Lundi 28.

Comme convenu hier soir nous nous rendons chez Maurice, le maire d’Antoetra à 6 h du matin. Il est déjà allé récupérer chez le pépiniériste les plants de palissandre que nous devons planter ensemble sur une parcelle en cours de reboisement. Maurice habite à Ambositra, à une quarantaine de km de sa mairie d’Antoetra. Après une quinzaine de km sur la N7 on bifurque à gauche pour emprunter une mauvaise piste caillouteuse.

direction Antoetra

Le panneau se trouve dans le village d’Ivato (on dit Ivat ). L’image suivante montre le début de la piste dans le village d’Ivato.

 

 

 

 

 

Nous nous engageons donc sur ce chemin hasardeux avec le minibus, suivis par Maurice avec son 4×4. Nous croisons du monde en permanence, il n’y a pas un endroit où on puisse se sentir à l’abri des regards. Des gens partout, tous au travail ou en train de s’y rendre. Les gens semblent contents de nous voir et nous saluent chaleureusement. Nous sommes impressionnés par la taille d’un genre de pelle que porte un homme sur son épaule.

Chercheur d'or

On voit au premier plan l’outil traditionnel de travail du sol qu’utilisent tous les paysans que nous avons rencontrés. Mais au second plan on aperçoit un engin incroyable, avec un manche d’environ 4 m de long et d’un diamètre énorme.

 

 

 

Hadj, notre chauffeur nous apprend que cet outil est utilisé par les chercheurs d’or. Ils creusent des trous dans le lit des rivières et déversent le matériau retiré du fond du trou dans la battée, souvent tenue par leur femme.

Mais la majorité des femmes travaillent dans les rizières. Celle-ci, qui s’écarte de la piste quand elle nous entend arriver porte sur sa tête des plants de riz qu’elle va repiquer dans la boue, sous le niveau de l’eau, avec une dextérité et une rapidité qui nous impressionnent.

plants de riz

Au fur et à mesure que nous avançons nous avons la confirmation que le code de la route se résume à la phrase « plus t’es gros et plus t’es prioritaire ». Le klaxon est très utilisé et permet de dégager la route devant soi. Quand deux véhicules doivent se croiser les piétons sautent les fossés car ils ne semblent pas imaginer qu’un des deux véhicules prendrait le temps de s’arrêter ou même de ralentir par égard pour un piéton.

 

 

 

Même cet attelage s’est déporté très loin sur le côté au son du klaxon du minibus, pour revenir sur la piste dès que nous l’avons eu dépassé.

Il est environ 8 h quand nous arrivons à Antoetra.

 

 

 

Les enfants du village s’approchent de nous mais contrairement à ce qui se passe dans les endroits fréquentés par les touristes ils ne mendient pas.

Enfants d'Antoetra

Le village est tout petit mais la commune rurale couvre une surface immense. 50 km d’est en ouest et 80 km du nord au sud, accessible uniquement à pieds. Les villages sont au nombre d’une quarantaine et distants de plusieurs heures de marche les uns des autres. La population totale est d’environ 15 000 habitants. Nous nous apprêtons à partir pour 5 jours de marche et déposons à la mairie les affaires dont nous n’avons pas besoin. Le 4×4, sur lequel sont entreposés les plants de palissandre va nous avancer sur le chemin de Sakaivo, le premier village que nous devons traverser.

Nous arrivons assez vite sur le chantier de reboisement, où une équipe de villageois est déjà au travail.

Chantier plantation

On voit sur la gauche le terrain à reboiser, sur la droite le terrain préparé pour la plantation et entre les deux le tas de souches et de racines arrachés à la main avant la plantation.

jeune plantation

Et voilà le travail: 3 piquets par arbre planté pour qu’il soit bien protégé lors des futures opérations d’entretien. On voit à gauche de la piste une plantation plus ancienne. L’herbe a repoussé mais il va falloir s’en occuper car les arbres mettront 10 ans avant d’atteindre la hauteur de 1 m.

 

 

 

Une photo de groupe de l’équipe de plantation et nous reprenons le 4×4 pour aller aussi loin que nous pouvons avant de commencer notre longue marche. Le plus à gauche sur la photo est le maire Maurice.

terminus piste carossable

Cette croix posée sur un piton rocheux matérialise le terminus de la piste. À partir de là nous prenons nos sacs à dos et continuons à pieds. Le chemin est étroit et pentu mais nous ne tardons pas à apercevoir le village.

Sakaivo

La pente est raide mais le paysage est magnifique. Nous ne faisons quasiment que descendre pour arriver au village.

 

 

 

La matinée est bien avancée quand nous atteignons le village. Les gens en nous voyant commencent à s’agiter, les enfants crient.

Village

Les abords immédiats du village sont cultivés en terrasses, malgré les fortes pentes.

 

 

 

Les portes et les fenêtres des cases sont richement sculptées. Cette culture Zafimaniry a été classée au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO.

 

 

 

Les planches qui constituent les murs des cases sont elles aussi sculptées de motifs plus ou moins sophistiqués.

maison zafimaniry

Midi approche et nous sommes invités à déjeuner dans la case du chef du village. Tous les notables, c’est à dire les anciens du village sont de la partie.

Notables

Chacun à son tour fait un discours et Maurice a souvent le mot pour rire. Le protocole est assez précis et nous devons nous aussi, à tour de rôle, prendre la parole pour remercier les villageois de nous avoir reçus et pour demander l’autorisation de prendre congé. C’est d’ailleurs ce que nous faisons sans trop tarder car le chemin est encore long pour nous rendre à Antetezandrotra où nous devons inaugurer un terrain de sport.

au revoir Sakaivo

Sakaivo vu sous un autre angle, alors que nous nous éloignons. À partir de là nous allons mieux supporter les dénivelés car dorénavant nous avons des porteurs.

petit village

Nous faisons une courte halte dans un petit village où nous n’étions pas annoncés. Il n’y a pas grand monde car bon nombre sont partis nous attendre à Antetezandrotra pour l’inauguration du terrain de foot. Il reste au village des enfants et des sculpteurs sur bois à qui nous achetons quelques objets magnifiques.

Des montées, des descentes, nous avons l’impression que nous n’arriverons jamais à ce village que nous finissons par apercevoir au loin.Une foule de gamins nous attendent sur le terrain de foot. Le terrassement, dont on peut évaluer l’ampleur a été réalisé par les femmes du village, les hommes étant tous occupés à travailler à l’extérieur du village.

Tetezandrotra

Là comme ailleurs les discours durent longtemps. Le soleil est déjà bien descendu vers l’horizon et Vohitrandriana est encore loin. Il nous tarde de pouvoir prendre congé. Nous ne sommes pas les seuls à trouver le temps long. Une petite fille qui porte deux membres de sa fratrie, dont s’est endormi celui qu’elle a sur le dos aimerait bien que ça se finisse.

Fatigue

Nous essayons de faire au plus vite en prenant soin de ne heurter personne et prenons congé.

 

 

 

Faliarivo est situé sur un piton rocheux. Quand nous arrivons le village est quasi désert. Tout le monde est parti à Vohitrandriana pour y disputer un match de foot. Comme nous sommes en retard les villageois ont du croire que nous étions passés par un autre chemin.

relief

Le village est magnifique mais nous ne nous y attardons pas. Un panneau à la sortie du village indique Vohitrandriana 2km300. On approche du but.

chemin sinueux

Les paysages sont magnifiques mais vraiment accidentés. Martial qui s’était fixé pour objectif de porter son sac à dos jusqu’au bout finit par capituler et le poser. C’est Marc, son père qui prend la relève. On est tous rincés et les nuages s’amoncellent, on voit le moment où on va se prendre l’orage quand à la sortie d’un virage on aperçoit enfin notre but.

Vohitandriana

Nous arrivons à notre village étape au moment où se joue le match de foot entre Vohitrandriana et Faliarivo. Le village est désert, tout le monde est au terrain.

Vohitran

Nous ne sommes là que pour la nuit, que nous allons passer dans l’école que l’on voit sur la gauche. Il nous tarde vraiment de nous allonger.

Fin de l’épisode 2.

Encore un long silence depuis le dernier article, mais pour une fois j’ai un alibi valable: nous étions à Madagascar. Partis le 25 novembre nous sommes rentrés avant-hier, le 10 décembre. Bouleversé par ce que nous avons vu, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager certaines images, et de vous faire part de certaines impressions.

Nous sommes arrivés à 10 heures du matin à l’aéroport de Tananarive, après être partis la veille au soir et avoir avancé nos montres de 2 heures. Un jeu amusant durant le voyage consistait, avec nos amis Mark et Martial Angéli, à essayer de deviner, en fonction de la tête et de l’attitude des passagers de l’avion, quelle pouvait être leur motivation pour se rendre à Madagascar. Un groupe de 4 hommes aux âges variant entre 50 et 60 ans, apparemment issus du milieu agricole peu évolué, laissait peu de place au doute quant à l’objet de leur convoitise.

À notre arrivée notre chauffeur nous attendait avec son minibus pour nous emmener vers le sud, à Antsirabé où nous allions passer notre première nuit.

La première impression que l’on a en arrivant, après avoir changé un peu d’argent, est de se sentir très riche. Contre 150 euros on reçoit 423 000 ariarys (on prononce ariars). L’euro vaut 2820 A, et le « SMIC » est à 3000 A par jour pour les hommes. Les femmes qui travaillent dans les rizières sont souvent payées 1200 A par jour. Le litre de Gazole est à plus de 3000 A le litre. Cette impression d’être riche s’évapore assez vite quand on constate à quels tarifs sont les hotels ou les repas dans les restos comparés aux salaires. Le premier plein de gazole nous coûte 110 000 A et le premier acompte au chauffeur 100 000 A. On commence très vite à moins faire les malins.

Partout, à chaque arrêt les gens s’attroupent autour de nous. Des enfants, des femmes et des hommes nous proposent toutes sortes de bonnes affaires: des pierres, des nappes, des balades en pouse-pousse ou, comme sur la photo qui suit, des colliers.

vendeuse de colliers

Toujours en commençant par demander un prix exorbitant pour finir, même quand nous ne sommes pas intéressés par nous demander de faire une offre, souvent avec beaucoup d’insistance.

Nous faisons la connaissance de Julien, responsable local de la ZOB avec qui nous dinons au restaurant de l’hotel Green Parck. La ZOB n’est pas une entreprise spécialisée dans une forme particulière de tourime mais la Zébu Overseas Board. Une association qui vous propose, contre la somme de 300 euros, d’acheter un zébu pour le mettre à la disposition, sous forme de vente à crédit, de paysans qui sans cette solution ne pourraient accéder à la traction animale.

Nous parlons avec Julien de la situation économique peu reluisante de Madagascar. Les paysans sont de plus en plus nombreux à ne pas pouvoir honorer leurs échéances auprès de la ZOB, les gens des villes sont de plus en plus insistants pour vendre aux vazahs  (c’est ainsi que l’on nomme les blancs) leurs bibelots, leurs montres Rollex, lunettes Gucci ou parfums n° 5 de Chanel d’origine chinoise.

Nous allons nous coucher avec un réel sentiment d’impuissance face à toute la détresse à laquelle nous avons déjà pu assister.

Le lendemain dimanche nous partons assez tôt pour visiter le lac du volcan Tritriva. Quelques kilomètres de piste défoncée sur laquelle des équipes d’ouvriers au travail sur le bord de la route côtoient les gens endimanchés se dirigeant vers l’église. Nous sommes surpris de voir toutes ces équipes s’affairer au curage manuel des fossés ou à la construction de caniveaux en pierre autant le dimanche matin qu’à notre retour, en milieu d’après midi.

 

 

 

 

 

 

 

Il y avait même sur cette piste, chose extraordinaire que nous n’avons vue nulle part ailleurs, une vieille niveleuse et un compacteur. Eux aussi en activité le dimanche.

Nous arrivons près du volcan en minibus et n’avons que peu de distance à parcourir à pieds pour atteindre le lac. Nous sommes entourés d’enfants qui nous suivent pour nous expliquer que ce magnifique lac a été exploré en 1993 par le commandant Cousteau, qu’il a une profondeur de 146m, que l’eau contient trop de souffre pour qu’il puisse y avoir des poissons, qu’il est impossible de s’y baigner si on a mangé du porc avant sous peine de s’y noyer. Ils nous expliquent aussi que le niveau de l’eau monte pendant la saison sèche et baisse pendant la saison des pluies, sans que personne ne sache vraiment pourquoi.

lac Tritriva

Les enfants nous accompagnent durant toute notre balade en nous parlant de la faune et de la flore présentes, en nous montrant une araignée que nous n’aurions pas vue alors qu’elle a la taille de ma main.

 

 

 

 

Nous sommes entourés de petits guides qui sans cesse nous proposent leurs pierres, leurs coquillages ou leurs bracelets. Nous finissons par leur acheter quelques bricoles en les remerciant de nous avoir si bien informés au sujet du lac.

nos petits guides

Nous ne tardons pas à prendre le chemin du retour et sommes aussitôt en présence de nuées d’enfants qui courent à côté de la voiture dont les vitres sont ouvertes, en nous demandant un stylo pour l’école ou un bonbon pour leur petit frère, et toujours avec ce sourire désarmant. On se sent pris en tenaille entre l’envie de leur donner quelque chose tant des objets insignifiants pour nous semblent si importants pour eux, et le sentiment qu’en faisant ces gestes on les encourage à persévérer dans cette démarche de harcèlement du vazah. On se dit que ce que l’on peut faire pour quelques uns ne peut être qu’une goutte d’eau dans un désert de misère avec pour dégât collatéral d’encourager des pratiques qui ne sont porteuses ni d’avenir ni de dignité.

Nous sommes subjugués par l’état d’entretien de ces vastes étendues agricoles, travaillées en grande partie à la main. Pas un coin de terre n’est négligé. Du riz partout, parfois complanté de quelques pieds de maïs, quelques lopins de haricots, de magnoc, de pommes de terre ou de patates douces. Tout est cultivé en terrasses, les digues et les canaux faits à la main. culture en terrasses

La plaine est immense et les terrasses montent jusqu’en haut des collines. Le nombre de personnes nécessaires pour travailler avec autant de soins de telles étendues dépasse notre imagination.

Nous repassons à l’hôtel récupérer nos affaires avant de reprendre la route pour Ambositra (on dit Amboustr) où nous avons rendez vous le soir avec Maurice, le maire d’Antroeta (antroèt) village sur lequel doit se dérouler notre mission. Arrivés à Ambositra nous prenons le temps d’aller visiter un atelier de marqueterie. L’artisan qui nous reçoit nous montre comment il travaille et comment il confectionne lui même ses outils. Jusqu’à la lame de scie qu’il confectionne à partir d’un vieux pneu.

Marquetterie

On le distingue mal sur la photo mais il est en train de tirer avec sa tenaille sur le fil de fer qui constitue l’armature du talon d’un ancien pneu. La longueur de fil de fer contenue dans le talon d’un pneu de camion représente un stock de scies pour quelques années.

 

 

 

Le fil de fer extrait du pneu est ensuite écrasé sur un morceau de ferraille à l’aide d’un petit marteau. Une fois le fil de fer aplati il est coincé dans la rainure d’une planche afin de pouvoir y former des entailles rapprochées à l’aide d’un petit burin. L’opération jusque là a duré environ 2 mn.

burin

En moins de 3 mn la nouvelle scie est prête à être montée sur la scie sauteuse, confectionnée bien sur par le même ouvrier qui, faute d’être ingénieur est fort ingénieux.

 

 

 

Nous rencontrons comme prévu Maurice à notre hôtel et dinons avec lui pour mettre au point l’emploi du temps de la semaine. Nous avons au programme l’inauguration de 3 écoles neuves financées par l’association Babakoto (Babakout) et de quelques terrains de foot dans différents villages de la commune d’Antroéta.  Les villages sont assez distants les uns des autres et accessibles seulement à pied. Nous avons au programme 5 journées bien remplies dans les montagnes Zafimaniry.

Babakoto

À suivre…