Lors des épisodes précédents je raconte notre arrivée à Madagascar et nos trois premiers jours sur l’île. Nous en étions au lundi soir, à notre arrivée au village de Vohitrandriana après une longue journée de marche. Le match de foot entre les équipes féminines de Vohitrandriana et Faliarivo est bien avancé. Nous assistons à la fin du match et à la victoire de Faliarivo.

fin du match

S’ensuit le match entre les garçons qui se solde lui aussi par la victoire de Faliarivo. Normal il y a des instituteurs à Faliarivo et des institutrices à Vohitrandriana. Mieux que ça: même le chef du village est une femme.

Mme Ravaoarisoa

C’est Madame Ravaoarisoa, ici à côté d’un des membres du conseil municipal dont elle fait elle aussi partie. Nous allons être invités, après le match de foot, à manger et à dormir chez elle. Le repas est comme d’habitude fait de riz et de poulet. Le jus de cuisson du poulet arrose le riz et l’eau de cuisson du riz est servie comme boisson d’accompagnement. Nous avons été à chaque fois très touchés par les efforts déployés pour nous recevoir le mieux possible. On nous a toujours proposé bière, coca, eau minérale, sodas, eau gazeuse et le traditionnel alcool de canne à sucre. On nous a toujours servi les morceaux de choix alors que les notables du village mangeaient les bas morceaux.

coin cuisine

On voit ici la partie cuisine: un petit feu au centre de trois cailloux, sur lesquels on pose les différentes marmites rangées le long du mur. Il vaut mieux que le feu reste petit car tout est très inflammable, des nattes sur le sol au toit en bambous en passant par les murs en planches. Et surtout les maisons n’ont pas de cheminée. La fumée s’échappe comme elle peut par les portes et les fenêtres quand elles sont ouvertes, ou à travers le toit quand tout est fermé.

 

 

 

L’enfumage permanent des maisons se traduit par le noircissement du haut des portes et des fenêtres.

Vu notre nombre nous déclinons l’invitation à dormir et demandons à nous installer dans une des salles de classe. Cela nous est accordé de bon cœur, et Maurice peut ainsi profiter seul de la pièce et du lit qui en occupe un côté. Il nous signale au passage que c’est préférable pour nous car il y a souvent des puces dans les cases. Marion ne tardera d’ailleurs pas à s’en apercevoir à ses dépens: le lendemain matin elle est couverte d’énormes boutons et pense dans un premier temps à une attaque de moustiques. Mais vu le nombre de piqûres, l’altitude où nous sommes et la température de la nuit cette éventualité est vite écartée. Il s’agit bien d’une attaque de puces qui a du se passer la veille au soir pendant le repas.

attaque de puces

Cette photo a été prise le surlendemain, alors que les symptômes avaient déjà bien diminué.  Au cours de son périple dans les villages après notre départ elle aura la désagréable confirmation qu’elle a une cote énorme avec ces petits animaux.

Au cours des différents repas, et au delà des discours de bienvenue, échanges de remerciements et autres compliments, parfois un peu longs qu’impose le protocole traditionnel, nous sommes informés de la réalité de la situation sur place. Pas toujours brillant. On nous apprend par exemple qu’il devient de plus en plus difficile de conserver ses zébus. Des bandits armés viennent les voler jusque dans les villages, y compris en plein jour au nez et à la barbe des villageois qui n’osent s’interposer, craignant les armes des bandits. Les paysans sont très attachés à leurs zébus mais ne veulent pas risquer la vie des habitants de leur village pour sauver leurs troupeaux. Nous sommes atterrés par cette nouvelle, révoltés même. Maurice nous explique que les gens de sa commune sont d’un tempérament pacifiste et qu’il ne les imagine pas prendre les armes pour affronter les bandits. La discussion s’engage sur les moyens envisageables pour enrayer ce phénomène. Le système qu’ont trouvé les villageois étant pour l’instant de parquer le troupeau (il ne reste que 10 zébus pour tout le village) dans des endroits très difficiles d’accès, loin du village. Maurice nous raconte que quelque temps avant un voleur de zébus avait été surpris et tué par les habitants d’un des villages d’Antroeta. La mère du bandit a porté plainte en disant que son fils était parti pour ce village et n’en est pas revenu. Une enquête a eu lieu et 7 paysans sont allés en prison, dont le chef du village. 2 sont ressortis mais 5 y sont encore. Peu de temps après le village était détruit, incendié par les complices du bandit en guise de représailles. Les villageois, terrorisés, semblent résignés à se laisser déposséder de leurs troupeaux.

Nous allons nous coucher mais avons, malgré la fatigue, du mal à trouver le sommeil, tracassés par ce que nous venons d’apprendre. Le bruit de la pluie tropicale sur les tôles ondulées de l’école est assourdissant. Mais la journée que nous venons de passer finit par avoir raison de ces obstacles au sommeil et nous sombrons pour une bonne nuit réparatrice.

Nous nous réveillons tôt et après un petit déjeuner fait de café et de riz nous prenons le départ pour Tanambao où nous devons inaugurer la nouvelle école. Maurice nous suggère de rendre visite avant de quitter le village à deux familles particulièrement pauvres pour leur donner des vêtements apportés par les Angéli. Une des deux familles vit dans une case de moins de 2m sur 3 faite d’un tressage de bambous et dont la porte est cassée. Deux sœurs. Une veuve mère de 6 enfants et une mère de trois enfants dont le mari est parti vivent à l’intérieur. Les deux sœurs paraissent avoir entre 20 et 30 ans et tous les enfants moins de 10 ans. La plus jeune des sœurs, assise par terre est en train de tresser du papyrus pour confectionner un chapeau traditionnel qu’elle maintient avec ses pieds. Elle semble très émue de notre présence. Elle essaie de continuer son travail mais ses mains tremblent et elle n’y arrive pas. Elle ne relève pas la tête. Maurice cherche dans le sac des habits pour jeunes enfants mais n’en trouve pas. Les habits de petite taille peuvent convenir aux mamans mais sont trop grands même pour les plus grands des enfants. Les larmes me montent aux yeux face à une telle pauvreté. Je repense aux pleins sacs de vêtements devenus trop petits pour nos enfants que nous aurions pu apporter si nous y avions pensé. La plus jeune des sœurs reste penchée sur son ouvrage, sans parvenir à travailler. Au moment de sortir de la case je vois les larmes couler sur les joues de Cathy et les yeux de Marc tout rouges alors que pour une fois ce n’est pas la fumée qui les irrite. Je quitte cet endroit la gorge serrée et le cœur rempli de larmes, en culpabilisant de ne rien pouvoir faire de plus.

Quelques mètres plus loin nous faisons une halte au temple où est célébré tous les dimanches l’office religieux.

temple

Vous ne rêvez pas. Les chevrons posés sur les cailloux font office de bancs alors que la tôle et le pupitre sont réservés au pasteur. Le temple n’a jamais été achevé faute de moyens. Les pignons, après s’être écroulés ont été reconstruits deux fois et sont en train de s’écrouler pour la troisième fois. Tous les murs prennent l’eau et commencent à se fendre en deux. Là encore nous discutons de ce que nous pourrions faire. La chef du village nous dit que les maçons ont évalué à 40 le nombre de sacs de ciment nécessaires pour reconstruire les pignons mais qu’à 25 000 A le sac ce n’est pas envisageable pour son village. Cela ne fait pourtant que 360 €. Nous sommes moins optimistes et pensons que vu l’état des murs ce n’est pas avec 40 sacs de ciment qu’on peut terminer le bâtiment et le consolider. Madame Ravaoarisao nous dit que la reconstruction du temple, pour ce village à plus de 90% protestant est la priorité absolue. Nous nous engageons à réfléchir à ce que nous pourrions proposer.

au revoir Vohitran

Quand nous quittons le village il est 8 h passé et une horde d’enfants nous suit en chantant. Nous devons être à Tanambao avant midi pour inaugurer la nouvelle école car le sacrifice du zébu ne peut pas se faire l’après midi.

Après les pluies d’hier soir et de la nuit le temps est en train de bien se dégager.

 

 

 

À certains endroits inaccessibles subsistent quelques morceaux de forêt primaire.

Paysage2

plante piquante

passage facile

Heureusement il n’y a pas que des passages difficiles. À certains endroits des marches ont été creusées dans le rocher.

plante sauvage

Nous nous retrouvons soudain face à une foule nombreuse.

accueil

Toute la population de Tanambao est venue à notre rencontre. Les notables se sont avancés les premiers suivis par les trois institutrices en blouses blanches et tous les enfants de l’école. Ils viennent à notre rencontre en chantant et en dansant accompagnés en musique par la fanfare composée de flûtes et tambours.

haie d'honneur

Nous sommes contents d’arriver, nos jambes n’étant pas totalement remises de la journée d’hier. Nous n’irons pas plus loin aujourd’hui, ce qui n’est pas fait pour nous déplaire.

coiffures

Nous sommes reçus dans l’école où on nous offre le café, après quoi commencent les cérémonies d’inauguration. On peut remarquer les coiffures traditionnelles Zafimaniry.

chants

Comme dans chaque village nous sommes assis aux côtés de Maurice et de tous les notables face à la population et aux enfants du village. Les échanges de politesses durent toujours assez longtemps mais les enfants chantent l’hymne national  avec un tel entrain et une telle énergie que c’est toujours un moment agréable. Après le protocole vient le moment du sacrifice du zébu.

 

 

 

Je ne vais pas rentrer dans les détails, ni argumenter par des photos mais juste signaler que nous avons été gênés par des pratiques qui nous ont semblé cruelles, en tous cas par une forme de maltraitance qui aurait largement pu être écourtée, voire évitée. Ce à quoi nous avons assisté nous a passablement coupé l’appétit, ou du moins l’envie de manger du zébu ce jour là.

 

 

 

 

1 heure plus tard l’animal avait changé d’aspect mais sans cela l’école ne pourrait être utilisée, de même que tout nouveau bâtiment.

 

 

 

La cérémonie d’inauguration de l’école consiste à en faire 6 fois le tour en chantant et en dansant pour l’asperger du sang du zébu à l’aide de sa queue (celle du zébu) en guise de pinceau.

ruban

Ce n’est qu’après avoir coupé le traditionnel ruban que les enfants peuvent rentrer dans l’école.

salle de classe

La salle de classe est bien remplie mais il y a beaucoup d’enfants à l’extérieur.

surnombre

L’attraction est telle dans l’école qu’il n’y a personne pour profiter des bancs et du point de vue de la cour de récré.

paysage

Personne non plus au village en contre bas.

Village Tanambao

Après le repas de midi reste à inaugurer le terrain de sports. Re discours, re ruban mais pas re zébu, ouf. Nous profitons d’un moment de calme pour discuter entre nous du déroulement du sacrifice du zébu. Nous sommes d’accord pour en parler à Maurice. Cathy s’en charge et lui explique que nous ne prétendons pas remettre en cause leurs traditions mais que nos traditions à nous consistent à éviter de maltraiter les animaux avant de les tuer. Nous estimons qu’un animal stressé avant l’abattage produit des toxines qui rendent sa viande moins bonne, avec pour exemple le cas du gibier qui est tué lors d’une chasse à courre, et dont on donne la viande aux chiens. Maurice a été très réceptif et a promis de donner des consignes pour le sacrifice du lendemain.

Terrain Tanambao

Pendant le match de foot la chef de Vohitrandriana coiffe Marion selon la tradition Zafimaniry.

Coiffure1

Le matériel est rudimentaire mais efficace.

coiffure2

coup d'envoi

Le match commence au moment ou la coiffeuse entre en action.

peigne

Un genre de balai assez raide fait office de peigne.

coiffure3

spectateurs

Certains spectateurs, prudents, assistent au match depuis le village. Le temps menace.On remarque trois petits bâtiments surélevés. Ce sont des greniers à grains.

coiffure4

coiffure5

coiffure6

coiffure7

Et voilà le travail, en moins de trois quarts d’heure.

Nous allons être bien inspirés de remonter à l’école avant la fin du match, un nuage plus gros que les autres ayant décidé de se déverser d’un coup.

Ceux qui étaient encore dehors sont trempés. La journée est pourtant loin d’être finie. Il reste encore la cérémonie, plus festive et plus symbolique, de tuerie des insectes.

Suite au prochain épisode…

Lundi 28.

Comme convenu hier soir nous nous rendons chez Maurice, le maire d’Antoetra à 6 h du matin. Il est déjà allé récupérer chez le pépiniériste les plants de palissandre que nous devons planter ensemble sur une parcelle en cours de reboisement. Maurice habite à Ambositra, à une quarantaine de km de sa mairie d’Antoetra. Après une quinzaine de km sur la N7 on bifurque à gauche pour emprunter une mauvaise piste caillouteuse.

direction Antoetra

Le panneau se trouve dans le village d’Ivato (on dit Ivat ). L’image suivante montre le début de la piste dans le village d’Ivato.

 

 

 

 

 

Nous nous engageons donc sur ce chemin hasardeux avec le minibus, suivis par Maurice avec son 4×4. Nous croisons du monde en permanence, il n’y a pas un endroit où on puisse se sentir à l’abri des regards. Des gens partout, tous au travail ou en train de s’y rendre. Les gens semblent contents de nous voir et nous saluent chaleureusement. Nous sommes impressionnés par la taille d’un genre de pelle que porte un homme sur son épaule.

Chercheur d'or

On voit au premier plan l’outil traditionnel de travail du sol qu’utilisent tous les paysans que nous avons rencontrés. Mais au second plan on aperçoit un engin incroyable, avec un manche d’environ 4 m de long et d’un diamètre énorme.

 

 

 

Hadj, notre chauffeur nous apprend que cet outil est utilisé par les chercheurs d’or. Ils creusent des trous dans le lit des rivières et déversent le matériau retiré du fond du trou dans la battée, souvent tenue par leur femme.

Mais la majorité des femmes travaillent dans les rizières. Celle-ci, qui s’écarte de la piste quand elle nous entend arriver porte sur sa tête des plants de riz qu’elle va repiquer dans la boue, sous le niveau de l’eau, avec une dextérité et une rapidité qui nous impressionnent.

plants de riz

Au fur et à mesure que nous avançons nous avons la confirmation que le code de la route se résume à la phrase « plus t’es gros et plus t’es prioritaire ». Le klaxon est très utilisé et permet de dégager la route devant soi. Quand deux véhicules doivent se croiser les piétons sautent les fossés car ils ne semblent pas imaginer qu’un des deux véhicules prendrait le temps de s’arrêter ou même de ralentir par égard pour un piéton.

 

 

 

Même cet attelage s’est déporté très loin sur le côté au son du klaxon du minibus, pour revenir sur la piste dès que nous l’avons eu dépassé.

Il est environ 8 h quand nous arrivons à Antoetra.

 

 

 

Les enfants du village s’approchent de nous mais contrairement à ce qui se passe dans les endroits fréquentés par les touristes ils ne mendient pas.

Enfants d'Antoetra

Le village est tout petit mais la commune rurale couvre une surface immense. 50 km d’est en ouest et 80 km du nord au sud, accessible uniquement à pieds. Les villages sont au nombre d’une quarantaine et distants de plusieurs heures de marche les uns des autres. La population totale est d’environ 15 000 habitants. Nous nous apprêtons à partir pour 5 jours de marche et déposons à la mairie les affaires dont nous n’avons pas besoin. Le 4×4, sur lequel sont entreposés les plants de palissandre va nous avancer sur le chemin de Sakaivo, le premier village que nous devons traverser.

Nous arrivons assez vite sur le chantier de reboisement, où une équipe de villageois est déjà au travail.

Chantier plantation

On voit sur la gauche le terrain à reboiser, sur la droite le terrain préparé pour la plantation et entre les deux le tas de souches et de racines arrachés à la main avant la plantation.

jeune plantation

Et voilà le travail: 3 piquets par arbre planté pour qu’il soit bien protégé lors des futures opérations d’entretien. On voit à gauche de la piste une plantation plus ancienne. L’herbe a repoussé mais il va falloir s’en occuper car les arbres mettront 10 ans avant d’atteindre la hauteur de 1 m.

 

 

 

Une photo de groupe de l’équipe de plantation et nous reprenons le 4×4 pour aller aussi loin que nous pouvons avant de commencer notre longue marche. Le plus à gauche sur la photo est le maire Maurice.

terminus piste carossable

Cette croix posée sur un piton rocheux matérialise le terminus de la piste. À partir de là nous prenons nos sacs à dos et continuons à pieds. Le chemin est étroit et pentu mais nous ne tardons pas à apercevoir le village.

Sakaivo

La pente est raide mais le paysage est magnifique. Nous ne faisons quasiment que descendre pour arriver au village.

 

 

 

La matinée est bien avancée quand nous atteignons le village. Les gens en nous voyant commencent à s’agiter, les enfants crient.

Village

Les abords immédiats du village sont cultivés en terrasses, malgré les fortes pentes.

 

 

 

Les portes et les fenêtres des cases sont richement sculptées. Cette culture Zafimaniry a été classée au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO.

 

 

 

Les planches qui constituent les murs des cases sont elles aussi sculptées de motifs plus ou moins sophistiqués.

maison zafimaniry

Midi approche et nous sommes invités à déjeuner dans la case du chef du village. Tous les notables, c’est à dire les anciens du village sont de la partie.

Notables

Chacun à son tour fait un discours et Maurice a souvent le mot pour rire. Le protocole est assez précis et nous devons nous aussi, à tour de rôle, prendre la parole pour remercier les villageois de nous avoir reçus et pour demander l’autorisation de prendre congé. C’est d’ailleurs ce que nous faisons sans trop tarder car le chemin est encore long pour nous rendre à Antetezandrotra où nous devons inaugurer un terrain de sport.

au revoir Sakaivo

Sakaivo vu sous un autre angle, alors que nous nous éloignons. À partir de là nous allons mieux supporter les dénivelés car dorénavant nous avons des porteurs.

petit village

Nous faisons une courte halte dans un petit village où nous n’étions pas annoncés. Il n’y a pas grand monde car bon nombre sont partis nous attendre à Antetezandrotra pour l’inauguration du terrain de foot. Il reste au village des enfants et des sculpteurs sur bois à qui nous achetons quelques objets magnifiques.

Des montées, des descentes, nous avons l’impression que nous n’arriverons jamais à ce village que nous finissons par apercevoir au loin.Une foule de gamins nous attendent sur le terrain de foot. Le terrassement, dont on peut évaluer l’ampleur a été réalisé par les femmes du village, les hommes étant tous occupés à travailler à l’extérieur du village.

Tetezandrotra

Là comme ailleurs les discours durent longtemps. Le soleil est déjà bien descendu vers l’horizon et Vohitrandriana est encore loin. Il nous tarde de pouvoir prendre congé. Nous ne sommes pas les seuls à trouver le temps long. Une petite fille qui porte deux membres de sa fratrie, dont s’est endormi celui qu’elle a sur le dos aimerait bien que ça se finisse.

Fatigue

Nous essayons de faire au plus vite en prenant soin de ne heurter personne et prenons congé.

 

 

 

Faliarivo est situé sur un piton rocheux. Quand nous arrivons le village est quasi désert. Tout le monde est parti à Vohitrandriana pour y disputer un match de foot. Comme nous sommes en retard les villageois ont du croire que nous étions passés par un autre chemin.

relief

Le village est magnifique mais nous ne nous y attardons pas. Un panneau à la sortie du village indique Vohitrandriana 2km300. On approche du but.

chemin sinueux

Les paysages sont magnifiques mais vraiment accidentés. Martial qui s’était fixé pour objectif de porter son sac à dos jusqu’au bout finit par capituler et le poser. C’est Marc, son père qui prend la relève. On est tous rincés et les nuages s’amoncellent, on voit le moment où on va se prendre l’orage quand à la sortie d’un virage on aperçoit enfin notre but.

Vohitandriana

Nous arrivons à notre village étape au moment où se joue le match de foot entre Vohitrandriana et Faliarivo. Le village est désert, tout le monde est au terrain.

Vohitran

Nous ne sommes là que pour la nuit, que nous allons passer dans l’école que l’on voit sur la gauche. Il nous tarde vraiment de nous allonger.

Fin de l’épisode 2.

Encore un long silence depuis le dernier article, mais pour une fois j’ai un alibi valable: nous étions à Madagascar. Partis le 25 novembre nous sommes rentrés avant-hier, le 10 décembre. Bouleversé par ce que nous avons vu, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager certaines images, et de vous faire part de certaines impressions.

Nous sommes arrivés à 10 heures du matin à l’aéroport de Tananarive, après être partis la veille au soir et avoir avancé nos montres de 2 heures. Un jeu amusant durant le voyage consistait, avec nos amis Mark et Martial Angéli, à essayer de deviner, en fonction de la tête et de l’attitude des passagers de l’avion, quelle pouvait être leur motivation pour se rendre à Madagascar. Un groupe de 4 hommes aux âges variant entre 50 et 60 ans, apparemment issus du milieu agricole peu évolué, laissait peu de place au doute quant à l’objet de leur convoitise.

À notre arrivée notre chauffeur nous attendait avec son minibus pour nous emmener vers le sud, à Antsirabé où nous allions passer notre première nuit.

La première impression que l’on a en arrivant, après avoir changé un peu d’argent, est de se sentir très riche. Contre 150 euros on reçoit 423 000 ariarys (on prononce ariars). L’euro vaut 2820 A, et le « SMIC » est à 3000 A par jour pour les hommes. Les femmes qui travaillent dans les rizières sont souvent payées 1200 A par jour. Le litre de Gazole est à plus de 3000 A le litre. Cette impression d’être riche s’évapore assez vite quand on constate à quels tarifs sont les hotels ou les repas dans les restos comparés aux salaires. Le premier plein de gazole nous coûte 110 000 A et le premier acompte au chauffeur 100 000 A. On commence très vite à moins faire les malins.

Partout, à chaque arrêt les gens s’attroupent autour de nous. Des enfants, des femmes et des hommes nous proposent toutes sortes de bonnes affaires: des pierres, des nappes, des balades en pouse-pousse ou, comme sur la photo qui suit, des colliers.

vendeuse de colliers

Toujours en commençant par demander un prix exorbitant pour finir, même quand nous ne sommes pas intéressés par nous demander de faire une offre, souvent avec beaucoup d’insistance.

Nous faisons la connaissance de Julien, responsable local de la ZOB avec qui nous dinons au restaurant de l’hotel Green Parck. La ZOB n’est pas une entreprise spécialisée dans une forme particulière de tourime mais la Zébu Overseas Board. Une association qui vous propose, contre la somme de 300 euros, d’acheter un zébu pour le mettre à la disposition, sous forme de vente à crédit, de paysans qui sans cette solution ne pourraient accéder à la traction animale.

Nous parlons avec Julien de la situation économique peu reluisante de Madagascar. Les paysans sont de plus en plus nombreux à ne pas pouvoir honorer leurs échéances auprès de la ZOB, les gens des villes sont de plus en plus insistants pour vendre aux vazahs  (c’est ainsi que l’on nomme les blancs) leurs bibelots, leurs montres Rollex, lunettes Gucci ou parfums n° 5 de Chanel d’origine chinoise.

Nous allons nous coucher avec un réel sentiment d’impuissance face à toute la détresse à laquelle nous avons déjà pu assister.

Le lendemain dimanche nous partons assez tôt pour visiter le lac du volcan Tritriva. Quelques kilomètres de piste défoncée sur laquelle des équipes d’ouvriers au travail sur le bord de la route côtoient les gens endimanchés se dirigeant vers l’église. Nous sommes surpris de voir toutes ces équipes s’affairer au curage manuel des fossés ou à la construction de caniveaux en pierre autant le dimanche matin qu’à notre retour, en milieu d’après midi.

 

 

 

 

 

 

 

Il y avait même sur cette piste, chose extraordinaire que nous n’avons vue nulle part ailleurs, une vieille niveleuse et un compacteur. Eux aussi en activité le dimanche.

Nous arrivons près du volcan en minibus et n’avons que peu de distance à parcourir à pieds pour atteindre le lac. Nous sommes entourés d’enfants qui nous suivent pour nous expliquer que ce magnifique lac a été exploré en 1993 par le commandant Cousteau, qu’il a une profondeur de 146m, que l’eau contient trop de souffre pour qu’il puisse y avoir des poissons, qu’il est impossible de s’y baigner si on a mangé du porc avant sous peine de s’y noyer. Ils nous expliquent aussi que le niveau de l’eau monte pendant la saison sèche et baisse pendant la saison des pluies, sans que personne ne sache vraiment pourquoi.

lac Tritriva

Les enfants nous accompagnent durant toute notre balade en nous parlant de la faune et de la flore présentes, en nous montrant une araignée que nous n’aurions pas vue alors qu’elle a la taille de ma main.

 

 

 

 

Nous sommes entourés de petits guides qui sans cesse nous proposent leurs pierres, leurs coquillages ou leurs bracelets. Nous finissons par leur acheter quelques bricoles en les remerciant de nous avoir si bien informés au sujet du lac.

nos petits guides

Nous ne tardons pas à prendre le chemin du retour et sommes aussitôt en présence de nuées d’enfants qui courent à côté de la voiture dont les vitres sont ouvertes, en nous demandant un stylo pour l’école ou un bonbon pour leur petit frère, et toujours avec ce sourire désarmant. On se sent pris en tenaille entre l’envie de leur donner quelque chose tant des objets insignifiants pour nous semblent si importants pour eux, et le sentiment qu’en faisant ces gestes on les encourage à persévérer dans cette démarche de harcèlement du vazah. On se dit que ce que l’on peut faire pour quelques uns ne peut être qu’une goutte d’eau dans un désert de misère avec pour dégât collatéral d’encourager des pratiques qui ne sont porteuses ni d’avenir ni de dignité.

Nous sommes subjugués par l’état d’entretien de ces vastes étendues agricoles, travaillées en grande partie à la main. Pas un coin de terre n’est négligé. Du riz partout, parfois complanté de quelques pieds de maïs, quelques lopins de haricots, de magnoc, de pommes de terre ou de patates douces. Tout est cultivé en terrasses, les digues et les canaux faits à la main. culture en terrasses

La plaine est immense et les terrasses montent jusqu’en haut des collines. Le nombre de personnes nécessaires pour travailler avec autant de soins de telles étendues dépasse notre imagination.

Nous repassons à l’hôtel récupérer nos affaires avant de reprendre la route pour Ambositra (on dit Amboustr) où nous avons rendez vous le soir avec Maurice, le maire d’Antroeta (antroèt) village sur lequel doit se dérouler notre mission. Arrivés à Ambositra nous prenons le temps d’aller visiter un atelier de marqueterie. L’artisan qui nous reçoit nous montre comment il travaille et comment il confectionne lui même ses outils. Jusqu’à la lame de scie qu’il confectionne à partir d’un vieux pneu.

Marquetterie

On le distingue mal sur la photo mais il est en train de tirer avec sa tenaille sur le fil de fer qui constitue l’armature du talon d’un ancien pneu. La longueur de fil de fer contenue dans le talon d’un pneu de camion représente un stock de scies pour quelques années.

 

 

 

Le fil de fer extrait du pneu est ensuite écrasé sur un morceau de ferraille à l’aide d’un petit marteau. Une fois le fil de fer aplati il est coincé dans la rainure d’une planche afin de pouvoir y former des entailles rapprochées à l’aide d’un petit burin. L’opération jusque là a duré environ 2 mn.

burin

En moins de 3 mn la nouvelle scie est prête à être montée sur la scie sauteuse, confectionnée bien sur par le même ouvrier qui, faute d’être ingénieur est fort ingénieux.

 

 

 

Nous rencontrons comme prévu Maurice à notre hôtel et dinons avec lui pour mettre au point l’emploi du temps de la semaine. Nous avons au programme l’inauguration de 3 écoles neuves financées par l’association Babakoto (Babakout) et de quelques terrains de foot dans différents villages de la commune d’Antroéta.  Les villages sont assez distants les uns des autres et accessibles seulement à pied. Nous avons au programme 5 journées bien remplies dans les montagnes Zafimaniry.

Babakoto

À suivre…

Comme chaque année notre groupe de vignerons du Sud-Ouest, ne reculant devant aucun effort s’est réuni en terrain neutre pour un séminaire de travail. Se retrouver, échanger, se ressourcer, faire le point, stimuler les synergies, tels sont les objectifs de nos rencontres estivales. Les valeurs du Sud Ouest que sont vaillance, abnégation, don de soi, sacrifice de chacun pour le bien commun sont indispensables pour que puissent voir le jour nos « Universités d’été » d’A Bisto de Nas.

Pour vous donner une idée du sacrifice que consent chacun d’entre nous pour permettre la bonne marche de ces réunions de travail nous avons pris quelques photos du cadre dans lequel elles se sont déroulées.

Vue sur mer

flore locale

Baignade en eau claire

vue partielle de la plage

Pont de roche

Coucher du soleil sur mer calme

Je vous accorde qu’à la vue de ces photos le commun des mortels puisse relativiser notre mérite. Ne nous y trompons pas, il a quand même fallu s’y rendre, et ce n’est pas la porte à côté.

D’ailleurs c’est où? Cela pourrait être l’enjeu d’un concours: celui qui dit où ont été prises ces photos gagnerait une bouteille de son choix du groupe A Bisto de Nas.

Je vous donne un indice: c’est en France. Un deuxième indice: c’est au Nord de la Loire. Étonnant non?

Comme vous ne trouverez pas je vous le dis: c’est la presqu’île de Crozon, dans le Finistère. J’espère que ceux qui ont une idée négative de la Bretagne réviseront leur point de vue, d’autant plus que nous avons laissé la pluie derrière nous dans le Sud Ouest pour venir retrouver en Bretagne un soleil magnifique.

Ce séjour n’a pas été que du plaisir, pour preuve la photo suivante: une réunion pour programmer notre travail. On voit sur les visages une vraie tension, on devine des débats houleux. Le choix des activités n’a pu se faire qu’après d’âpres discussions. Il a fallu se mettre d’accord sur le choix des restaurants, sur les lieux de pêche ou de baignade, sur les produits locaux que nous allions tester lors de nos repas en commun.

Réunion

Étant tous de bonne composition et toujours animés par notre notion du sacrifice nous sommes finalement tombés d’accord, outre sur le choix des restos,  sur  les activités locales que sont par exemple la pêche à pied suivie de la dégustation du fruit de notre pêche que sont palourdes, bigorneaux et huitres sauvages.

Nous arrivons déjà au terme de notre séjour et le programme ayant été concluant, nous sommes une fois de plus d’accord pour considérer que nous ne remercierons jamais assez Anne et Marc Pénavayre de nous avoir organisé un tel séjour, à tel point que rendez-vous est pris pour l’année prochaine.

À la demande de notre ministre de l’agriculture, et dans le cadre de la loi de modernisation agricole, les interprofessions viticoles de France sont appelées à réfléchir sur d’éventuels rapprochements entre elles dans le but de rationaliser la gouvernance de la filière viticole. L’Aquitaine dont nous faisons partie compte actuellement trois interprofessions: le Comité Interprofessionnel des Vins de Bordeaux, le  Comité Interprofessionnel des Vins de Bergerac et L’Union Interprofessionnelle des Vins de Duras. Le CIVB représente plus de 100 000 ha de vignes, le CIVRB environ 12 000 ha et l’UIVD environ 1 700 ha. L’interprofession Bordelaise n’ayant besoin de personne exclue toute éventualité de rapprochement avec qui que ce soit. La seule évolution possible au sein du bassin Aquitain consiste donc en une éventuelle entente entre les deux petites interprofessions de Bergerac et de Duras. Afin de mener au mieux cette réflexion un cabinet de consulting a été engagé en début d’année et nous a rendu son travail mardi dernier, le 31 mai.

Ce travail a consisté dans un premier temps à réaliser un diagnostic le plus exhaustif possible de la situation actuelle des deux Appellations pour ensuite nous proposer différentes possibilités d’entente (ou pas) entre nos deux interprofessions allant du statu quo à la mise sur le marché de produits communs en passant par des degrés divers de mutualisation des moyens. Un vote après la présentation des différents scenarii proposés a mis en évidence que personne ne voulait du statu quo.

Quant à dire si à terme une entente aura lieu et quelle pourrait être l’option choisie, bien malin celui qui aujourd’hui serait capable de faire un pronostic. Tout dépendra de la capacité des vignerons à se remettre en question, à faire preuve d’ouverture d’esprit afin de s’adapter à un marché qui ne cesse d’évoluer et qui se mondialise.

Mon point de vue, qui bien sûr n’engage que moi, après avoir assisté au rendu de cette étude est que l’opportunité se présente à nous de mettre sur pied un projet innovant dans le paysage vitivinicole français. Les gens qui ont conduit cette étude ont le mérite de nous avoir proposé, tout en étant convaincus qu’ils ne seraient pas retenus, des scenarii novateurs et ambitieux. Je suis convaincu que c’est en osant la nouveauté, en interpelant les marchés en leur proposant une offre clairement segmentée que nous gagnerons la confiance du consommateur et des médias et rendrons aux produits d’AOP la crédibilité qu’ils ont depuis longtemps perdue. Nous disposons actuellement d’une fenêtre de tir durant laquelle les pouvoirs publics sont disposés à nous aider en assouplissant au besoin les contraintes administratives à la condition que nous nous montrions ambitieux. Osons mettre en place, au sein d’un rapprochement de nos appellations et de nos interprofessions, une offre de vins clairement segmentée qui commencerait au bas de la pyramide par des vins sans IG, autrement dit des vins de France (anciens Vins de Table de France) pouvant porter mention du cépage et du millésime. Des vins légers, faits à rendements élevés et faibles coûts de production pouvant être vendus en direct par les vignerons eux mêmes ou vendus à des négociants pouvant disposer de volumes importants en assemblant à volonté tous les vins produits sur le territoire français. Le deuxième étage de notre pyramide serait un IGP Bergerac pouvant être produit sur l’ensemble d’une zone IGP à définir, regroupant à minima les zones AOP Duras et Bergerac mais pouvant s’étendre, si nous sommes ambitieux et convaincants à nos voisins de Marmande, Buzet, et tous les IGP de la Dordogne et du Lot et Garonne. Ce bassin permettrait aux négociants de lever des volumes suffisants pour attaquer de nouveaux marchés pour lesquels les volumes de Bergerac AOP  sont actuellement largement insuffisants. Le vin proposé se voudrait un produit typique du Sud-ouest, correspondant à peu de choses près à ce que sont la plupart des vins actuels des AOP Bergerac-Duras-Marmande-Buzet dits « génériques ». C’est quoi un vin « générique »? C’est selon moi un vin produit dans le respect du cahier des charges mais sur des volumes relativement importants et avec pour souci prioritaire la limitation des coûts de revient afin de trouver une rentabilité même en vendant au cours du vrac. Le fait de passer en IGP permettrait aux vignerons de réduire de façon substantielle les coûts de production sans remettre en cause le niveau de qualité de ce type de produit à vocation plutôt « vin de fruit ». Au dessus de cette IGP Bergerac viendraient les AOP actuelles que sont Bergerac-Duras-Marmande etc… Bergerac s’appellerait « Côtes de Bergerac » et pourrait être produit sur l’ensemble du territoire actuel de l’AOP Bergerac. Les « Côtes de Bergerac » se soumettraient au cahier des charges de l’actuelle AOP Bergerac ou à celui, plus ambitieux, des actuels « Cotes de Bergerac », au choix des vignerons bergeracois.Les vins produits à ce niveau de la pyramide seraient des vins de caractère, exprimant plus le terroir que le cépage, affichant clairement l’originalité de l’appellation revendiquée.  L’INAO devrait s’opposer selon toute vraisemblance à la coexistence d’une IGP et d’une AOP portant des noms aussi proches mais c’est là que nous verrons si les pouvoirs publics tiennet leurs promesses « d’adoucir les contraintes administratives ». Enfin au sommet de la pyramide se situeraient les actuels « crus de Bergerac » que sont Monbazillac, Montravel, Saussignac etc…Les vins de Duras, Marmande et Buzet, dans l’état actuel de leur cahier des charges, ne figureraient pas à ce niveau de la pyramide. Pour que ces appellations puissent y accéder il leur appartiendrait de mettre en place une hiérarchisation cohérente en instaurant un cahier plus restrictif que le cahier des charges actuel et auquel se soumettraient de façon facultative les vignerons désireux de revendiquer un niveau d’appellation supérieur. Les vins produits seraient des vins à forte personnalité, revendiquant une expression de terroir et un potentiel de garde élevés.

Tous les vins produits sur la zone concernée seraient soumis a une CVO (cotisation) variable selon le niveau de la pyramide auquel ils appartiennent. Les cotisations prélevées par l’interprofession sur les vins sans IG seraient en partie reversées à une structure nationale chargée de la gestion de cette catégorie de vins (structure nationale à définir). L’interprofession communiquerait sur tous les niveaux de la pyramide, y compris les vins sans IG. Tous les vignerons de la zone seraient ainsi partie prenante au sein de la nouvelle structure et bénéficieraient, quelle que soit la position de leurs différents vins dans la nouvelle segmentation, des efforts de communication, de régulation des marchés ou de recherche et développement qui seraient financés en partie par les CVO et en partie par les fonds publics.

Face à un tel scenario certains vignerons vont avoir une première réaction de rejet que je peux comprendre. Dire à un vigneron de Bergerac que demain le vin qu’il produit ne va plus être une AOP mais une IGP a toutes les raisons de le rebuter. Mais la réalité est différente. Le vin qu’il produit aujourd’hui en AOP Bergerac serait demain un AOP Côtes de Bergerac. Le Bergerac IGP serait un produit nouveau, autorisant des rendements supérieurs, au cahier des charges moins exigeant et vendu pas forcément moins cher que les actuels AOP Bergerac. Quant aux vignerons des autres appellations qui pourraient craindre de n’être que peu représentés dans une structure dominée par une appellation beaucoup plus grande en taille que la leur, leur dire que demain ils auraient le choix de produire soit leur AOP actuelle soit un IGP dont le nom est déjà largement reconnu et bénéficie d’une vraie notoriété pourrait être un argument de taille à les convaincre. Si en plus ils ont la possibilité de produire des Vins de France faisant partie intégrante de la communication dont pourrait bénéficier cette offre clarifiée, tout le monde pourrait en sortir gagnant.

J’ai l’habitude d’être optimiste c’est pourquoi je veux croire au bon sens des vignerons et des autres professionnels du vin que sont les courtiers et les négociants. S’accrocher à tout prix à l’AOP en considérant cela comme un acquis est aujourd’hui selon moi un raisonnement à courte vue. Feu René Renou disait: » le marché du vin ira beaucoup mieux le jour ou on arrêtera de faire prendre aux gens des vessies pour des lanternes. Clarifions l’offre de vin, réduisons les volumes en AOC en réservant ce signe aux seuls vins de terroir et mettons sur pied une segmentation de l’offre claire de façon à ce que tout le monde s’y retrouve ». Son souhait qui était qualifié à l’époque de visionnaire par les uns ou de farfelu par les autres est aujourd’hui devenu réalisable grâce à la nouvelle Organisation Commune du Marché du vin. L’outil est à notre disposition. Soyons suffisamment réalistes et pragmatiques pour nous en servir intelligemment. Ne nous occupons pas de ce que font les autres, et en particulier n’attendons pas de savoir si Bordeaux créera ou pas son IGP. Ouvrons la voie, soyons pionniers et notre audace sera récompensée.

Plus qu’une journée de formation au programme. Plusieurs intervenants de qualité se sont succédés depuis mon dernier article. Maurice Chassin, avec qui nous avons beaucoup dégusté et discuté dans le but de définir une originalité dans les vins de Duras a terminé sa prestation. Le but était au départ d’aborder la dégustation sous un autre angle que la recherche du défaut oenologique et si possible de repérer les aspects qui pouvaient conférer aux vins de Duras une originalité liée au terroir. Nous devons reconnaitre, au terme du temps dont nous disposions, que rien de significatif ne nous est apparu. Précisons que faute de temps nous nous sommes intéressés seulement aux rouges, espérant pouvoir aborder les autres couleurs plus tard. Notre dernière demi-journée de travail a consisté à mettre au point une fiche de dégustation destinée à rechercher et quantifier dans les vins les éléments susceptibles de leur conférer une originalité. Par exemple quand on quantifie la fraicheur de fruit on met une note d’autant plus basse que la perception rappelle les fruits frais et d’autant plus élevée qu’elle rappelle les fruits mûrs, voire sur-mûris. Pour un vin végétal, c’est à dire au fruit insuffisamment mûr on pourra noter ce critère 0/5. Les critères notés en bouche sont par exemple l’acidité, la sucrosité, la chaleur, la structure, l’astringence, la rondeur ou gras, l’intensité aromatique, la persistance aromatique, la fraicheur de fruit etc…Cette fiche pourra nous servir, si nous le souhaitons, à approfondir notre réflexion sur la personnalité des vins de Duras.

Une autre intervention fort intéressante a eu lieu début mars au sujet des étapes clés à la vigne et au chai pour une meilleure expression des vins. Cécile Dulimbert, oenologue, nous a tenu un discours scientifique et argumenté sur la conduite des vignes mais surtout sur la façon dont interagissent les processus complexes de transformation des raisins et des moûts au cours des vinifications, puis des élevages des vins. Par exemple la conviction que nous avons depuis longtemps de l’intérêt de ne pas levurer les vins, conviction totalement empirique, basée sur le constat d’une plus grande complexité aromatique lors de la dégustation des vins à fermentation spontanée, devient logique après que Cécile nous ait expliqué la diversité incroyable de levures naturellement présentes sur le raisin et les aptitudes de chacune à la mise en valeur de certains précurseurs aromatiques. Le nombre de ces levures indigènes présentes sur les raisins sera bien sûr d’autant plus important que la vie aura été préservée à la vigne. Toutes les formes de vie, tous les équilibres. Vaste sujet.

Les autres intervenants nous ont parlé de commercialisation. Nous avons pu entendre les conseils d’un spécialiste de la Grande Distribution en la personne de Patrick Amigo qui nous a expliqué le fonctionnement de ce marché. L’intérêt du discours a été de tordre le cou à certaines idées préconçues que se font bon nombre d’entre nous quant à l’argumentation à mettre en avant pour aborder ce type de marché. Croire que les chaines de GD cherchent avant tout un prix bas est une erreur. Une bouteille vendue 6 € rapporte plus qu’une bouteille vendue 2 €. Un prix trop bas n’est pas vendeur. Ceci est encore plus flagrant si on parle du marché traditionnel, cavistes et CHR (Cafés-Hotels-Restaurants).Patrick Chazalet, ancien agent de quelques grands domaines, nous a expliqué sa vision des choses. Il prétend que « le vin doit être ce qu’il est, sans chercher à s’adapter au client. Si on écoute trop le client on ne sait plus quoi faire. Ce n’est pas le client qui fixe le prix. Mais bien sûr cela ne tient qu’à condition que le vin raconte quelque chose, qu’il ait une vraie personnalité.  »

La différence d’approche a été notoire entre le discours du spécialiste de l’export, Frédéric Guiraud, et le discours de Patrick Chazalet. Alors que l’un nous dit de nous adapter au marché en produisant le vin qu’attend le client et en inscrivant sur les étiquettes les mentions vendeuses (vendanges manuelles, élevage en barrique, médailles et récompenses en tous genres, bio  etc…) et en ne dépassant surtout pas un plafond psychologique de prix, l’autre nous dit de faire le vin qu’on aime, original et sans concession, d’en assumer les particularités et le prix de revient et de lui fixer un prix rémunérateur.D’un côté le discours marketing, de l’autre le discours identitaire, défenseur de son terroir et de ses particularités. D’un côté on vend des volumes, de l’autre on vend de l’image, du rêve peut-être. D’un côté on s’adapte au marché en essayant d’être réactif, sans quoi on est toujours démodé, de l’autre on fait ce que l’on aime et dont on est fier, on affirme un style, un classicisme en quelque sorte. Cette formation aura au moins eu l’intérêt de faire prendre conscience à chacun de nous que deux options s’offrent à nous, sachant que l’une n’empêche pas forcément l’autre. J’ai quand même essayé de rappeler que la notion de vin d’AOC implique l’expression de l’originalité d’un terroir, et non la banalisation d’un vin dans le but de répondre à la demande du marché. Mais il s’agit là d’un autre débat. Simplement quelle que soit l’option choisie il faut être conscient de ce que l’on veut et du parcours à suivre pour y parvenir.

Dernière séance le 15 avril avec Dominique Massenot qui va nous parler du fonctionnement du sol et des moyens à mettre en œuvre pour favoriser l’influence de ce sol sur le goût du vin. Sujet compliqué et passionnant.

Je me suis fait interpeler hier par un de mes voisins qui porte le même prénom que moi et qui par conséquent ne peut pas être totalement mauvais. « Tu achètes un sécateur électrique? Mais ce n’est pas bio! Ce qui est bio c’est le vieux sécateur manuel ». Le ton taquin de sa réplique n’enlève rien à la justesse de son propos. Je n’ai d’ailleurs pas cherché à me défendre et ai reconnu que je cédais à la solution de la facilité après avoir passé quelques jours à tailler avec la cisaille à deux mains vu que nous étions 6 à tailler pour 5 sécateurs électriques. Les courbatures dans mes épaules étant difficilement compatibles avec ce besoin de confort auquel je cède de plus en plus en prenant de l’age, je me résigne à une contradiction de plus, et je me console en me disant que la vie est faite de contradictions. Je reconnais volontiers que plutôt que de fournir moi-même l’énergie nécessaire au fonctionnement de ma vieille cisaille je préfère que ce soit l’électricité fournie en grande partie par l’uranium de la centrale nucléaire qui recharge pendant la nuit la batterie de mon sécateur électrique pour que durant la journée cette énergie fasse fonctionner la lame de l’appareil alors que mon effort à moi se limite à presser avec l’index de ma main droite la gâchette de cet outil fort reposant.

Je parle de contradiction parce que j’estime que quand on se dit bio on devrait avoir en permanence à l’esprit la sauvegarde de notre planète et la préservation de notre environnement. Il me semble qu’avant de se poser en donneur de leçons sous prétexte qu’on est labellisé bio on devrait se poser la question de son impact global sur l’environnement au sens large du terme. Le cahier des charges de la bio ne tient aucun compte de l’impact carbone, de la quantité d’eau potable que l’on utilise, n’encourage aucunement la traction animale ou les travaux manuels plutôt que la mécanisation. Les exemples ne manquent pas de vignerons droits dans leurs bottes, ne doutant de rien, convaincus d’être irréprochables, appliquant avec zèle les méthodes de la biodynamie au point de passer dans leurs vignes plus de 50 fois par saison avec leur tracteur pour épandre la préparation nécessaire à l’instant T.

Je ne dénigre pas les vignerons certifiés bio dont je fais partie, je dis simplement que la certification bio, et le logo dont elle autorise l’utilisation ne sont que la preuve du respect d’un cahier des charges relativement laxiste. On s’octroie une certaine gloire d’utiliser des « produits naturels » pour traiter nos vignes plutôt que d’utiliser des molécules de synthèse et nous avons peut-être raison mais pourra-t-on se contenter longtemps de cela? Pourra-t-on indéfiniment se glorifier de travailler nos sols plutôt que d’utiliser des désherbants sans répondre de la quantité de fioul utilisée par an? Ou devra-t-on un jour, pour être respectable, embaucher suffisamment de personnel pour faire le travail avec des vaches, des chevaux ou des pioches?

Et que dire du chai? Qu’entend-on par vins naturels? On s’accorde à dire qu’un vin naturel contient peu de soufre et qu’il n’a pas été levuré ni enzymé mais qui tient compte des kwh utilisés pour faire fonctionner les groupes de froid, les climatiseurs et les laveurs haute pression? Qui mesure la quantité d’eau potable utilisée par litre de vin produit? Et l’impact sur l’environnement des transports frigorifiques nécessaires à la conservation des vins naturels?

Je n’ai pas de réponse à toutes ces questions mais au moins je m’interroge et je suis conscient des contradictions auxquelles je suis confronté. C’est peut-être pour cela que je ne considère pas le fait d’être certifié bio comme une fin en soi mais plutôt comme une nécessité commerciale du moment. Alors que ce que j’appellerai une « démarche écolo », c’est à dire une attitude individuelle, indépendante, réfléchie et cohérente peut être tout autant respectable qu’une certification officielle et souvent aveugle. La démarche écolo responsable n’autorise pas de passer 50 fois dans ses vignes avec son tracteur, ou de désherber avec la débroussailleuse thermique alors que le cahier des charges de la bio ou de la biodynamie le permet.

Les écolos non certifiés sont de plus en plus rares parce que le marché a besoin de logos, et les bio certifiés non écolos de plus en plus nombreux pour la même raison. L’agriculture en général, et la viticulture en particulier s’orientent massivement vers ce mode de production et c’est tant mieux. Je ne peux qu’encourager les acteurs de ce changement et les féliciter pour leur choix mais je les mets modestement en garde contre les déceptions imminentes auxquelles ils s’exposent si ils se contentent de suivre le cahier des charges qui leur est imposé. Ne rêvons pas, le logo bio ne sera pas longtemps suffisant. Que nous produisions du vin, des légumes, des fruits, des poulets ou quoi que ce soit, nos produits, en plus d’être bios, devront être bons et « écolos ». Les poulets industriels étiquetés bio pour avoir mangé des aliments produits à base de céréales certifiées bio n’auront la côte que jusqu’à ce que le consommateur sache comment ils sont élevés. Un jour viendra ou le consommateur préfèrera un poulet pas bio élevé pendant 4 mois au grand air qu’un poulet bio élevé 2 mois dans un bâtiment surchauffé.

Et concernant les vins, quand toutes les bouteilles porteront le logo bio, c’est à dire dans pas longtemps, le consommateur choisira ses vins comme il faisait avant que le logo existe, c’est à dire sans en tenir compte.

Le marché du vin en vrac subit en ce moment  une grave crise dont bon nombre de vignerons craignent de ne pas se relever. Chacun trouve ses propres explications à la situation actuelle mais rares sont ceux qui proposent des solutions pour en sortir. Une des possibilités, adoptée par certains consiste à se convertir vers la bio.
La bio a le vent en poupe et c’est tant mieux. On constate aujourd’hui un fort engouement pour ce mode de production avec, dans le monde du vin une demande qui progresse pour le moment plus vite que l’offre.  Les cours actuels du marché des vins bios en vrac sont fort alléchants mais cela va-t-il durer?. Espérons le. Mais ne devrait-on pas se souvenir de ce qui s’est passé avec un autre signe de qualité qu’est l’AOC? Rappelons qu’à ses débuts et pendant longtemps l’AOC a été pour le vigneron la garantie de vendre vite et bien une production dont le signe distinctif « AOC » était considéré par le consommateur comme une garantie de qualité et d’authenticité. Ce signe étant pour le vigneron le « visa » qui lui assurait un débouché lucratif pour sa production, il s’est contenté de se concentrer sur l’objectif d’obtenir ce visa, c’est à dire de faire en sorte que son vin soit accepté à la dégustation d’agrément. Les volumes de vins produits en AOC ont sans cesse progressé en même temps que la qualité des vins produits hors AOC s’est améliorée, et que les vins étrangers, d’excellente qualité pour la plupart, ont conquis de plus en plus de marchés. Le consommateur s’est rendu compte que la qualité du vin n’était pas forcément proportionnée au prestige du signe qu’il portait, et cédant à la curiosité s’est intéressé à des étiquettes moins ronflantes mais parfois pleines de bonnes surprises. La demande étant moins forte pour les vins d’AOC il a bien fallu baisser leur prix pour continuer à les vendre, tirant en même temps vers le bas le prix des vins de pays et des vins de table.
Qu’est ce qu’on constate aujourd’hui? Que quel que soit le signe que porte le vin (Vin de France, IGP ou AOC ) il ne se vend bien que si il plait au consommateur, c’est à dire que si après l’avoir goûté celui-ci a envie d’en racheter et de le conseiller à ses amis. Le vin bio échappe pour l’instant à cette logique, le signe AB étant généralement suffisant pour vendre à des inconditionnels de ce mode de production un vin dont la qualité ne serait pas suffisante pour le vendre en conventionnel. La bio est dans la situation où se trouvait l’AOC il y a encore 10 ans: forte demande et offre limitée. L’offre va croitre très vite. La demande va-t-elle suivre? Espérons le. Je crois quant à moi que la mention AB ne restera pas longtemps suffisante pour faire acheter au consommateur un vin de qualité moyenne, et j’encourage la profession à ne pas refaire avec la bio les mêmes erreurs qu’avec l’AOC. Car un jour tout le monde ou presque sera en bio et seuls ceux qui feront mieux que leurs collègues s’en sortiront. Sachons y penser dès aujourd’hui et anticiper en faisant des vins non seulement bios, mais aussi meilleurs que les autres, car c’est simplement la logique des choses. La vigne en bio, par sa bio diversité, la vie microbienne de son sol, l’enracinement plus profond de ses ceps, les rendements moindres qu’elle produit devrait logiquement produire des raisins meilleurs. À la charge du vigneron d’utiliser au mieux ces raisins pour en faire des vins de caractère, plus digestes et plus authentiques que des vins produits en agriculture conventionnelle. Je ne doute pas qu’à cette condition le consommateur ne sera pas déçu et en redemandera.

Nous étions en train de restaurer la vieille maison dans laquelle nous devions habiter. Cathy était allée le matin à Libourne pour une visite à l’Hopital Robert Boulin où elle était suivie depuis le début de sa grossesse. « Pas de souci, le col n’a pas l’air de vouloir s’ouvrir de si tôt. Revenez vendredi prochain, nous serons le 25 et comme votre terme est le 26, si rien n’a évolué et si vous le souhaitez nous pourrons provoquer l’accouchement ». Cathy était donc rentrée en fin de matinée et nous avait comme à son habitude préparé le repas de midi, puis celui du soir après avoir entre les deux cueilli des cerises, rangé la maison, participé aux travaux de maçonnerie et gardé les enfants des amis qui étaient venus nous aider à enduire des murs ou à pousser des brouettes de mortier. La journée bien remplie s’était finie par un repas copieux et bien arrosé, entre gens de 25 à 30 ans. On était vendredi soir et quelqu’un avait lancé l’idée d’aller finir la soirée en boîte. A l’exception de Cathy qui se plaignait de mal au ventre tout le monde était partant. Sa soeur, déjà maman depuis quelques années d’une petite Charlotte lui assurait que çà ne pouvait pas être le début de l’accouchement sans quoi la douleur serait insupportable. Ce ne pouvait être que la consommation excessive de cerises qui lui posait quelques problèmes de digestion. D’ailleurs ça tombait bien qu’elle n’ait pas envie de venir parce que comme ça elle allait rester garder Charlotte et Gérémy pendant que tout le monde allait finir la soirée au Caveau de la Musique à Ste Foy La Grande.

A notre retour, vers 6 H du matin, nous n’envisagions pas autre chose que se coucher et dormir. Sauf que les cerises n’étaient toujours pas digérées et que Cathy se plaignait encore plus de mal au ventre. J’ai donc dû remonter dans ma 305 Break Service et refaire la route de Ste Foy la Grande pour conduire ma compagne à l’hopital où on allait bien sûr lui confirmer ce qui lui avait été dit le matin même à Libourne: « revenez la semaine prochaine ». Et on lui a dit « vous êtes en train d’accoucher ». Ste Foy ne pratiquant pas la pérydurale on nous a suggéré de reprendre la 305 et d’aller jusqu’à Libourne. Normalement nous avions le temps. Nous sommes joueurs donc nous avons tenté. Et nous avons gagné. Gagné dans le sens où Cathy n’a pas accouché en route. Pas gagné dans le sens où l’hopital Robert Boulin de Libourne pratiquait bien la  pérydurale mais pas le week-end. L’accouchement s’est donc passé « à l’ancienne », le mieux du monde et avant midi nous étions parents d’une petite Marion qui vient de fêter ses 20 ans. Nous étions le samedi 19 mai 1990 et nous avons l’impression que c’était hier.8 ans plus tard, le 19 mai 98, pour le 8ème anniversaire de Marion Cathy mettait au monde Arno, notre quatrième enfant après Lauren en 91 et Clémence en 95. Marion nous annonce aujourd’hui qu’elle est amoureuse et que l’élu de son coeur n’est autre que S…..Nous sommes heureux pour elle (et pour lui) mais sommes un peu surpris de la vitesse à laquelle le temps a passé. La pensée que quand le même laps de temps se sera écoulé nous aurons presque 70 ans nous laisse rêveurs. Et au cas où nous n’aurions pas la possibilité de rejouer la partie, sachons profiter de la vie et faire ce qui nous semble important si nous ne voulons pas, d’ici très peu de temps, avoir le sentiment d’être passés à côté de l’essentiel.

Je m’étonne que l’idée ne me soit pas venue plus tôt de publier des images de quelques unes des trouvailles que j’ai faites en parcourant les terres et les vignes qui entourrent notre maison. Je n’ai aucune compétence en archéologie mais j’ai toujours été fasciné à l’idée que nos ancêtres ont vécu et survécu avec pour seules armes des morceaux de bois, de cornes, d’os ou de pierre plus ou moins travaillés. Les principales traces qui ont subsisté jusqu’à nous sont les pierres qui, suivant la façon dont elles ont été travaillées nous donnent une idée de l’époque à laquelle elles remontent.

biface Carnille

Celui-ci, emputé de sa pointe doit être très ancien car il est sommairement taillé et a passé suffisamment de temps en terre pour être recouvert d’un dépot calcaire relativement épais.

silex taillé

Un modèle semblable mais sûrement plus récent et provenant d’une autre carrière.Biface Pasquille

Biface Pasquille face B

Le biface de Pasquille est l’un des tout premiers que j’ai trouvés. Je devais avoir une quinzaine d’années. Pasquille est le nom de la parcelle dans laquelle je l’ai trouvé.

biface Marsalou face A

biface Marsalou face B

Un beau biface ramassé au lieu-dit Marsalou en ramassant des prunes.Biface Bruyères

biface Bruyères

Le même style taillé dans un silex d’une autre couleur, trouvé sur la commune de Loubès Benac.

éclat

Un éclat probablement utilisé comme gratoir.fragment de hache

fragment de hache

Fragment de hache polie

Fragment de hache

fragment de hache

Tous ces restes de haches polies semblent avoir des origines diverses mais sont tous taillés selon le même principe. Je les ai toutes trouvées dans un rayon de moins de 1 km autour de la maison.

L’idée que ces outils ont été façonnés par nos ancêtres il y a entre quelques milliers et quelques dizaines de milliers d’années me donne un certain vertige. Que sera notre planète quand il se sera écoulé autant de temps, et qu’aurons-nous laissé à nos descendants?