Aujourd’hui se tenait à Duras la première demi journée d’un programme de formation prévu sur 6 journées. Nous sommes finalement une bonne vingtaine à participer à ce projet qui s’intitule « Valoriser nos terroirs pour mieux vendre nos vins » que nous aurions aussi pu baptiser « tenter de mieux connaitre nos terroirs dans l’espoir de mieux valoriser nos vins ».

Cette première session était animée par le directeur du centre de gestion local et portait sur la situation économique des exploitations viticoles de Duras, comparativement aux autres appellations locales et à l’ensemble de l’agriculture départementale. L’exposé n’a pas été très long et heureusement car il n’a parlé que des moyennes, voire des moyennes médianes c’est à dire des moyennes établies après avoir écarté les 25% les plus performants et les 25% les moins performants. Autrement dit on parle de la moyenne des exploitations moyennes, c’est à dire qu’on ignore les systèmes qui marchent très bien et les systèmes qui marchent très mal.

Je me suis permis de dire qu’une fois de plus on évitait les vraies questions, et que ce qui m’aurait semblé intéressant aurait plutôt été de savoir si on pouvait identifier à Duras des systèmes qui marchent très bien économiquement et si oui comment ils fonctionnent. Et inversement, si certains systèmes sont voués à l’échec, qu’on nous dise lesquels pour nous éviter certaines erreurs.

Mais bon, les débats qui ont suivi étaient intéressants et les échanges fructueux. Tous les vignerons présents comptent sur cette formation pour créer à Duras une émulation, une dynamique qui devrait être profitable à tous. Les interventions de Maurice Chassin en matière de dégustation, d’analyse sensorielle afin de définir les différents styles de vins à Duras et si possible identifier une ou des originalités, ou de Dominique Massenot pour comprendre l’influence des pratiques culturales sur la personnalité des vins sont très attendues. Vu la motivation des gens réunis autour de la table je suis très optimiste quant à la tournure que peut prendre ce stage. Nous devrions enfin pouvoir parler de terroir, parler de la différence entre la notion de qualité dans les vins, très vague et à mon avis incontournable, et la notion de personnalité, d’originalité que devrait revêtir un vin d’AOC digne de ce nom.

Le prochain rendez vous (avec Maurice Chassin) est fixé au premier février. Cathy et moi risquons de ne pas être très frais car nous aurons passé trois jours dans la Loire, à Angers et à Saumur pour les Salons « Renaissance  » et « la dive bouteille » qui se finit la veille au soir.

Si, comme je n’en doute pas, les débats sont enrichissants je tâcherai d’en faire l’écho sur cet espace de liberté.

A bientôt donc.

Le marché du vin en vrac subit en ce moment  une grave crise dont bon nombre de vignerons craignent de ne pas se relever. Chacun trouve ses propres explications à la situation actuelle mais rares sont ceux qui proposent des solutions pour en sortir. Une des possibilités, adoptée par certains consiste à se convertir vers la bio.
La bio a le vent en poupe et c’est tant mieux. On constate aujourd’hui un fort engouement pour ce mode de production avec, dans le monde du vin une demande qui progresse pour le moment plus vite que l’offre.  Les cours actuels du marché des vins bios en vrac sont fort alléchants mais cela va-t-il durer?. Espérons le. Mais ne devrait-on pas se souvenir de ce qui s’est passé avec un autre signe de qualité qu’est l’AOC? Rappelons qu’à ses débuts et pendant longtemps l’AOC a été pour le vigneron la garantie de vendre vite et bien une production dont le signe distinctif « AOC » était considéré par le consommateur comme une garantie de qualité et d’authenticité. Ce signe étant pour le vigneron le « visa » qui lui assurait un débouché lucratif pour sa production, il s’est contenté de se concentrer sur l’objectif d’obtenir ce visa, c’est à dire de faire en sorte que son vin soit accepté à la dégustation d’agrément. Les volumes de vins produits en AOC ont sans cesse progressé en même temps que la qualité des vins produits hors AOC s’est améliorée, et que les vins étrangers, d’excellente qualité pour la plupart, ont conquis de plus en plus de marchés. Le consommateur s’est rendu compte que la qualité du vin n’était pas forcément proportionnée au prestige du signe qu’il portait, et cédant à la curiosité s’est intéressé à des étiquettes moins ronflantes mais parfois pleines de bonnes surprises. La demande étant moins forte pour les vins d’AOC il a bien fallu baisser leur prix pour continuer à les vendre, tirant en même temps vers le bas le prix des vins de pays et des vins de table.
Qu’est ce qu’on constate aujourd’hui? Que quel que soit le signe que porte le vin (Vin de France, IGP ou AOC ) il ne se vend bien que si il plait au consommateur, c’est à dire que si après l’avoir goûté celui-ci a envie d’en racheter et de le conseiller à ses amis. Le vin bio échappe pour l’instant à cette logique, le signe AB étant généralement suffisant pour vendre à des inconditionnels de ce mode de production un vin dont la qualité ne serait pas suffisante pour le vendre en conventionnel. La bio est dans la situation où se trouvait l’AOC il y a encore 10 ans: forte demande et offre limitée. L’offre va croitre très vite. La demande va-t-elle suivre? Espérons le. Je crois quant à moi que la mention AB ne restera pas longtemps suffisante pour faire acheter au consommateur un vin de qualité moyenne, et j’encourage la profession à ne pas refaire avec la bio les mêmes erreurs qu’avec l’AOC. Car un jour tout le monde ou presque sera en bio et seuls ceux qui feront mieux que leurs collègues s’en sortiront. Sachons y penser dès aujourd’hui et anticiper en faisant des vins non seulement bios, mais aussi meilleurs que les autres, car c’est simplement la logique des choses. La vigne en bio, par sa bio diversité, la vie microbienne de son sol, l’enracinement plus profond de ses ceps, les rendements moindres qu’elle produit devrait logiquement produire des raisins meilleurs. À la charge du vigneron d’utiliser au mieux ces raisins pour en faire des vins de caractère, plus digestes et plus authentiques que des vins produits en agriculture conventionnelle. Je ne doute pas qu’à cette condition le consommateur ne sera pas déçu et en redemandera.

Ceux qui l’ont vue se souviennent de l’émission « Envoyé spécial » intitulée « le vin est-il encore un produit naturel? ». Bon nombre de spectateurs s’étaient offusqués de la façon dont étaient dites les choses, et jugeaient tendancieux les sous entendus et allusions qui portaient à croire que les vignerons se cachaient pour levurer ou pour coller leurs vins. Les faits relatés dans cette émission ne pouvaient pas être contestés mais la mise en scène d’exemples choisis portait à croire que la majorité des vinificateurs étaient des empoisonneurs et que les techniques viticoles et oenologiques courantes étaient à tel point honteuses qu’il était préférable de les pratiquer en cachette.

J’ai copié sur le site du Passeur de vin un lien vers ABE (À Bon Entendeur) une émission de télé suisse que j’ai pris le temps (32 mn) de regarder et que je recommande chaleureusement à tous ceux qui s’intéressent au vin et qui souhaitent se faire une opinion sur les avantages et les inconvénients des vins naturels. Pas de provocation ni de sensationnel dans ce document, simplement une présentation objective et sans agressivité de deux visions différentes des méthodes oenologiques. A voir.

Nous sommes de retour. Nous étions invités à déjeuner chez Chantal et Bernard Lonati à Lully près de Genève. La Colombière, une belle table s’il en est. Chantal et Bernard avaient lancé à quelques uns de leurs amis vignerons une invitation spontanée pour fêter « la vie ». Ayant nos deux voitures en panne, une ayant rencontré un chevreuil et l’autre s’étant faite rencontrer par un gros 4×4, nous avons loué un véhicule et pris la route de Genève en début d’après midi. Nous dinions le soir chez notre copain Manu qui nous recevait le plus dignement du monde. Seule déception,  le Bâtard Montrachet 95 de chez Anne Claude Leflaive était bouchonné. Tout le reste était parfait.

Le lendemain donc, nous retrouvions à la Colombière une vingtaine de copains vignerons qui comme nous avaient fait le déplacement pour fêter la vie. Michèle Aubéry de Gramenon, Fanfan Ganevat, Anne et Manu Houillon acompagnés de Pierre Overnoy, Thierry Allemand, Eric Pfifferling, Hervé Souhaut, Maxime Magnon, Yvon Métras, Agnès et Jean Foillard, Cécile et Philippe Valette, François Ribo, Paul-Henri Soler, Julie Balagny étaient de la partie. Tous avaient fait le déplacement « pour le plaisir », sans but commercial, simplement pour ne pas laisser passer l’occasion d’un bon repas en bonne compagnie. Les discussions nous ont emmené à la conclusion que nous avions beaucoup de chance. Que nous faisions un métier rempli de bonheurs à commencer par le plaisir d’exercer une passion plus qu’un travail, et de pouvoir partager cette passion avec des gens dont ce n’est pas le métier mais qui nous considèrent un peu comme des artistes, au même titre que nous considérons comme des artistes les chefs du niveau de Bernard.

Nous avons surtout la chance d’avoir fait le bon choix en optant pour la recherche de l’amélioration permanente de la qualité. Commencer par se convaincre que ce que nous faisons est perfectible à l’infini, et que si bien que nous fassions il restera toujours une multitude de choses à améliorer pour tendre vers une qualité meilleure de nos produits. La question n’étant pas de savoir quels sont les points à améliorer, mais quels sont les points les plus urgents à améliorer, tant il y a de choses perfectibles, tant dans nos vignes que dans nos chais.

Quand j’entends des vignerons quels qu’ils soient prétendre qu’ils n’ont rien à améliorer au niveau de la qualité de leurs vins,  je me dis qu’il est bien dommage de ne pas pouvoir leur faire partager ne serait-ce qu’un instant la passion qui nous anime pour qu’ils puissent mesurer l’abîme qui sépare l’existant de la perfection. Les vignerons satisfaits de leurs produits sont généralement mécontents du marché, se plaignent de la crise, de la concurrence, des contraintes de l’INAO ou de je ne sais quoi. Ils se plaignent de s’épuiser en dures luttes commerciales pour essayer de vendre leur vin. Je comprends que ce soit épuisant les dures luttes mais nom d’une pipe, les gens avec qui nous mangions à la Colombière n’ont pas ces problèmes. Tous manquent de vin et pourraient facilement céder à la tentation d’augmenter les rendements pour produire davantage, mais ne le font pas de peur que la qualité en pâtisse.

J’ai entendu dire récemment lors d’une réunion de vignerons (pas les mêmes qu’à la Colombière) que pour s’en sortir le vigneron devait désormais être plus commerçant que paysan. Je prétends exactement le contraire. Le vigneron qui s’est fait VRP n’est plus dans ses vignes ni dans son chai. C’est par un travail assidu de paysan passionné que naissent les vins de caractère. Les soins apportés à la vigne et au vin, même s’ils ne donnent pas des résultats immédiats, seront récompensés durablement alors que les efforts commerciaux pour vendre un produit banal seront un éternel recommencement.

Je ne peux que souhaiter aux vignerons qui ne sont pas encore atteints de se faire piquer par la mouche qui nous a piqués et de trouver autant de plaisir que nous dans l’exercice de ce métier merveilleux. Ils finiront alors par connaitre le bonheur de voir la demande dépasser leur capacité de production, et n’auront pas idée de se plaindre de la conjoncture. Par contre ils saisiront toutes les opportunités d’améliorer leurs compétences dans l’espoir de faire des vins meilleurs, et n’auront surtout pas idée de dire « mes vins sont bons, les stages de formation ne me concernent pas ».

Face à l’inquiétude, pour ne pas dire l’angoisse grandissante des habitués de ce blog qui se demandent ce que je deviens je décide aujourd’hui de sortir du long silence qui dure depuis bientôt 3 mois.

Je vais rassurer tout le monde je ne suis pas mort, je n’étais même pas malade mais simplement un peu occupé. Depuis le 3 septembre, date du dernier article publié par mes soins, je me suis consacré au passe temps favori de tout vigneron passionné qui se respecte: les vendanges avec sa période de préparatifs et sa période des vinifications. Nous avons écoulé cette semaine la dernière cuve de rouge, entonné celles qui étaient prêtes à l’être et nous sommes dans les préparatifs pour la mise en bouteilles du Vieillefont 2008. Une nouvelle qui va faire plaisir à ceux qui s’y sont pris trop tard pour acheter du 2007 (épuisé)  et qui attendent avec impatience la sortie du 2008.

De mes 3 mois de « vacances » je rapporte quelques souvenirs dont ces quelques photos de la faune locale.Araignée sur table de tri

Par exemple cette magnifique araignée.Araignée sur raisinsOu celle ci qui a l’air elle aussi d’avoir mangé beaucoup de raisin. Toutes les deux ont eu la chance de passer par la table de tri qui leur aura évité de finir leur vie dans une cuve de vin rouge.Larve de sphinxUne larve de sphinx tombée à temps d’une grappe de raisin avant de se retrouver dans le pressoir.

Bientôt d’autres nouvelles mais mes vacances ne sont pas tout a fait terminées, je dois y retourner.

Pour une fois que quelqu’un parle de nous en bien, on ne va pas bouder notre plaisir. Le magazine est Britannique « France mag« , l’article est en Anglais. Voici un lien pour le consulter:

http://www.francemag.com/food-and-wine-french-wine-french-regional-wine-secrets-of-the-dordogne–237842

Dans la série « les chevilles qui enflent » nous ne manquerons pas de signaler la sortie récente du Bettane & Desseauve 2011 qui site 9 Domaines de Duras dont le notre. Les Meilleurs vins à petits prix de Gerbelle & Maurange 2011 parle aussi de Duras en bien. Et enfin ces jours-ci le guide de Olivier Poussier, Antoine Gerbelle et Olivier Poels, « Les meilleurs vins de France 2011″ parle des Côtes de Duras et décerne une étoile à notre domaine.

Tout cela devrait être un motif de réjouissances dans notre appellation qui jusqu’à présent était passée sous silence dans la plupart de ces guides et revues. Cela pourrait être accueilli avec enthousiasme, fêté, publié, arrosé…Eh bien non, surtout pas. Silence radio, sujet tabou. Et pourquoi s’il vous plait? Tout simplement parce que les gens qui ne sont pas cités pourraient se sentir offensés, insultés. Parler de ces guides qui citent certains domaines et pas les autres consisterait à cautionner  ce système qui prétend que certains vignerons font mieux que d’autres, que certains vins sont meilleurs que d’autres, et par conséquent à reconnaitre que tous les terroirs ne se valent peut-être pas, ou que tous les vignerons n’ont peut-être pas le même talent. Ces choses qui semblent évidentes partout ne passent pas à Duras. Prétendre que la notoriété d’une appellation dépend surtout du niveau et du nombre des meilleurs vins qui en sortent n’est pas chez nous politiquement correct. Prétendre que l’avenir de notre appellation passe entre autres par la mise en place de séances de formation, animées par des intervenants de haut niveau, et ouvertes à tous les vignerons désireux de mettre en commun leurs efforts en vue d’améliorer la qualité de leurs vins sous entend que les vins de Duras ne sont pas assez bons ou que la compétence des vignerons n’est pas sans limites. Dommage qu’il soit si difficile de se comprendre, dommage que nous n’arrivions pas à convaincre nos collègues que c’est de cette quête sans fin d’une qualité meilleure, de cette remise en question permanente que nait la passion qui nous anime et que naissent des vins authentiques et originaux.

Les discours réalistes sont malvenus chez nous. Les dures réalités sont rejetées en bloc. Au lieu de parler sérieusement des raisons qui font que certains vins ne se vendent plus on préfère accuser pèle mêle le négoce, la crise, la GD, l’INAO ou la fatalité. On décerne à tous les vignerons qui le souhaitent une médaille portant la mention « cuvée de l’excellence » à apposer sur une de leurs cuvées dans la couleur de leur choix. Tout le monde y a droit, c’est l’école des fans. Cette opération a pour but de saluer les progrès qualitatifs réalisés au cours des 25 dernières années. Bigre!!! qu’est-ce qu’on est bons à Duras. En 25 ans la qualité de nos vins a globalement progressé. Et malgré ça on a du mal à vendre. C’est donc bien que ce n’est pas notre faute….

Peu importe, l’avenir sera ce que nous en ferons. Ceux qui feront les efforts suffisants seront récompensés, quant aux autres ils continueront de prétendre qu’on aurait du s’appeler Bordeaux, qu’on devrait OBLIGER les négociants à nous acheter nos vins ou qu’on devrait changer le nom de notre appellation parce que quand on prononce le mot Duras les acheteurs partent en courant. Nous étions quelques uns à Duras à vouloir mettre en commun nos efforts de réflexion et de remise en question en vue de rassembler un maximum de vignerons souhaitant une réelle amélioration de la qualité de leurs vins. Il semblerait que ce projet, à force d’être édulcoré dans le but de ne choquer personne soit en train de perdre toute sa raison d’être. Tant pis.

Pas mal de choses se sont passées depuis mon dernier article, hormis bien sûr les exploits de nos footballeurs et les soucis de madame Bétencourt avec la gestion de son argent de poche ou sa façon de distribuer des pourboires.
Je parle juste de ce qui s’est passé chez nous, dans les vignes ou ailleurs et dont je n’ai pas mis le temps de vous parler en raison d’un certain manque de temps, assez chronique à cette époque de l’année.
Concernant les travaux des vignes nous venons juste de terminer les échardages, ou égourmandages. C’est un travail fastidieux qui consiste à éliminer les gourmands, ou entre-cœurs qui poussent sur les bois de l’année et qui encombrent la zone fructifère, gênent la circulation de l’air et demandent beaucoup d’énergie à la vigne en raison de leur croissance très rapide. Il en pousse un à la base de chaque feuille mais nous n’enlevons que ceux de la base des rameaux, au niveau des raisins.gourmand sur Malbec

On constate sur l’image suivante que çà représente quand même pas mal de végétation.jonchée de gourmandsOn comprend mieux la finalité de cette opération en comparant un pied de vigne avant et après échardage:

pied de Malbec avant échardage

Avant le raisin est enfoui dans le feuillage et reste humide très tard dans la journée après la rosée du matin.

pied de Malbec après échardage.Après le raisin est aéré et sèche beaucoup plus vite, ce qui limite le développement des maladies.

En même temps que les échardages ont eu lieu les relevages, épamprages et tous les travaux mécanisés qui consistent à maintenir le sol propre ou à enfouir les engrais verts qui ont été semés à l’automne.engrais vert dans vieilles vignesOn peut voir sur cette photo le mélange de graminées et de légumineuses semé à l’automne deux rangs sur trois, un rang sur trois ayant été semé d’espèces rampantes destinées à être conservées pour améliorer la portance du sol et faciliter le passage du tracteur lors des traitements.engrais vert après enfoissementL’appareil utilisé pour l’enfouissement de l’herbe est une fraise rotative mais en langage agricole courant on appelle çà un rotavator.

L’enfouissement de l’herbe a pour but d’améliorer la fertilité du sol et d’augmenter la vigueur de la vigne quand elle en a besoin, comme c’est le cas ici.

engrais vert dans jeunes vignes

Par contre dans certaines jeunes vignes la vigueur est largement suffisante. Nous faisons donc le choix de ne pas enfouir l’herbe mais de la broyer et de la laisser se décomposer à la surface du sol. Cette photo a été prise dans des cabernets sauvignons plantés en 2000. On remarque que l’engrais vert est plus grand que les pieds de vigne.Végétation après passage du broyeurDe même que dans les vieilles vignes un rang sur trois a été semé d’un couvert végétal rampant destiné à être conservé.jeune lièvre et vieux faisan

On fait bien sûr de multiples rencontres que je photographie de temps à autre comme par exemple quand un jeune lièvre et un faisan se laissent approcher suffisamment pour être visibles sur une image prise avec mon téléphone.DSC00160coupéeSur cette photo c’est un perdreau et un lièvre qui ont l’air de ne pas trop mal s’entendre.

Nous avons eu hier soir une conversation très intéressante au sujet des « vins naturels ». Les détracteurs prétendent que le vin naturel ne peut pas exister car sans l’intervention de l’homme le raisin ne devient pas « naturellement » du vin, la vigne sans l’intervention de l’homme ne donnera d’ailleurs pas de raisin susceptible d’être transformé en vin digne de ce nom. Soit. Tout dépend de ce que l’on entend par naturel. Et je n’ai pas la prétention de détenir la vrai signification de ce mot. Je ne peux que m’expliquer sur mon interprétation personnelle de la notion de « vin naturel ». Car si on analyse la vrai signification du mot « naturel » pour aboutir à la conclusion que le vin ne se fait pas sans l’intervention de l’homme donc pas « naturellement », pourquoi ne pas se mettre à analyser la signification du mot « bio » pour arriver à la conclusion que la plupart des vignes bio n’en sont pas en raison de l’utilisation des produits de traitements, certes homologués bio, mais pas pour autant inoffensifs que sont le soufre et le cuivre. Sans parler du recours immodéré à la mécanisation qui en plus des émissions de gaz à effet de serre entraine compaction des sols, érosion, pollution sonore et autres désagréments.

Mais ne nous égarons pas, revenons au vin naturel et gardons la bio pour un prochain épisode.

Par vin naturel j’entends vin dont l’élaboration a nécessité un minimum d’intrants autres que le raisin et un minimum de techniques autres que le travail de l’homme. Bien évidemment tout peut se discuter et se contester. La thermorégulation par exemple peut-elle être considérée comme naturelle? La filtration, le recours à la machine à vendanger autorisent-ils à revendiquer la notion de vin naturel? Quelle dose de soufre peut-on tolérer? Le positionnement des curseurs pour chaque critère sera toujours sujet à polémiques et chacun défendra les pratiques auxquelles il a recours, prétendant qu’il vaut mieux un peu de technologie que laisser le vin partir en vrille. Faisons appel au bon sens et considérons que par vin naturel on entend vin pas trafiqué, produit avec des raisins provenant de préférence de l’agriculture biologique et dans lequel aucun produit chimique n’a été rajouté. Si le vigneron qui veut faire un vin naturel a une démarche cohérente issue d’une réflexion honnête il bannira les levures artificielles, l’utilisation des copeaux, la flash pasteurisation ou la filtration tangentielle  non pas par doctrine ou par intégrisme mais simplement parce qu’il aura le souci de laisser faire « la nature » et sera curieux de découvrir quel vin nait de la conjugaison d’un sol, d’un cépage et d’un millésime en essayant d’éviter les déviations bactériennes et les gros défauts oenologiques. Je ne prétends pas que le vigneron ne doit rien faire et subir les effets du temps sur son vin en restant passif. Je ne dis pas non plus que sous prétexte de non intervention il doit accepter dans son vin n’importe quel défaut. Mais entre un défaut qui altère le goût du vin et qui peut être évité par une amélioration de l’hygiène et par des ouillages plus réguliers et un défaut d’aspect qui pour être évité nécessite des collages ou des filtrations sévères, chacun comprendra que le bon sens conduit assez vite le vigneron à intervenir pour éviter l’un et à accepter l’autre pour ne pas avoir besoin d’intervenir. Vin naturel ne signifie pas vin fait sans l’intervention du vigneron, dont le rôle est justement de vinifier et d’élever le vin, un peu comme on élève un bébé pour qu’il devienne un adulte. Tout réside dans les choix que fait le vigneron et dans le dosage de la prise de risque. Et quand une prise de risque aboutit, comme ça arrive parfois, à un échec, encore faut-il que le vigneron accepte qu’il a fait une erreur et l’assume en détruisant le vin plutôt que d’en faire subir les conséquences au consommateur en lui vendant un vin piqué, oxydé ou phénolé en lui disant que c’est normal parce que c’est naturel.

En faisant le choix de produire des vins naturels, le vigneron sait qu’il s’adresse à un marché de niche. Il sait que ses vins, souvent très différents des vins issus de l’oenologie conventionnelle (ou conventionnée?), ne plairont pas aux majorités, et dans le cas des AOC cela a parfois de fâcheuses conséquences.  Mais il sait aussi que les minorités qui aimeront son vin s’en souviendront en raison justement de sa forte identité et de son originalité. Il sait que les gens qui auront aimé son vin, s’ils veulent en reboire, n’auront pas idée de chercher le même vin ailleurs que chez lui.

La notion de vin naturel est pour moi assez proche de la notion de vin de terroir. Les points communs sont nombreux entre ces deux approches du vin auxquelles j’opposerais les vins technologiques. Pour faire simple, je dirais que les vins technologiques que sont les vins de cépages se font au chai, selon des procès bien précis, dans le but d’obtenir un produit aux critères définis à l’avance pour répondre aux attentes d’un marché constitué des consommateurs peu avertis et majoritaires. La qualité du raisin et sa provenance n’ont que peu d’importance dans cette démarche. Les vins naturels, comme les vins de terroir nécessitent avant tout une matière première, c’est à dire un raisin d’une qualité irréprochable. Les vins naturels comme les vins de terroir ne cherchent pas à plaire à tout le monde, ne peuvent pas être produits par millions de bouteilles et revendiquent une identité forte. La notion d’authenticité que ressent le vigneron soucieux d’exprimer un terroir est la même que celle ressentie par le vigneron cherchant à élaborer un vin naturel. Quand elles ont lieu sur un grand terroir,l’approche vin naturel et vin de terroir se complètent à tel point que la synergie des deux donne des vins à la profondeur, à la pureté et à la personnalité incomparables et inoubliables.

La limite entre les deux approches est ténue, et les deux peuvent aisément se cumuler, mais la perception qu’en a le consommateur est très différente. Il acceptera qu’un vin naturel soit à boire au plus vite, au cas ou telle ou telle matière vivante en suspension dans le vin viendrait à se développer de façon anarchique dans la bouteille. Il prendra d’ailleurs soin de le conserver à moins de 12 °C et acceptera qu’une bouteille de temps en temps soit déviée, ou en tous cas différente des autres. Par contre pour un vin de terroir la tolérance est beaucoup plus limitée.

Je suis convaincu que pour que le terroir s’exprime au mieux dans un vin celui-ci doit être produit le plus naturellement possible, par contre le fait de produire le vin naturellement n’en fait pas pour autant un vin de terroir. Le potentiel de garde est l’élément qui caractérise un vin de terroir par rapport aux autres vins. Il appartient donc au vigneron de définir quel type de vin il veut produire et si il croit à son terroir et veut l’exprimer au mieux dans ses vins il prendra soin de laisser s’exprimer au mieux ce qui est propre à ce terroir et en fait son originalité. Il sera donc dans une démarche proche de celle du vigneron qui veut produire un vin naturel mais aura en plus le souci de l’aptitude à la conservation du vin qu’il va mettre en bouteilles. Il devra donc avant tout s’assurer que le vin en question ne contient plus de sucre fermentescible et que la fermentation malolactique est totalement terminée. Il aura éventuellement recours à la précaution d’usage qui consiste à ajouter un peu de soufre dans le vin pour le stabiliser et en ralentir l’oxydation. Il devra surtout trouver le juste équilibre entre excès de sécurité qui va à l’encontre de l’authenticité du vin et excès de naturel qui augmente les risques de problèmes de conservation.

Nous étions en train de restaurer la vieille maison dans laquelle nous devions habiter. Cathy était allée le matin à Libourne pour une visite à l’Hopital Robert Boulin où elle était suivie depuis le début de sa grossesse. « Pas de souci, le col n’a pas l’air de vouloir s’ouvrir de si tôt. Revenez vendredi prochain, nous serons le 25 et comme votre terme est le 26, si rien n’a évolué et si vous le souhaitez nous pourrons provoquer l’accouchement ». Cathy était donc rentrée en fin de matinée et nous avait comme à son habitude préparé le repas de midi, puis celui du soir après avoir entre les deux cueilli des cerises, rangé la maison, participé aux travaux de maçonnerie et gardé les enfants des amis qui étaient venus nous aider à enduire des murs ou à pousser des brouettes de mortier. La journée bien remplie s’était finie par un repas copieux et bien arrosé, entre gens de 25 à 30 ans. On était vendredi soir et quelqu’un avait lancé l’idée d’aller finir la soirée en boîte. A l’exception de Cathy qui se plaignait de mal au ventre tout le monde était partant. Sa soeur, déjà maman depuis quelques années d’une petite Charlotte lui assurait que çà ne pouvait pas être le début de l’accouchement sans quoi la douleur serait insupportable. Ce ne pouvait être que la consommation excessive de cerises qui lui posait quelques problèmes de digestion. D’ailleurs ça tombait bien qu’elle n’ait pas envie de venir parce que comme ça elle allait rester garder Charlotte et Gérémy pendant que tout le monde allait finir la soirée au Caveau de la Musique à Ste Foy La Grande.

A notre retour, vers 6 H du matin, nous n’envisagions pas autre chose que se coucher et dormir. Sauf que les cerises n’étaient toujours pas digérées et que Cathy se plaignait encore plus de mal au ventre. J’ai donc dû remonter dans ma 305 Break Service et refaire la route de Ste Foy la Grande pour conduire ma compagne à l’hopital où on allait bien sûr lui confirmer ce qui lui avait été dit le matin même à Libourne: « revenez la semaine prochaine ». Et on lui a dit « vous êtes en train d’accoucher ». Ste Foy ne pratiquant pas la pérydurale on nous a suggéré de reprendre la 305 et d’aller jusqu’à Libourne. Normalement nous avions le temps. Nous sommes joueurs donc nous avons tenté. Et nous avons gagné. Gagné dans le sens où Cathy n’a pas accouché en route. Pas gagné dans le sens où l’hopital Robert Boulin de Libourne pratiquait bien la  pérydurale mais pas le week-end. L’accouchement s’est donc passé « à l’ancienne », le mieux du monde et avant midi nous étions parents d’une petite Marion qui vient de fêter ses 20 ans. Nous étions le samedi 19 mai 1990 et nous avons l’impression que c’était hier.8 ans plus tard, le 19 mai 98, pour le 8ème anniversaire de Marion Cathy mettait au monde Arno, notre quatrième enfant après Lauren en 91 et Clémence en 95. Marion nous annonce aujourd’hui qu’elle est amoureuse et que l’élu de son coeur n’est autre que S…..Nous sommes heureux pour elle (et pour lui) mais sommes un peu surpris de la vitesse à laquelle le temps a passé. La pensée que quand le même laps de temps se sera écoulé nous aurons presque 70 ans nous laisse rêveurs. Et au cas où nous n’aurions pas la possibilité de rejouer la partie, sachons profiter de la vie et faire ce qui nous semble important si nous ne voulons pas, d’ici très peu de temps, avoir le sentiment d’être passés à côté de l’essentiel.

Je m’étonne que l’idée ne me soit pas venue plus tôt de publier des images de quelques unes des trouvailles que j’ai faites en parcourant les terres et les vignes qui entourrent notre maison. Je n’ai aucune compétence en archéologie mais j’ai toujours été fasciné à l’idée que nos ancêtres ont vécu et survécu avec pour seules armes des morceaux de bois, de cornes, d’os ou de pierre plus ou moins travaillés. Les principales traces qui ont subsisté jusqu’à nous sont les pierres qui, suivant la façon dont elles ont été travaillées nous donnent une idée de l’époque à laquelle elles remontent.

biface Carnille

Celui-ci, emputé de sa pointe doit être très ancien car il est sommairement taillé et a passé suffisamment de temps en terre pour être recouvert d’un dépot calcaire relativement épais.

silex taillé

Un modèle semblable mais sûrement plus récent et provenant d’une autre carrière.Biface Pasquille

Biface Pasquille face B

Le biface de Pasquille est l’un des tout premiers que j’ai trouvés. Je devais avoir une quinzaine d’années. Pasquille est le nom de la parcelle dans laquelle je l’ai trouvé.

biface Marsalou face A

biface Marsalou face B

Un beau biface ramassé au lieu-dit Marsalou en ramassant des prunes.Biface Bruyères

biface Bruyères

Le même style taillé dans un silex d’une autre couleur, trouvé sur la commune de Loubès Benac.

éclat

Un éclat probablement utilisé comme gratoir.fragment de hache

fragment de hache

Fragment de hache polie

Fragment de hache

fragment de hache

Tous ces restes de haches polies semblent avoir des origines diverses mais sont tous taillés selon le même principe. Je les ai toutes trouvées dans un rayon de moins de 1 km autour de la maison.

L’idée que ces outils ont été façonnés par nos ancêtres il y a entre quelques milliers et quelques dizaines de milliers d’années me donne un certain vertige. Que sera notre planète quand il se sera écoulé autant de temps, et qu’aurons-nous laissé à nos descendants?