faire face au danger de « soif persistante », nous avons conditionné une bonne partie du volume en magnums.

À voir dans la rubrique « les vins« .

Le Gîte LA RUINE

Le Gîte équestre de BEAUSÉJOUR

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Frisette et Racaille

Mercredi dernier Cathy et Clémence sont allées rendre visite à Didier Barral à Faugères. Je devais initialement faire partie du voyage mais des imprévus de dernière minute ont fait que je n’ai pu, une fois de plus, quitter mon port d’attache. La visite du Domaine Barral a été aussi enrichissante que prévu. Je parlais dans un article récent des contradictions de la bio, et en écrivant l’article je me disais justement que des gens comme les Barral, Marck Angéli et quelques rares exceptions de ce style n’étaient pas concernés par ce que j’écrivais.

La visite sur place confirme l’idée que l’on se fait de Didier Barral quand on le rencontre loin de chez lui, ou quand on regarde ce que raconte le site internet du Domaine Léon Barral. Une harmonie, une cohérence entre les propos et les actes, le discours et l’attitude d’un paysan soucieux de l’avenir de nos enfants, de notre planète. Une sagesse, une réflexion approfondie sur le monde dans lequel nous vivons, sur les équilibres qui ont fait que la vie est ce qu’elle est, et sur la fragilité de ces équilibres qui, si nous les malmenons trop durement, finiront par s’effondrer comme des châteaux de cartes.

Nous sommes bien loin des cahiers des charges de la certification bio, ou biodynamique. On se situe dans une recherche d’intégrité, à ne surtout pas confondre avec intégrisme, aussi éloignés l’un de l’autre que sont éloignés la crédibilité et le fanatisme. L’intégrité en bio consistant à rechercher en permanence le plus grand respect de l’environnement et d’une certaine éthique générale, en délaissant l’aspect formel, règlementaire de la bio. Quel besoin a-t-on de savoir si le Domaine Barral est certifié bio quand on voit dans les vignes non palissées se promener vaches, ânes, chevaux, chèvres et cochons, ou quand on voit se construire le chai avec de la chaux et des pierres tirées de la colline et taillées sur place? Et surtout quand on goûte les vins en élevage, si expressifs et si vivants, avec des signes de rébellion dans certaines barriques, qui contraignent parfois Didier à éliminer des vins qui n’ont pas suivi le chemin qu’il souhaitait.

Sur la photo suivante on voit le travail hivernal fait par les décavaillonneuses automatiques et comestibles. Un travail peut-être pas parfait, mais qui a le double avantage d’aérer le sol de la vigne et de nourrir les décavaillonneuses qui ne manqueront pas à leur tour de nourrir leur propriétaire.

Vignes labourées

En nombre suffisant ces machines bio parcourent les vignes et retournent le sol à la recherche de racines et de vers d’autant plus présents que la structure du sol est respectée. Certes quelques piquets sont bousculés et certains pieds de vigne malmenés mais lorsque le sol est trop humide ou quand les bourgeons commencent à pousser les animaux sont sortis des vignes et le vigneron reprend les choses en main.

décavaillonneuses au travail

Pour tout dire le voyage de Cathy et de Clémence n’était pas désintéressé. Clémence rêvait depuis longtemps d’agrandir son élevage d’une espèce supplémentaire: les cochons. Face à notre refus qui durait depuis bien longtemps elle a dû faire preuve de persuasion, comme en témoigne la photo suivante.

Clémence

Comme d’habitude nous avons fini par céder. Et c’est en discutant avec Didier au salon Renaissance à Angers que nous avons convenu d’échanger quelques poules et lapins contre deux cochons. Les poules et lapins devant faire le bonheur de Victor, petit éleveur de Faugères, et les cochons décavaillonneurs celui de Clémence. Car l’un comme l’autre, petits campagnards qu’ils sont vivent heureux au milieu de leurs animaux. Victor, à 8 ans, se passionne pour son élevage de cailles et oublierait parfois de rentrer le soir si on n’allait pas le chercher pour diner.

Victor BarralIl faut dire qu’au Domaine Léon Barral il n’y a ni internet ni ordinateur, et encore moins de téléphone portable ou de GPS. Pas étonnant que Victor vive proche de la terre et non pas dans un monde virtuel comme la plupart de nos enfants, connectés en permanence à des jeux en ligne, des wii, suspendus au portable et aux écrans en tous genres. Victor connait les animaux, sait qu’on les élève pour les manger et qu’on doit bien les nourrir afin qu’ils nous nourrissent quand le moment sera venu, comme on cueille un fruit ou un légume après l’avoir cultivé.

C’était la base du marché avec Clémence qui, malgré ses 16 ans a du mal à accepter qu’on tue ses animaux pour les manger. Elle voudrait faire de tous ses pensionnaires des animaux de compagnie et aimerait que chaque œuf pondu par ses poules donne un poussin plutôt que de finir parfois en omelette. Elle aimerait que tous ses lapins deviennent des reproducteurs, et tous ses poussins des coqs et des poules qui mourraient de vieillesse. Cela n’est peut-être pas dû au fait qu’il y ait chez nous des ordinateurs, des portables et internet, mais cela révèle quand même un certain refus de la réalité, une négation de la nécessité de se nourrir. Car elle n’est pas végétarienne, et mange le viande de bon cœur à condition qu’elle ne provienne pas des animaux qu’elle a élevés.

Nous avions donc convenu que nous irions chercher deux cochons à condition que Clémence accepte par avance qu’on en fasse de la charcuterie. Je les avais d’ailleurs déjà baptisés, et comme il s’agissait d’un mâle et d’une femelle ils devaient s’appeler Andouillette et Saucisson, histoire de les préparer psychologiquement. Les voici.

Frisette et Racaille au box

Sauf que les Barral avaient déjà pris soin de les baptiser. Elle Frisette en raison de ses soies un peu plus longues et un peu plus bouclées que celles de ses congénères et lui Racaille pour sa fâcheuse manie de ne pas respecter grand chose, et de franchir allègrement les clôtures. Cela lui avait d’ailleurs valu de recevoir sur l’arrière train un coup de peinture rouge  pour le reconnaitre facilement lors du prochain recrutement d’un porcelet destiné au tourne-broche. Il sera donc chez nous en surcis jusqu’à nouvel ordre. Quant à Frisette, et grâce au pouvoir de persuasion de Clémence elle se destine à devenir la base de son élevage porcin, et a donc toutes les chances de durer beaucoup plus longtemps que son copain Racaille.

Clémence devrait être pleinement satisfaite, comblée puisqu’elle nous a dit que mercredi avait été le plus beau jour de sa vie. Pourtant elle a déjà commencé à nous tanner pour que nous repartions à Faugères, cette fois-ci pour acheter des vaches. Elle est tombée sous le charme des vaches de Didier et rêve d’avoir les mêmes à la maison.Vache jersiaise Affaire à suivre…

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Le terroir qu’est-ce?

Je viens de passer la journée au chai, occupé à soutirer des vins pour les préparer à une imminente mise en bouteilles.

C’est quoi soutirer?  Eh bien çà consiste à transvaser du vin d’un contenant à un autre. En l’occurrence aujourd’hui je vidais des cuves pour en remplir d’autres. Par la même occasion je réalisais des assemblages de cuves pour donner naissance à ce qui va être la Pie Colette 2009. Le tout bien sûr ponctué de dégustations régulières afin de vérifier en temps réel que le résultat de notre travail de l’année est bien à la hauteur de nos espérances. Résultat concluant. Tellement concluant d’ailleurs que j’en viens à m’interroger sur les raisons de cette réussite (et je suis modeste!…): comment se fait-il que ce vin de picole, sans prétention, produit le plus simplement du monde soit à ce point fruité, gourmand, frais, croquant alors qu’on trouve tant de vins produits avec sûrement beaucoup plus d’efforts, de compétences et de soins qui ne procurent aucun plaisir.

Nous avons débattu de cette question sans bien sûr y apporter de réponse.

Après avoir passé en revue tout ce qui ne plaide pas en la faveur de la pie Colette (les vignes sont jeunes, les rendements ne sont pas très faibles, les densités de plantation ne sont que de 5000 pieds/ha) nous avons essayé de faire l’inventaire des différences notoires entre la façon dont ce vin est produit et la façon dont sont produits la plupart des vins que nous aimons beaucoup moins.

La première nuance serait le fait que ce vin a fermenté spontanément, sans levurage artificiel. De là à en conclure que les levures artificielles donnent des vins moins bons, je ne me le permettrais pas.

Ensuite il n’y a pas eu de recherche d’extraction, l’écoulage a été très précoce et durant la macération il n’y a eu ni pigeage ni remontage. Cela explique qu’on ne soit pas gênés par un excès de tannins mais çà ne suffit pas.

Enfin il y a le fait  que depuis l’écoulage le vin n’a connu qu’un soutirage après la fermentation alcoolique et un aujourd’hui après la fin de la fermentation malo-lactique. Aucune intervention, aucun additif, pas de collage, pas de filtration.

Ces raisons suffisent-elles à expliquer la différence entre ce vin de fruit et tant de vins oenologiquement sans défauts mais qui ne donnent aucun plaisir ? Peut-être mais dans ce cas là çà veut dire que l’œnologie et la technologie ont fait beaucoup de mal. Et comment serait-il possible que les vignerons aient eu recours aussi systématiquement à des moyens qui leur coûtent aussi cher pour aboutir à des vins moins bons? Vaste débat que nous ne manquerons pas d’aborder plus tard.

Pour éviter de rentrer dans un débat trop épineux nous pourrions dire que la différence vient du TERROIR! Ah oui tiens, bonne idée. Après tout on n’a qu’à dire çà, comme tout le monde. Cà simplifie beaucoup de choses, surtout tant qu’on n’a pas besoin d’expliquer ce que çà veut dire. C’est magique ce mot, quand on ne sait pas on dit c’est comme çà, c’est le terroir. Facile non? Et çà marche du feu de dieu.

Euh, ou plutôt çà a eu marché. Tellement bien marché que le mot terroir est aujourd’hui galvaudé et utilisé à toutes les sauces. Il y a aujourd’hui des boutiques, des marchés, des fromages, des légumes et bien sûr des vins qui s’en revendiquent  mais qui n’ont de terroir que l’étiquette qu’on leur a collé dessus.

Il faut dire que c’est sacrément tentant d’utiliser un mot aussi riche de signification quand il est bien employé mais à la fois aussi vague et difficile à définir. « Terroir » c’est pas comme « Grand Cru », tout le monde peut le revendiquer. Et peu de monde s’en prive. Même si l’élaboration du produit est basée sur des notions situées aux antipodes de la notion de terroir.

D’ailleurs le terroir, qu’est-ce?

Voici une proposition de définition par l’INAO:

Un terroir est un espace géographique délimité, dans lequel une communauté humaine construit au cours de son histoire un savoir collectif de production, fondé sur un système d’interactions entre un milieu physique et biologique, et un ensemble de facteurs humains.

Les itinéraires socio-techniques ainsi mis en jeu révèlent une originalité, confèrent une typicité, et aboutissent à une réputation pour un bien originaire de cet espace géographique.

 

Pas mal non?

Définition légèrement différente de la Division des sciences écologiques et de la terre de l’UNESCO:

Un Terroir est un espace géographique délimité défini à partir d’une communauté humaine qui construit au cours de son histoire un ensemble de traits culturels distinctifs, de savoirs, et de pratiques fondés sur un système d’interactions entre le milieu naturel et les facteurs humains. Les savoir-faire mis en jeu révèlent une originalité, confèrent une typicité et permettent une reconnaissance pour les produits ou services originaires de cet espace et donc pour les hommes qui y vivent. Les terroirs sont des espaces vivants et innovants qui ne peuvent être assimilés à la seule tradition.

 

Pas simple tout çà.

Reconnaissons quand même que quand on parle de vin le mot terroir est souvent sujet à une autre interprétation, beaucoup plus liée au sol. Quand on parle de minéralité, d’expression du terroir, on entend par là que le sol sur lequel a poussé la vigne a donné au vin quelque chose de différent de ce que donne un autre sol. Quand on parle de différence entre par exemple un terroir calcaire et  un terroir granitique on parle de l’influence qu’a le sol sur le goût du vin. C’est cette notion là du terroir qui nous intéresse quand nous goûtons les vins que nous produisons et qui nous permet de reconnaitre, à l’aveugle, si un vin vient du plateau calcaire de Soumensac ou des boulbènes de St Sernin, quel que soit le cépage et quelle que soit la couleur. C’est cette notion là qui manque souvent dans les vins que nous dégustons, souvent bien faits, qui expriment souvent plutôt bien le cépage à partir duquel ils ont été produits mais qui ne procurent aucune émotion et qui n’ont pas ou peu de potentiel de garde. C’est cette notion là que nous trouverions abusif de mettre en avant quand il s’agit de la pie Colette car nous nous imposons pour nos vins que nous prétendons de terroir une rigueur beaucoup plus grande dans la conduite des vignes et dans l’élaboration du vin.

Peut-être que si nous étions dans une Appellation prestigieuse et si nous avions été habitués à la facilité nous ne serions pas plus vertueux que d’autres et ne nous gênerions pas pour revendiquer une forte expression de terroir sans forcément le mériter. Peut-être même nous serions nous installés dans le confort qui consiste à laisser les plus vertueux de ses collègues faire les efforts nécessaires à la mise en valeur du Terroir, et à profiter de la notoriété acquise pour tirer, sans se fatiguer, les bénéfices des efforts des autres. Nous profiterions abusivement du terroir commun, comme on prend abusivement dans le tiroir caisse.

Les contradictions de la bio

Je me suis fait interpelé hier par un de mes voisins qui porte le même prénom que moi et qui par conséquent ne peut pas être totalement mauvais. « Tu achètes un sécateur électrique? Mais ce n’est pas bio! Ce qui est bio c’est le vieux sécateur manuel ». Le ton taquin de sa réplique n’enlève rien à la justesse de son propos. Je n’ai d’ailleurs pas cherché à me défendre et ai reconnu que je cédais à la solution de la facilité après avoir passé quelques jours à tailler avec la cisaille à deux mains vu que nous étions 6 à tailler pour 5 sécateurs électriques. Les courbatures dans mes épaules étant difficilement compatibles avec ce besoin de confort auquel je cède de plus en plus en prenant de l’age, je me résigne à une contradiction de plus, et je me console en me disant que la vie est faite de contradictions. Je reconnais volontiers que plutôt que de fournir moi-même l’énergie nécessaire au fonctionnement de ma vieille cisaille je préfère que ce soit l’électricité fournie en grande partie par l’uranium de la centrale nucléaire qui recharge pendant la nuit la batterie de mon sécateur électrique pour que durant la journée cette énergie fasse fonctionner la lame de l’appareil alors que mon effort à moi se limite à presser avec l’index de ma main droite la gâchette de cet outil fort reposant.

Je parle de contradiction parce que j’estime que quand on se dit bio on devrait avoir en permanence à l’esprit la sauvegarde de notre planète et la préservation de notre environnement. Il me semble qu’avant de se poser en donneur de leçons sous prétexte qu’on est labellisé bio on devrait se poser la question de son impact global sur l’environnement au sens large du terme. Le cahier des charges de la bio ne tient aucun compte de l’impact carbone, de la quantité d’eau potable que l’on utilise, n’encourage aucunement la traction animale ou les travaux manuels plutôt que la mécanisation. Les exemples ne manquent pas de vignerons droits dans leurs bottes, ne doutant de rien, convaincus d’être irréprochables, appliquant avec zèle les méthodes de la biodynamie au point de passer dans leurs vignes plus de 50 fois par saison avec leur tracteur pour épandre la préparation nécessaire à l’instant T.

Je ne dénigre pas les vignerons certifiés bio dont je fais partie, je dis simplement que la certification bio, et le logo dont elle autorise l’utilisation ne sont que la preuve du respect d’un cahier des charges relativement laxiste. On s’octroie une certaine gloire d’utiliser des « produits naturels » pour traiter nos vignes plutôt que d’utiliser des molécules de synthèse et nous avons peut-être raison mais pourra-t-on se contenter longtemps de cela? Pourra-t-on indéfiniment se glorifier de travailler nos sols plutôt que d’utiliser des désherbants sans répondre de la quantité de fioul utilisée par an? Ou devra-t-on un jour, pour être respectable, embaucher suffisamment de personnel pour faire le travail avec des vaches, des chevaux ou des pioches?

Et que dire du chai? Qu’entend-on par vins naturels? On s’accorde à dire qu’un vin naturel contient peu de soufre et qu’il n’a pas été levuré ni enzymé mais qui tient compte des kwh utilisés pour faire fonctionner les groupes de froid, les climatiseurs et les laveurs haute pression? Qui mesure la quantité d’eau potable utilisée par litre de vin produit? Et l’impact sur l’environnement des transports frigorifiques nécessaires à la conservation des vins naturels?

Je n’ai pas de réponse à toutes ces questions mais au moins je m’interroge et je suis conscient des contradictions auxquelles je suis confronté. C’est peut-être pour cela que je ne considère pas le fait d’être certifié bio comme une fin en soi mais plutôt comme une nécessité commerciale du moment. Alors que ce que j’appellerai une « démarche écolo », c’est à dire une attitude individuelle, indépendante, réfléchie et cohérente peut être tout autant respectable qu’une certification officielle et souvent aveugle. La démarche écolo responsable n’autorise pas de passer 50 fois dans ses vignes avec son tracteur, ou de désherber avec la débroussailleuse thermique alors que le cahier des charges de la bio ou de la biodynamie le permet.

Les écolos non certifiés sont de plus en plus rares parce que le marché a besoin de logos, et les bio certifiés non écolos de plus en plus nombreux pour la même raison. L’agriculture en général, et la viticulture en particulier s’orientent massivement vers ce mode de production et c’est tant mieux. Je ne peux qu’encourager les acteurs de ce changement et les féliciter pour leur choix mais je les mets modestement en garde contre les déceptions imminentes auxquelles ils s’exposent si ils se contentent de suivre le cahier des charges qui leur est imposé. Ne rêvons pas, le logo bio ne sera pas longtemps suffisant. Que nous produisions du vin, des légumes, des fruits, des poulets ou quoi que ce soit, nos produits, en plus d’être bios, devront être bons et « écolos ». Les poulets industriels étiquetés bio pour avoir mangé des aliments produits à base de céréales certifiées bio n’auront la côte que jusqu’à ce que le consommateur sache comment ils sont élevés. Un jour viendra ou le consommateur préfèrera un poulet pas bio élevé pendant 4 mois au grand air qu’un poulet bio élevé 2 mois dans un bâtiment surchauffé.

Et concernant les vins, quand toutes les bouteilles porteront le logo bio, c’est à dire dans pas longtemps, le consommateur choisira ses vins comme il faisait avant que le logo existe, c’est à dire sans en tenir compte.

La mode du bio.

Le marché du vin en vrac subit en ce moment  une grave crise dont bon nombre de vignerons craignent de ne pas se relever. Chacun trouve ses propres explications à la situation actuelle mais rares sont ceux qui proposent des solutions pour en sortir. Une des possibilités, adoptée par certains consiste à se convertir vers la bio.
La bio a le vent en poupe et c’est tant mieux. On constate aujourd’hui un fort engouement pour ce mode de production avec, dans le monde du vin une demande qui progresse pour le moment plus vite que l’offre.  Les cours actuels du marché des vins bios en vrac sont fort alléchants mais cela va-t-il durer?. Espérons le. Mais ne devrait-on pas se souvenir de ce qui s’est passé avec un autre signe de qualité qu’est l’AOC? Rappelons qu’à ses débuts et pendant longtemps l’AOC a été pour le vigneron la garantie de vendre vite et bien une production dont le signe distinctif « AOC » était considéré par le consommateur comme une garantie de qualité et d’authenticité. Ce signe étant pour le vigneron le « visa » qui lui assurait un débouché lucratif pour sa production, il s’est contenté de se concentrer sur l’objectif d’obtenir ce visa, c’est à dire de faire en sorte que son vin soit accepté à la dégustation d’agrément. Les volumes de vins produits en AOC ont sans cesse progressé en même temps que la qualité des vins produits hors AOC s’est améliorée, et que les vins étrangers, d’excellente qualité pour la plupart, ont conquis de plus en plus de marchés. Le consommateur s’est rendu compte que la qualité du vin n’était pas forcément proportionnée au prestige du signe qu’il portait, et cédant à la curiosité s’est intéressé à des étiquettes moins ronflantes mais parfois pleines de bonnes surprises. La demande étant moins forte pour les vins d’AOC il a bien fallu baisser leur prix pour continuer à les vendre, tirant en même temps vers le bas le prix des vins de pays et des vins de table.
Qu’est ce qu’on constate aujourd’hui? Que quel que soit le signe que porte le vin (Vin de France, IGP ou AOC ) il ne se vend bien que si il plait au consommateur, c’est à dire que si après l’avoir goûté celui-ci a envie d’en racheter et de le conseiller à ses amis. Le vin bio échappe pour l’instant à cette logique, le signe AB étant généralement suffisant pour vendre à des inconditionnels de ce mode de production un vin dont la qualité ne serait pas suffisante pour le vendre en conventionnel. La bio est dans la situation où se trouvait l’AOC il y a encore 10 ans: forte demande et offre limitée. L’offre va croitre très vite. La demande va-t-elle suivre? Espérons le. Je crois quant à moi que la mention AB ne restera pas longtemps suffisante pour faire acheter au consommateur un vin de qualité moyenne, et j’encourage la profession à ne pas refaire avec la bio les mêmes erreurs qu’avec l’AOC. Car un jour tout le monde ou presque sera en bio et seuls ceux qui feront mieux que leurs collègues s’en sortiront. Sachons y penser dès aujourd’hui et anticiper en faisant des vins non seulement bios, mais aussi meilleurs que les autres, car c’est simplement la logique des choses. La vigne en bio, par sa bio diversité, la vie microbienne de son sol, l’enracinement plus profond de ses ceps, les rendements moindres qu’elle produit devrait logiquement produire des raisins meilleurs. À la charge du vigneron d’utiliser au mieux ces raisins pour en faire des vins de caractère, plus digestes et plus authentiques que des vins produits en agriculture conventionnelle. Je ne doute pas qu’à cette condition le consommateur ne sera pas déçu et en redemandera.

Quelques belles plantes

Travailler un peu sur le site est une bonne excuse pour échapper à la froidure actuelle. Je viens de retrouver quelques photos de fleurs prises dans les vignes ou leur environnement proche que je n’avais pas mis le temps de publier sur le moment.

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Cette fritillaire a été prise en bordure de parcelle, près de la route, le 23 mars 2009.

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Ces jacinthes sauvages ou jacinthes des bois ont été photografiées le 20 mars 2009 dans notre vieille vigne de Sémillons de Loubès Bernac.

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Ces deux Orchidées Pyramides, communes dans la région, photografiées  tout près des précédentes mais un mois plus tard, le 24 avril.

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Ces minuscsles orchidées, les premières de la saison, que j’ai prises dans ma main (sans les cueillir bien sûr), pour mettre en évidence leur petite taille, ont fleuri au bout de nos vignes de St Sernin le 10 avril 2009.

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Pour ces trois dernières photos j’ai un peu triché. Ce sont les seules qui n’ont pas été prises chez nous mais chez Christian Imbert, incroyable vigneron Corse qui nous a laissé un énorme souvenir. A plus de 80 ans il nous a reçus de façon inoubliable le 2 avril 2009 sur son magnifique Domaine de Torraccia. Je ne résiste pas à l’envie de publier une photo de ce personnage haut en couleurs, même s’il n’a pas grand chose à voir avec la rubrique « botanique ».

Christian Imbert 02/04/09

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Travaux des vignes

avant-ebourgeonnage450Le printemps est une période durant laquelle le vigneron n’a pas le temps de s’ennuyer.
Une de ses occupations consiste à enlever les bourgeons qu’il estime superflus et dont le surnombre serait préjudiciable à la qualité du futur raisin.
Cette opération s’appelle l’ébourgeonnage, que l’on réalise en même temps que l’épamprage qui consiste à éliminer les jeunes pousses qui naissent et se développent sur le vieux bois. On voit sur la photo un jeune pied de Merlot avant épamprage et ébourgeonnage.

apres-ebourgeonnage450Nous n’avons conservé que le nombre de bourgeons qui nous semble suffisant pour produire environ 40 hl de vin à l’hectare, soit un peu plus de 5000 kg de raisin.
Le jeu consiste donc à essayer de récolter aux environs d’un kg de raisin par pied de vigne, sachant que dans le cas de cette photo la densité de plantation est de 5000 pieds à l’hectare.

Une grappe de Merlot pouvant peser, suivant les années, de 100g à 250g, il peut falloir de 4 à 10 grappes pour produire un kg de raisin. Et comme on ne peut pas deviner au printemps quelle sera la taille des grappes à la récolte on se fixe pour objectif de récolter une moyenne de 8 grappes par pied, en se disant que si on constate au mois d’août que les grappes sont énormes il nous reste la solution d’en éliminer une partie par la vendange en vert.

On remarque au sol la végétation supprimée et à l’arrière plan les pieds pas encore ébourgeonnés.

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Le climat n’est pas bon

Le temps passe vite. Cela fait plus d’un mois maintenant que je veux vous parler d’un phénomène que malgré mon age avancé je n’avais jamais constaté jusqu’à cette année. Comme vous le savez ou ne le savez pas les moissons des céréales à paille (blé-orge-avoine etc…) ont lieu chez nous vers la fin du mois de juin ou le début du mois de juillet. La plus tardive de ces céréales est le triticale, genre de croisement entre le blé et le seigle, que nous récoltons habituellement plutôt vers la fin juillet. Le printemps 2011 ayant été particulièrement chaud les moissons ont eu lieu cette année plus tôt que d’habitude, et le triticale a été récolté début juillet, alors que les blés étaient moissonnés depuis déjà trois bonnes semaines.

 

Lors de la récolte certains grains ou certains épis tombent au sol, et peuvent alors être mangés par les rongeurs ou les oiseaux, ou peuvent germer et donner naissance à un nouveau pied de céréale. Le mois de juillet ayant été particulièrement humide et froid beaucoup de grains ont germé et se sont développés. Les grains qui germent en été ne donnent normalement qu’un pied chétif qui ne produit pas d’épi car les céréales d’automne ont besoin d’un minimum de froid pour initier la formation de l’épi. Il se trouve qu’en 2011 le triticale en question s’est particulièrement bien développé et a formé des épis au moment des vendanges, c’est à dire en septembre.

 

Le fait de former des épis à l’automne est déjà un phénomène exceptionnel pour une céréale d’hiver. Cela veut dire que la céréale s’est crue au printemps puisque normalement la formation de l’épi a lieu après les froids de l’hiver. Mais le plus étonnant reste à venir, car après la formation de l’épi il faut encore des conditions favorables pour que la floraison ait lieu, puis la fécondation des fleurs et enfin le développement des grains dans l’épi et leur maturation. Cela se passe à la fin du printemps et au début de l’été et demande suffisamment de chaleur et de soleil pour que la plante, grâce à la photosynthèse, nourrisse correctement les grains et que ceux-ci, après avoir atteint leur maturité, sèchent sur le pied pour pouvoir être récoltés.

 

Les conditions météo de la fin de l’année 2011 ont été si exceptionnelles que les grains de triticale tombés au sol au moment de la récolte ont réussi à produire des grains mûrs, ce qui veut dire que si on avait semé une céréale à la dose normale aussitôt après la moisson on aurait pu faire une deuxième récolte.

 

 

 

 

 

On voit sur l’image qui précède que certains pieds sont encore verts mais que la plupart ont atteint la maturité. Sur l’image suivante on voit l’épi mûr sur lequel les grains ont germé en raison des pluies de décembre et janvier

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces photos ont été prises le 27 janvier 2012 mais auraient pu être prises un mois plus tôt. Les grains commençaient juste à germer. Si le climat exceptionnel que nous avons eu en 2011 devait devenir la norme on pourrait sérieusement envisager de faire deux récoltes  par an. On atténuerait ainsi le risque de pénurie, de flambée des prix et de famine dans certains pays. Nous n’en sommes heureusement pas là mais on pourrait au moins, si ça arrivait, trouver  un côté positif au changement climatique…

 

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A Bisto de Nas, groupe de vignerons du Sud-ouest dont nous faisons partie …

A BISTO DE NAS, est une association qui regroupe sept vignerons et un artisan distillateur. Nous partageons tous et toutes la même philosophie du raisin et du vin. Le respect de la nature et du fruit est notre priorité.
Pas de concessions à la qualité, des vins naturels qui sont la parfaite expression de leur terroir et des cépages qui les composent.
A BISTO DE NAS est à même de vous proposer une gamme complète en vins du Sud-Ouest. Vous pourrez apprécier l’incroyable diversité de cette région ou la vigne est cultivée depuis plus de deux mille ans.

Les membres de notre groupe sont les suivants :

  • Nous-mêmes : Jean-Mary et Cathy Le Bihan à Duras

plaisir du vin

Ce site étant le nôtre, vous comprendrez au fil de ces pages notre philosophie et la passion qui nous habite.

  • Laurent Cazottes, distillateur dans le Tarn

laurent

Sa spécialité, les EAUX DE VIE puisqu’il est distillateur ou paysan liquoriste. Un procédé unique et un travail de patience. Héritier d’un savoir-faire de bouilleur ambulant, Laurent s’installe en 1998 et décide de perpétuer le métier à domicile. Dans le travail de ses spiritueux, il cherche à allier tradition et respect de la nature afin de produire la meilleure qualité possible. Toutes ses productions, achats et récoltes s’opèrent dans un contexte de conversion vers l’agriculture biologique et de plus en plus orientés vers la biodynamie. Pour en savoir plus www.letonneaudessaveurs.com et cazottes@club-internet.fr

  • Matthieu Cosse à Cahors

mathieu

AOC CAHORS. La finesse du Malbec sur ce territoire si propice …  Agenais d’origine, oenologue de formation et vigneron cadurcien depuis 1999 par goût pour ce vin noir et sa finesse. En janvier 2001, il exploite 24 ha et convertit très vite 9 ha du vignoble situé sur la croupe sidérolithique du plateau en biodynamie d’où la cuvée « Le Sid ». Le moins d’interventions possibles sur le raisin et un travail tout en douceur afin d’obtenir un fruit très pur. Une politique de rendement faible, des vendanges manuelles en maturité optimale, un tri sur la vigne, des extractions douces pour respecter la qualité du fruit et des élevages longs en barriques sont nécessaires pour une expression maximum du vin. Plus que jamais, le souci est d’obtenir des vins denses, équilibrés et aux tannins fins. Pour le joindre matthieu.cosse@gmail.com

  • Christine Dupuy à Madiran

christine

AOC MADIRAN. Domaine Labranche Laffont. Lorsque travail rime avec passion …  C’est en 1993, à la sortie de l’école d’oenologie que Christine reprend les 6 ha de vignes familiales et devient alors la plus jeune viticultrice de l’appellation. Adoptée et soutenue par la profession, elle abat un travail étonnant dès le début. Son objectif est simple, élaborer des vins de qualité et lutter contre cette mode de vins stéréotypés. La base … c’est le terroir. Christine est une des deux vigneronnes de Madiran à posséder encore des vignes de Tannat d’avant le phylloxéra et datant de la fin du 19ième siècle ! Pour la joindre labranchelaffont@aol.com

  • Jean-Marc Grusseaute à Jurançon

camin

AOC JURANÇON.  Ce n’est qu’en 1988, après des études de viticulture et oenologie, que Jean-Marc arrive sur le vignoble familial pour travailler avec sa mère ce qu’ils aiment appeler « leur colline ». Vigneron acteur de son environnement, il est très sensibilisé à l’agriculture biologique par sa démarche de mise en valeur qualitative du terroir. Ici, ce sont les parcelles qui font les cuvées … Plus de détails sur www.caminlarredya.fr et jm.grussaute@wanadoo.fr

  • Marc Pénavayres à Fronton

marc

AOC FRONTON. Château Plaisance.  Cultivée depuis plusieurs générations, l’exploitation a été reprise et agrandie par Marc en 1991, venant à la suite de Louis, son père. Non épargné au tout début par les recettes modernes de culture et de vinification, le domaine se recentre au début des années 2000 sur des techniques de culture douces. La recette est simple : un travail de la vigne au plus proche du terroir, sans engrais ni désherbants, en privilégiant les produits naturels, la récolte d’une vendange très mûre, très saine, triée, et des vinifications guidées par l’idée de « faire parler la terre », en levures indigènes. Plus de détails sur www.chateau-plaisance.fr et chateau-plaisance@wanadoo.fr

  • Bernard Plageolles à Gaillac

bernard plageolles

AOC GAILLAC. Domaine Tres Cantous. C’est avec son père Robert que Bernard travaille aujourdhui les vignes. Défenseurs du patrimoine ampélographique gaillacois, ils s’évertuent à faire redécouvrir les 14 cépages oubliés ou perdus de cette appellation. Tous leurs vins issus des plus anciens cépages de Gaillac sont le fruit d’une recherche développée depuis plus de 20 ans. Le conservatoire leur a aussi permis de retrouver des techniques de vinification d’autrefois qu’ils appliquent notamment pour la cuvée « Mauzac Nature ». Pour les joindre robert-bernard.plageoles@wanadoo.fr

  • Christian Roches à Bergerac

christian

AOC BERGERAC. Domaine de l’Ancienne Cure.  Cinquième génération à cultiver la vigne, Christian hérite d’une partie de la propriété en 1984 et c’est 5 ans plus tard qu’il décide d’aménager le chai de vinification afin de devenir vigneron indépendant. Après quelques années, dans l’optique de faire de meilleurs vins, il décide de revenir sur les fondamentaux : la terre et la plante. Pour le  joindre 05.53.58.27.90

 

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Coup de gueule

9 novembre 2014, fin des vinifs d’un millésime étonnant, surprenant, inattendu. Alors que tout allait mal cet été avec des températures anormalement basses et des pluies incessantes, alors que même au début des vendanges les raisins ne nous plaisaient pas on peut dire aujourd’hui que le résultat est inespéré. Tout va donc pour le mieux me direz vous? Pas tant que ça! Si je me remets devant le clavier après un si long silence c’est aussi et surtout pour parler de tout ce qui m’exaspère dans notre entourage, particulièrement agricole. Depuis bientôt deux ans que je n’ai rien écrit sur ce blog il s’en est passé des choses qui m’ont donné envie de pousser mon coup de gueule. Que ce soit l’agriculture en général ou la viticulture en particulier, bien des évènements plus ou moins récents ne me portent pas, hélas, à être fier de ma profession. D’autant plus que nous avons, en Lot et Garonne, le triste privilège d’avoir une chambre d’agriculture présidée par la Coordination Rurale, syndicat agricole dont le discours à la fois prétentieux et égoïste finit par me décider à affirmer mon désaccord avec les agissements et les revendications d’un monde agricole dont je fais partie et qui me fait honte.

 

Honte des slogans affichés au bord de nos routes et financés par la collectivité: « foutez nous la paix, laissez nous travailler ». Autrement dit on ne veut pas de normes, pas de restrictions, on veut pouvoir produire comme on veut, polluer à volonté, faire n’importe quoi mais surtout continuer à bénéficier des aides de l’Europe. « Les agriculteurs vous offrent le paysage ». Comme si les agriculteurs travaillaient pour le plaisir des yeux de leurs concitoyens. Comme si les paysages avaient besoin de l’intervention des paysans pour être beaux, comme si l’agriculture intensive et productiviste prônée par les syndicats majoritaires rendaient la Beauce plus belle que la Lozère. Honte d’entendre certains paysans prétendre que ceux qui ne voient pas les choses comme eux, et qui s’inquiètent de l’avenir de notre planète sont des « intellectuels parisiens déconnectés des réalités ». Je ne pense pas être un « intellectuel parisien déconnecté des réalités » pourtant je m’inquiète des conséquences sur l’environnement et sur la santé publique de notre agriculture. Je suis depuis longtemps étonné que la politique agricole commune continue de subventionner l’irrigation tout en ayant pendant longtemps subventionné simultanément les jachères obligatoires à hauteur d’au moins 10% des surfaces pour cause de surproduction. Alors qu’on entend tous les jours parler du réchauffement climatique et des conséquences désastreuses qu’il va avoir sur notre environnement avec notamment des déficits d’eau potable on en est encore à encourager et subventionner une agriculture fortement consommatrice d’eau. On pousse, par le levier économique, le paysan à produire du maïs irrigué partout en France. Alors qu’on demande aux ménages de préserver la ressource en eau sachant qu’une famille de 4 personnes consomme en moyenne 150 m3 d’eau par an, un hectare de maïs irrigué consomme couramment entre 1000 et 3000 m3 par an. Une exploitation agricole qui apporte 200mm d’eau (2000m3 à l’ha) sur 100 ha de maïs aura consommé dans l’été 200 000 m3 d’eau soit autant que 1300 familles de 4 personnes. Je ne dis pas qu’il ne faut pas arroser le maïs, je dis qu’on peut quand même en parler et se demander si les pouvoirs publics ne seraient pas bien inspirés de chercher à promouvoir d’autres formes d’agriculture, ne serait-ce qu’en arrêtant de subventionner l’irrigation.

 

Dans le monde viticole dont je fais aussi partie nous avons eu une belle démonstration de mauvaise foi de la profession viticole dans l’affaire Olivier Cousin qui a enfreint la loi en mentionnant le terme « Anjou » sur ses bouteilles de vin de France alors qu’Anjou est une AOC et que par conséquent le terme est protégé par l’INAO et ne peut être utilisé que sur un vin d’AOC. Nous avons entendu les défenseurs des AOC parler de tromperie du consommateur, comme si le vin d’Olivier Cousin n’était pas produit en Anjou. On ne défend pas le consommateur mais des avantages acquis au fil du temps par la profession viticole qui ne se soucie en réalité que de préserver des privilèges réservés aux AOC comme la chaptalisation ou l’utilisation des termes Château, Domaine, Clos etc…Comment expliquer que si les raisins ne sont pas suffisamment mûrs on a le droit d’y ajouter du sucre pour en faire de l’AOC mais que c’est interdit si on en fait du vin de France. Autrement dit un vin à l’étiquette ronflante du genre « Chateau Truc Much AOC Bordeaux Supérieur » peut avoir été produit dans une grange pourrie avec des raisins pas mûrs additionnés de sucre de betterave sans enfreindre la législation alors que les plus beaux raisins des plus beaux terroirs du plus beau chateau de la Gironde ne pourront pas mentionner Chateau sur leur bouteille s’ils préfèrent être en vin de France plutôt que de cotiser au syndicat et à l’interprofession des vins de Bordeaux . Je ne dis pas que n’importe qui doit pouvoir écrire n’importe quoi sur ses étiquettes, je dis que la tromperie du consommateur n’est pas là où  le disent certains et qu’il ne faut pas prendre les gens pour des abrutis en prétendant défendre le consommateur alors qu’on ne pense qu’à défendre ses intérêts économiques immédiats.

 

Je ne parlerai pas ce soir des bonnets rouges ni de notre ministre de l’écologie qui parle d’abord et réfléchit (parfois) ensuite. Il m’a semblé nécessaire de dire que tous les paysans ne sont pas des brutes épaisses qui saccagent tout et maltraitent les animaux. Beaucoup ont comme moi honte du discours et des actes de ceux qui nous représentent. De même qu’il est malvenu lors des grèves des trains d’insulter les rares chemineaux qui travaillent, il serait malvenu de mettre tous les paysans dans le même panier que ceux qui empoisonnent les villes avec leur lisier ou martyrisent des pauvres ragondins.