Le temps passe vite. Cela fait plus d’un mois maintenant que je veux vous parler d’un phénomène que malgré mon age avancé je n’avais jamais constaté jusqu’à cette année. Comme vous le savez ou ne le savez pas les moissons des céréales à paille (blé-orge-avoine etc…) ont lieu chez nous vers la fin du mois de juin ou le début du mois de juillet. La plus tardive de ces céréales est le triticale, genre de croisement entre le blé et le seigle, que nous récoltons habituellement plutôt vers la fin juillet. Le printemps 2011 ayant été particulièrement chaud les moissons ont eu lieu cette année plus tôt que d’habitude, et le triticale a été récolté début juillet, alors que les blés étaient moissonnés depuis déjà trois bonnes semaines.

 

Lors de la récolte certains grains ou certains épis tombent au sol, et peuvent alors être mangés par les rongeurs ou les oiseaux, ou peuvent germer et donner naissance à un nouveau pied de céréale. Le mois de juillet ayant été particulièrement humide et froid beaucoup de grains ont germé et se sont développés. Les grains qui germent en été ne donnent normalement qu’un pied chétif qui ne produit pas d’épi car les céréales d’automne ont besoin d’un minimum de froid pour initier la formation de l’épi. Il se trouve qu’en 2011 le triticale en question s’est particulièrement bien développé et a formé des épis au moment des vendanges, c’est à dire en septembre.

 

Le fait de former des épis à l’automne est déjà un phénomène exceptionnel pour une céréale d’hiver. Cela veut dire que la céréale s’est crue au printemps puisque normalement la formation de l’épi a lieu après les froids de l’hiver. Mais le plus étonnant reste à venir, car après la formation de l’épi il faut encore des conditions favorables pour que la floraison ait lieu, puis la fécondation des fleurs et enfin le développement des grains dans l’épi et leur maturation. Cela se passe à la fin du printemps et au début de l’été et demande suffisamment de chaleur et de soleil pour que la plante, grâce à la photosynthèse, nourrisse correctement les grains et que ceux-ci, après avoir atteint leur maturité, sèchent sur le pied pour pouvoir être récoltés.

 

Les conditions météo de la fin de l’année 2011 ont été si exceptionnelles que les grains de triticale tombés au sol au moment de la récolte ont réussi à produire des grains mûrs, ce qui veut dire que si on avait semé une céréale à la dose normale aussitôt après la moisson on aurait pu faire une deuxième récolte.

 

 

 

 

 

On voit sur l’image qui précède que certains pieds sont encore verts mais que la plupart ont atteint la maturité. Sur l’image suivante on voit l’épi mûr sur lequel les grains ont germé en raison des pluies de décembre et janvier

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces photos ont été prises le 27 janvier 2012 mais auraient pu être prises un mois plus tôt. Les grains commençaient juste à germer. Si le climat exceptionnel que nous avons eu en 2011 devait devenir la norme on pourrait sérieusement envisager de faire deux récoltes  par an. On atténuerait ainsi le risque de pénurie, de flambée des prix et de famine dans certains pays. Nous n’en sommes heureusement pas là mais on pourrait au moins, si ça arrivait, trouver  un côté positif au changement climatique…

 

Comme vous vous en doutez si vous avez visité ce blog ces dernières semaines, être sortis de notre campagne profonde pour nous rendre dans des villages Malgaches isolés à un point que nous ne soupçonnions pas nous a passablement interpelés, pour ne pas dire bouleversés. Le travail que fait là-bas l’association Babakoto, que nous représentions avec Mark et Martial Angéli nous a impressionnés.

Comme vous êtes en droit d’en douter, nous sommes toujours vignerons et avons l’intention de le rester encore quelque temps, même si il y a de grandes chances que nous retournions sans tarder à Madagascar continuer à essayer d’apporter notre modeste contribution à cette association qui fait sur place un travail énorme, et à ce peuple si méritant pour qui un petit effort de notre part peut être salutaire pour eux.

On sait très bien que les résolutions que l’on prend en début d’année sont rarement tenues mais je vous fais part quand même d’une de celles que nous avons prises lors de notre voyage et qui nous engage à être moins tolérants envers les gens de notre entourage qui trouvent en permanence de bonnes raisons de se lamenter sur leur sort, de se plaindre des routes bloquées quand il neige, des impôts, du prix de l’essence ou de la queue trop longue en bas des remontées mécaniques. Essayons de penser de temps en temps aux veuves qui passent des journées entières pliées en deux, les pieds et les mains dans l’eau à travailler dans les rizières pour 1200 Ariarys par jour quand le kg de riz vaut 1500 A et qu’elles ont 6 enfants à nourrir. Surtout quand on sait qu’un euro vaut presque 3000 A.

Mais comme le dit le titre de l’article je voulais ce soir vous parler d’autre chose que de notre voyage, et vous redonner quelques nouvelles du Domaine. Et en particulier vous montrer les photos des nouveaux habillages, dont je vous avais déjà vaguement parlé.

pie Colette blanc

Bien évidemment je vous mets en premier la photo d’une étiquette qui n’a pas changé puisque jusqu’à présent elle n’existait pas. La pie Colette Blanc 2010 a vu le jour à l’automne 2011 et complète la série pie Colette qui comprenait jusqu’à présent le rouge:

pie Colette rouge

Et le rosé. Pour ceux qui connaissaient les anciennes étiquettes on peut dire que la différence se voit à l’œil nu…

pie Colette rosé

Un nouveau venu, le Vieillefont Blanc. Il remplace (avantageusement bien sûr) le Mouthes le Bihan blanc sec.

vieillefont blanc

Et pour compléter la série des blancs secs, l’inévitable Pérette et les Noisetiers, qui va changer d’habillage en passant du millésime 2008 au millésime 2009.

Pérette et les Noisetiers

Le Vieillefont rouge :

Vieillefont rouge

Les Apprentis:

Les Apprentis

Et pour finir en beauté le moelleux qui n’avait pas de nom et qui s’appellera dorénavant « la Lionne et le Désert », du nom de deux de nos parcelles qui font particulièrement bon et qui appartiennent à Jean-Paul Mignard à qui nous devons énormément et sans qui nous n’aurions sans doute pas fait les vins que nous avons faits.

la Lionne et le Désert

Tout ceci sera visible et dégustable lors de nos nombreuses prochaines sorties, à commencer par Millésime bio à Montpellier les 23-24 et 25 janvier dans le hall 12 stand 157, au Grenier St Jean à Angers les 28 et 29 janvier, à la Dive Bouteille au Château de Brézé les 29 et 30 janvier, puis à VINISUD les 20-21 et 22 février hall 12 Stand D 27. Si vous souhaitez recevoir des invitations pour ces différents salons n’hésitez pas à nous en réclamer.

Encore un long silence depuis le dernier article, mais pour une fois j’ai un alibi valable: nous étions à Madagascar. Partis le 25 novembre nous sommes rentrés avant-hier, le 10 décembre. Bouleversé par ce que nous avons vu, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager certaines images, et de vous faire part de certaines impressions.

Nous sommes arrivés à 10 heures du matin à l’aéroport de Tananarive, après être partis la veille au soir et avoir avancé nos montres de 2 heures. Un jeu amusant durant le voyage consistait, avec nos amis Mark et Martial Angéli, à essayer de deviner, en fonction de la tête et de l’attitude des passagers de l’avion, quelle pouvait être leur motivation pour se rendre à Madagascar. Un groupe de 4 hommes aux âges variant entre 50 et 60 ans, apparemment issus du milieu agricole peu évolué, laissait peu de place au doute quant à l’objet de leur convoitise.

À notre arrivée notre chauffeur nous attendait avec son minibus pour nous emmener vers le sud, à Antsirabé où nous allions passer notre première nuit.

La première impression que l’on a en arrivant, après avoir changé un peu d’argent, est de se sentir très riche. Contre 150 euros on reçoit 423 000 ariarys (on prononce ariars). L’euro vaut 2820 A, et le « SMIC » est à 3000 A par jour pour les hommes. Les femmes qui travaillent dans les rizières sont souvent payées 1200 A par jour. Le litre de Gazole est à plus de 3000 A le litre. Cette impression d’être riche s’évapore assez vite quand on constate à quels tarifs sont les hotels ou les repas dans les restos comparés aux salaires. Le premier plein de gazole nous coûte 110 000 A et le premier acompte au chauffeur 100 000 A. On commence très vite à moins faire les malins.

Partout, à chaque arrêt les gens s’attroupent autour de nous. Des enfants, des femmes et des hommes nous proposent toutes sortes de bonnes affaires: des pierres, des nappes, des balades en pouse-pousse ou, comme sur la photo qui suit, des colliers.

vendeuse de colliers

Toujours en commençant par demander un prix exorbitant pour finir, même quand nous ne sommes pas intéressés par nous demander de faire une offre, souvent avec beaucoup d’insistance.

Nous faisons la connaissance de Julien, responsable local de la ZOB avec qui nous dinons au restaurant de l’hotel Green Parck. La ZOB n’est pas une entreprise spécialisée dans une forme particulière de tourime mais la Zébu Overseas Board. Une association qui vous propose, contre la somme de 300 euros, d’acheter un zébu pour le mettre à la disposition, sous forme de vente à crédit, de paysans qui sans cette solution ne pourraient accéder à la traction animale.

Nous parlons avec Julien de la situation économique peu reluisante de Madagascar. Les paysans sont de plus en plus nombreux à ne pas pouvoir honorer leurs échéances auprès de la ZOB, les gens des villes sont de plus en plus insistants pour vendre aux vazahs  (c’est ainsi que l’on nomme les blancs) leurs bibelots, leurs montres Rollex, lunettes Gucci ou parfums n° 5 de Chanel d’origine chinoise.

Nous allons nous coucher avec un réel sentiment d’impuissance face à toute la détresse à laquelle nous avons déjà pu assister.

Le lendemain dimanche nous partons assez tôt pour visiter le lac du volcan Tritriva. Quelques kilomètres de piste défoncée sur laquelle des équipes d’ouvriers au travail sur le bord de la route côtoient les gens endimanchés se dirigeant vers l’église. Nous sommes surpris de voir toutes ces équipes s’affairer au curage manuel des fossés ou à la construction de caniveaux en pierre autant le dimanche matin qu’à notre retour, en milieu d’après midi.

Équipement

fossés battis

Il y avait même sur cette piste, chose extraordinaire que nous n’avons vue nulle part ailleurs, une vieille niveleuse et un compacteur. Eux aussi en activité le dimanche.

Nous arrivons près du volcan en minibus et n’avons que peu de distance à parcourir à pieds pour atteindre le lac. Nous sommes entourés d’enfants qui nous suivent pour nous expliquer que ce magnifique lac a été exploré en 1993 par le commandant Cousteau, qu’il a une profondeur de 146m, que l’eau contient trop de souffre pour qu’il puisse y avoir des poissons, qu’il est impossible de s’y baigner si on a mangé du porc avant sous peine de s’y noyer. Ils nous expliquent aussi que le niveau de l’eau monte pendant la saison sèche et baisse pendant la saison des pluies, sans que personne ne sache vraiment pourquoi.

lac Tritriva

Les enfants nous accompagnent durant toute notre balade en nous parlant de la faune et de la flore présentes, en nous montrant une araignée que nous n’aurions pas vue alors qu’elle a la taille de ma main.

araignée

Nous sommes entourés de petits guides qui sans cesse nous proposent leurs pierres, leurs coquillages ou leurs bracelets. Nous finissons par leur acheter quelques bricoles en les remerciant de nous avoir si bien informés au sujet du lac.

nos petits guides

Nous ne tardons pas à prendre le chemin du retour et sommes aussitôt en présence de nuées d’enfants qui courent à côté de la voiture dont les vitres sont ouvertes, en nous demandant un stylo pour l’école ou un bonbon pour leur petit frère, et toujours avec ce sourire désarmant. On se sent pris en tenaille entre l’envie de leur donner quelque chose tant des objets insignifiants pour nous semblent si importants pour eux, et le sentiment qu’en faisant ces gestes on les encourage à persévérer dans cette démarche de harcèlement du vazah. On se dit que ce que l’on peut faire pour quelques uns ne peut être qu’une goutte d’eau dans un désert de misère avec pour dégât collatéral d’encourager des pratiques qui ne sont porteuses ni d’avenir ni de dignité.

Nous sommes subjugués par l’état d’entretien de ces vastes étendues agricoles, travaillées en grande partie à la main. Pas un coin de terre n’est négligé. Du riz partout, parfois complanté de quelques pieds de maïs, quelques lopins de haricots, de magnoc, de pommes de terre ou de patates douces. Tout est cultivé en terrasses, les digues et les canaux faits à la main. culture en terrasses

La plaine est immense et les terrasses montent jusqu’en haut des collines. Le nombre de personnes nécessaires pour travailler avec autant de soins de telles étendues dépasse notre imagination.

Nous repassons à l’hôtel récupérer nos affaires avant de reprendre la route pour Ambositra (on dit Amboustr) où nous avons rendez vous le soir avec Maurice, le maire d’Antroeta (antroèt) village sur lequel doit se dérouler notre mission. Arrivés à Ambositra nous prenons le temps d’aller visiter un atelier de marqueterie. L’artisan qui nous reçoit nous montre comment il travaille et comment il confectionne lui même ses outils. Jusqu’à la lame de scie qu’il confectionne à partir d’un vieux pneu.

Marquetterie

On le distingue mal sur la photo mais il est en train de tirer avec sa tenaille sur le fil de fer qui constitue l’armature du talon d’un ancien pneu. La longueur de fil de fer contenue dans le talon d’un pneu de camion représente un stock de scies pour quelques années.

écrasement

Le fil de fer extrait du pneu est ensuite écrasé sur un morceau de ferraille à l’aide d’un petit marteau. Une fois le fil de fer aplati il est coincé dans la rainure d’une planche afin de pouvoir y former des entailles rapprochées à l’aide d’un petit burin. L’opération jusque là a duré environ 2 mn.

burin

En moins de 3 mn la nouvelle scie est prête à être montée sur la scie sauteuse, confectionnée bien sur par le même ouvrier qui, faute d’être ingénieur est fort ingénieux.

scie prête

Nous rencontrons comme prévu Maurice à notre hôtel et dinons avec lui pour mettre au point l’emploi du temps de la semaine. Nous avons au programme l’inauguration de 3 écoles neuves financées par l’association Babakoto (Babakout) et de quelques terrains de foot dans différents villages de la commune d’Antroéta.  Les villages sont assez distants les uns des autres et accessibles seulement à pied. Nous avons au programme 5 journées bien remplies dans les montagnes Zafimaniry.

Babakoto

À suivre…

Mon dernier article date du 15 juillet, presque 4 mois. Comme s’il ne s’était rien passé depuis.

Nous avons eu le temps de préparer les vendanges, vendanger, sortir deux nouvelles cuvées, changer nos étiquettes, vinifier, prendre plein de photos, penser à écrire des articles sur ce blog, faire des mise en bouteilles, changer nos cartons, repensé à écrire des articles, reçu la visite de Colette la pie,  mais n’avons pas trouvé le temps d’écrire un article.

Ça va changer. Dès ce soir je mets des bouchées doubles et vous allez avoir un aperçu de toute l’effervescence qui nous a entourés cet été.

De la sortie des nouvelles cuvées aux naissances diverses et variées, je vais vous faire un rapide résumé des petits évènements plus ou moins récents.

D’abord un peu de pub: nous changeons nos étiquettes. Ce n’est pas tout à fait nouveau, certaines cuvées nouvellement habillées sont à la vente depuis déjà quelque temps mais vieux motard que j’aimais, pardon mieux vaut tard que jamais, je vous mets quelques photos:

D’abord les apprentis: 2007 est épuisé et nous passons au 2008, mis en bouteilles fin août et revêtu du nouvel habillage. Ça change du tout au tout, sauf le prix modique qui reste à 17€.

APP08

Ensuite la sortie de la cuvée Vieillefont en Blanc Sec, qui remplace le Mouthes Le Bihan Blanc Sec. Nous sommes sur le millésime 2009.

Vieillefont Blanc Sec 2009

Nous avons aussi fait une nouvelle mise en bouteilles de pie Colette Rouge 2010, elle aussi revêtue de ses derniers atours.

pie colette 2010 rouge

Et enfin nous vous annonçons la sortie toute récente de la pie Colette Blanc Sec 2010. Un assemblage de Sémillon, Sauvignon, Muscadelle et Chenin Blanc.

pie Colette Blanc Sec 2010

Voilà pour la partie pub.

Ensuite les heureux évènements: d’abord la naissance ce printemps de l’oie Cerise que Clémence a récupéré près de Valence d’Agen. Il y en avait deux au départ mais le mâle, plus faible, s’est semble-t-il fait attaquer par une poule et n’a pas survécu à ses blessures. Cerise s’est donc retrouvée seule et a du trouver tant bien que mal des distractions pour noyer sa peine.

lucky

N’ayant plus de congénère et craignant la compagnie des poules elle s’est de plus en plus rapprochée de nous et a voulu partager nos moments de convivialité. On la comprend. Elle s’est montrée particulièrement intéressée par nos verres à tel point que nous avons fini par céder à ses sollicitations en lui proposant d’en goûter le contenu.

Cerise-dégust

Il s’agissait en l’occurrence de la pie Colette rosé. Cerise n’a pas hésité une seconde. Elle a trempé son bec dedans et en a consommé avec modération (en tous cas moins de deux verres).

On remarque sur l’image suivante que la bouteille est quasi vide mais nous étions nombreux ce soir là, Cerise ne l’a pas vidée toute seule.

Cerise plus soif

On pourrait croire en voyant cette image que Cerise avait trop bu ce soir là mais ce n’est pas du tout le cas. Elle était juste fatiguée de sa journée qui il faut bien le reconnaitre est fort longue en cette saison. Elle a d’ailleurs très bien dormi cette nuit là et comme chacun le sait le sommeil est propice à la croissance des enfants. Elle s’est réveillée de très bonne humeur le lendemain et vient depuis se joindre à nous dès que l’ambiance est festive. Elle a d’ailleurs grandi très vite pour devenir une belle oie d’Égypte comme il y en a peu dans la région.

Cerise adulte

La bosse qu’elle a sur la tête n’a rien avoir avec d’hypothétiques casquettes de plomb qu’elle aurait prises trop souvent. Il s’agit d’un signe distinctif de cette variété d’oie: l’oie d’Égypte.

Dans la série des naissances, une de celles qui nous ont fait le plus plaisir a été celle des poussins dont la mère avait fait son nid sur notre servante. Nous avons pu nous remettre à entretenir notre marétiel.

Naissance poussins

Car pendant toute la durée de la couvaison nous n’avons pas pu accéder à nos outils, de peur de déranger la poule en train de couver. On constate sur la photo que les outils ne sont pas parfaitement bien rangés mais c’est tout à fait exceptionnel. Ils sont habituellement soigneusement rangés chacun à leur place. C’est la poule qui a mis tout ce désordre pour que son nid passe inaperçu. D’ailleurs elle est partie sans remettre les choses à leur place.

Pour en finir avec la rubrique Etat Civil nous vous faisons part de la naissance de Memphis et Koweït, les deux derniers poulains de l’élevage.

Naissance poulain

La photo ci-dessus a été prise le matin même de la naissance de Koweït, ici caressé par Cathy sous la surveillance de Kaloua, sa mère.

Une des dernières anecdotes a été la visite de Colette, la célèbre pie. Nous l’avons vue perchée au sommet du frêne qui nous fait de l’ombre quand on prend l’apéro devant la porte.

Colette dans l'arbre

Elle nous observait du haut de l’arbre en ayant l’air intéressée par ce que nous faisions. Nous l’avons invitée à venir boire un café et après s’être un peu fait prier elle a fini par accepter.

Colette dégust

Elle est repartie très vite en nous promettant de revenir vérifier les nouvelles étiquettes de notre cuvée la pie Colette. Promesse qu’elle a tenu mais ce sera l’objet d’un prochain reportage.

À suivre…

Comme chaque année notre groupe de vignerons du Sud-Ouest, ne reculant devant aucun effort s’est réuni en terrain neutre pour un séminaire de travail. Se retrouver, échanger, se ressourcer, faire le point, stimuler les synergies, tels sont les objectifs de nos rencontres estivales. Les valeurs du Sud Ouest que sont vaillance, abnégation, don de soi, sacrifice de chacun pour le bien commun sont indispensables pour que puissent voir le jour nos « Universités d’été » d’A Bisto de Nas.

Pour vous donner une idée du sacrifice que consent chacun d’entre nous pour permettre la bonne marche de ces réunions de travail nous avons pris quelques photos du cadre dans lequel elles se sont déroulées.

Vue sur mer

flore locale

Baignade en eau claire

vue partielle de la plage

Pont de roche

Coucher du soleil sur mer calme

Je vous accorde qu’à la vue de ces photos le commun des mortels puisse relativiser notre mérite. Ne nous y trompons pas, il a quand même fallu s’y rendre, et ce n’est pas la porte à côté.

D’ailleurs c’est où? Cela pourrait être l’enjeu d’un concours: celui qui dit où ont été prises ces photos gagnerait une bouteille de son choix du groupe A Bisto de Nas.

Je vous donne un indice: c’est en France. Un deuxième indice: c’est au Nord de la Loire. Étonnant non?

Comme vous ne trouverez pas je vous le dis: c’est la presqu’île de Crozon, dans le Finistère. J’espère que ceux qui ont une idée négative de la Bretagne réviseront leur point de vue, d’autant plus que nous avons laissé la pluie derrière nous dans le Sud Ouest pour venir retrouver en Bretagne un soleil magnifique.

Ce séjour n’a pas été que du plaisir, pour preuve la photo suivante: une réunion pour programmer notre travail. On voit sur les visages une vraie tension, on devine des débats houleux. Le choix des activités n’a pu se faire qu’après d’âpres discussions. Il a fallu se mettre d’accord sur le choix des restaurants, sur les lieux de pêche ou de baignade, sur les produits locaux que nous allions tester lors de nos repas en commun.

Réunion

Étant tous de bonne composition et toujours animés par notre notion du sacrifice nous sommes finalement tombés d’accord, outre sur le choix des restos,  sur  les activités locales que sont par exemple la pêche à pied suivie de la dégustation du fruit de notre pêche que sont palourdes, bigorneaux et huitres sauvages.

Nous arrivons déjà au terme de notre séjour et le programme ayant été concluant, nous sommes une fois de plus d’accord pour considérer que nous ne remercierons jamais assez Anne et Marc Pénavayre de nous avoir organisé un tel séjour, à tel point que rendez-vous est pris pour l’année prochaine.

À la demande de notre ministre de l’agriculture, et dans le cadre de la loi de modernisation agricole, les interprofessions viticoles de France sont appelées à réfléchir sur d’éventuels rapprochements entre elles dans le but de rationaliser la gouvernance de la filière viticole. L’Aquitaine dont nous faisons partie compte actuellement trois interprofessions: le Comité Interprofessionnel des Vins de Bordeaux, le  Comité Interprofessionnel des Vins de Bergerac et L’Union Interprofessionnelle des Vins de Duras. Le CIVB représente plus de 100 000 ha de vignes, le CIVRB environ 12 000 ha et l’UIVD environ 1 700 ha. L’interprofession Bordelaise n’ayant besoin de personne exclue toute éventualité de rapprochement avec qui que ce soit. La seule évolution possible au sein du bassin Aquitain consiste donc en une éventuelle entente entre les deux petites interprofessions de Bergerac et de Duras. Afin de mener au mieux cette réflexion un cabinet de consulting a été engagé en début d’année et nous a rendu son travail mardi dernier, le 31 mai.

Ce travail a consisté dans un premier temps à réaliser un diagnostic le plus exhaustif possible de la situation actuelle des deux Appellations pour ensuite nous proposer différentes possibilités d’entente (ou pas) entre nos deux interprofessions allant du statu quo à la mise sur le marché de produits communs en passant par des degrés divers de mutualisation des moyens. Un vote après la présentation des différents scenarii proposés a mis en évidence que personne ne voulait du statu quo.

Quant à dire si à terme une entente aura lieu et quelle pourrait être l’option choisie, bien malin celui qui aujourd’hui serait capable de faire un pronostic. Tout dépendra de la capacité des vignerons à se remettre en question, à faire preuve d’ouverture d’esprit afin de s’adapter à un marché qui ne cesse d’évoluer et qui se mondialise.

Mon point de vue, qui bien sûr n’engage que moi, après avoir assisté au rendu de cette étude est que l’opportunité se présente à nous de mettre sur pied un projet innovant dans le paysage vitivinicole français. Les gens qui ont conduit cette étude ont le mérite de nous avoir proposé, tout en étant convaincus qu’ils ne seraient pas retenus, des scenarii novateurs et ambitieux. Je suis convaincu que c’est en osant la nouveauté, en interpelant les marchés en leur proposant une offre clairement segmentée que nous gagnerons la confiance du consommateur et des médias et rendrons aux produits d’AOP la crédibilité qu’ils ont depuis longtemps perdue. Nous disposons actuellement d’une fenêtre de tir durant laquelle les pouvoirs publics sont disposés à nous aider en assouplissant au besoin les contraintes administratives à la condition que nous nous montrions ambitieux. Osons mettre en place, au sein d’un rapprochement de nos appellations et de nos interprofessions, une offre de vins clairement segmentée qui commencerait au bas de la pyramide par des vins sans IG, autrement dit des vins de France (anciens Vins de Table de France) pouvant porter mention du cépage et du millésime. Des vins légers, faits à rendements élevés et faibles coûts de production pouvant être vendus en direct par les vignerons eux mêmes ou vendus à des négociants pouvant disposer de volumes importants en assemblant à volonté tous les vins produits sur le territoire français. Le deuxième étage de notre pyramide serait un IGP Bergerac pouvant être produit sur l’ensemble d’une zone IGP à définir, regroupant à minima les zones AOP Duras et Bergerac mais pouvant s’étendre, si nous sommes ambitieux et convaincants à nos voisins de Marmande, Buzet, et tous les IGP de la Dordogne et du Lot et Garonne. Ce bassin permettrait aux négociants de lever des volumes suffisants pour attaquer de nouveaux marchés pour lesquels les volumes de Bergerac AOP  sont actuellement largement insuffisants. Le vin proposé se voudrait un produit typique du Sud-ouest, correspondant à peu de choses près à ce que sont la plupart des vins actuels des AOP Bergerac-Duras-Marmande-Buzet dits « génériques ». C’est quoi un vin « générique »? C’est selon moi un vin produit dans le respect du cahier des charges mais sur des volumes relativement importants et avec pour souci prioritaire la limitation des coûts de revient afin de trouver une rentabilité même en vendant au cours du vrac. Le fait de passer en IGP permettrait aux vignerons de réduire de façon substantielle les coûts de production sans remettre en cause le niveau de qualité de ce type de produit à vocation plutôt « vin de fruit ». Au dessus de cette IGP Bergerac viendraient les AOP actuelles que sont Bergerac-Duras-Marmande etc… Bergerac s’appellerait « Côtes de Bergerac » et pourrait être produit sur l’ensemble du territoire actuel de l’AOP Bergerac. Les « Côtes de Bergerac » se soumettraient au cahier des charges de l’actuelle AOP Bergerac ou à celui, plus ambitieux, des actuels « Cotes de Bergerac », au choix des vignerons bergeracois.Les vins produits à ce niveau de la pyramide seraient des vins de caractère, exprimant plus le terroir que le cépage, affichant clairement l’originalité de l’appellation revendiquée.  L’INAO devrait s’opposer selon toute vraisemblance à la coexistence d’une IGP et d’une AOP portant des noms aussi proches mais c’est là que nous verrons si les pouvoirs publics tiennet leurs promesses « d’adoucir les contraintes administratives ». Enfin au sommet de la pyramide se situeraient les actuels « crus de Bergerac » que sont Monbazillac, Montravel, Saussignac etc…Les vins de Duras, Marmande et Buzet, dans l’état actuel de leur cahier des charges, ne figureraient pas à ce niveau de la pyramide. Pour que ces appellations puissent y accéder il leur appartiendrait de mettre en place une hiérarchisation cohérente en instaurant un cahier plus restrictif que le cahier des charges actuel et auquel se soumettraient de façon facultative les vignerons désireux de revendiquer un niveau d’appellation supérieur. Les vins produits seraient des vins à forte personnalité, revendiquant une expression de terroir et un potentiel de garde élevés.

Tous les vins produits sur la zone concernée seraient soumis a une CVO (cotisation) variable selon le niveau de la pyramide auquel ils appartiennent. Les cotisations prélevées par l’interprofession sur les vins sans IG seraient en partie reversées à une structure nationale chargée de la gestion de cette catégorie de vins (structure nationale à définir). L’interprofession communiquerait sur tous les niveaux de la pyramide, y compris les vins sans IG. Tous les vignerons de la zone seraient ainsi partie prenante au sein de la nouvelle structure et bénéficieraient, quelle que soit la position de leurs différents vins dans la nouvelle segmentation, des efforts de communication, de régulation des marchés ou de recherche et développement qui seraient financés en partie par les CVO et en partie par les fonds publics.

Face à un tel scenario certains vignerons vont avoir une première réaction de rejet que je peux comprendre. Dire à un vigneron de Bergerac que demain le vin qu’il produit ne va plus être une AOP mais une IGP a toutes les raisons de le rebuter. Mais la réalité est différente. Le vin qu’il produit aujourd’hui en AOP Bergerac serait demain un AOP Côtes de Bergerac. Le Bergerac IGP serait un produit nouveau, autorisant des rendements supérieurs, au cahier des charges moins exigeant et vendu pas forcément moins cher que les actuels AOP Bergerac. Quant aux vignerons des autres appellations qui pourraient craindre de n’être que peu représentés dans une structure dominée par une appellation beaucoup plus grande en taille que la leur, leur dire que demain ils auraient le choix de produire soit leur AOP actuelle soit un IGP dont le nom est déjà largement reconnu et bénéficie d’une vraie notoriété pourrait être un argument de taille à les convaincre. Si en plus ils ont la possibilité de produire des Vins de France faisant partie intégrante de la communication dont pourrait bénéficier cette offre clarifiée, tout le monde pourrait en sortir gagnant.

J’ai l’habitude d’être optimiste c’est pourquoi je veux croire au bon sens des vignerons et des autres professionnels du vin que sont les courtiers et les négociants. S’accrocher à tout prix à l’AOP en considérant cela comme un acquis est aujourd’hui selon moi un raisonnement à courte vue. Feu René Renou disait: » le marché du vin ira beaucoup mieux le jour ou on arrêtera de faire prendre aux gens des vessies pour des lanternes. Clarifions l’offre de vin, réduisons les volumes en AOC en réservant ce signe aux seuls vins de terroir et mettons sur pied une segmentation de l’offre claire de façon à ce que tout le monde s’y retrouve ». Son souhait qui était qualifié à l’époque de visionnaire par les uns ou de farfelu par les autres est aujourd’hui devenu réalisable grâce à la nouvelle Organisation Commune du Marché du vin. L’outil est à notre disposition. Soyons suffisamment réalistes et pragmatiques pour nous en servir intelligemment. Ne nous occupons pas de ce que font les autres, et en particulier n’attendons pas de savoir si Bordeaux créera ou pas son IGP. Ouvrons la voie, soyons pionniers et notre audace sera récompensée.

Plus d’un mois que je n’ai pas écrit une ligne. Vous deviez vous faire un sang d’encre. Ce n’est pourtant pas que je n’avais rien à dire; entre la formation des vignerons de Duras, le travail dans les vignes, les péripéties de nos troupeaux divers et variés, les mises en bouteilles et j’en passe, les sujets ne manquent pas.

La formation à Duras s’est terminée jeudi dernier, le 5 mai par une petite réunion de « debriefing » animée par  Marie-Jo Bireaud, suivie d’un repas au restaurant « le grand cep », récemment ouvert à Monségur. Tous les vignerons ayant participé à ces séances de formation les ont trouvées très positives, surprenantes parfois tant elles allaient à l’encontre de bon nombre d’idées reçues profondément ancrées dans nos convictions. La dernière journée, animée par Dominique Massenot en a surpris plus d’un tant le discours contrarie ce que nous avons appris à l’école, et ce que nous ont rabaché les agents technico commerciaux marchands d’engrais et de désherbants. Pour faire court, l’école nous a appris l’agriculture selon une approche agronomique, c’est à dire de compensation. La plante, pour se développer, a besoin de divers éléments minéraux qu’elle trouve dans le sol. Donc pour satisfaire la demande de la plante on apporte au sol, généralement sous forme soluble dans la solution du sol l’équivalent de ce dont la plante a besoin pour se nourrir. Techniquement ça marche plutôt bien. Si on pousse ce système à l’extrême on aboutit à la méthode hydroponique. Le sol n’est qu’un support, comme la laine de roche dans laquelle les racines de fraisiers pompent la solution soigneusement préparée et avec laquelle on obtient de très bons résultats, surtout économiques.

L’autre méthode, défendue par Dominique Massenot, est basée sur une approche pédologique. On va chercher à optimiser le fonctionnement du sol afin de rendre disponibles pour la plante les éléments minéraux qui sont, sauf dans certains cas particuliers, déjà présents dans le sol en quantité suffisante et d’une incroyable diversité. Le jeu va donc consister à mettre en œuvre tout ce qui peut favoriser le développement de la vie microbienne des sols afin qu’elle rende assimilables ces éléments minéraux présents sous forme non assimilable. Précisons que les microorganismes sont adaptés aux conditions de milieu de chaque sol et que vouloir en apporter artificiellement a peu de chance de réussir. Je ne vais pas tenter de vous détailler tout ce que nous a expliqué M. Massenot mais simplement en aborder la finalité. Car certains ne manqueront de poser la question de l’intérêt de revenir à la « préhistoire de l’agriculture » alors que les progrès techniques nous donnent des outils modernes, performants et faciles à utiliser. Rappelons que l’enjeu de la formation était d’améliorer l’expression du terroir dans les vins. Or comment parler de terroir si on nourrit la plante avec des éléments solubles dans l’eau, obtenus selon des procédés chimiques identiques d’un bout à l’autre de la planète? Sans aller jusqu’à comparer certains sols viticoles à des supports hydroponiques sur lesquels poussent fraises, tomates ou endives, on peut dire quand même que la spécificité du sol aura peu d’incidence sur le goût du raisin, et par conséquent du vin, si la vigne se nourrit de l’engrais chimique qu’on lui a apporté.

En ce qui me concerne, pour défendre l’approche pédologique, en plus de l’argument de l’expression du terroir, je mettrai volontiers en avant celui de refuser un système, une politique agricole basée depuis déjà longtemps sur l’exploitation de l’agriculture (exploitation au mauvais sens du terme) par des firmes tentaculaires, omniprésentes, surpuissantes, ayant pour objectif d’aboutir à la totale dépendance de l’agriculture et de l’agriculteur à une panoplie de techniques, de produits, ou de semences incapables de se reproduire. Nos sols sont encore vivants, ils fonctionnent encore très bien si on y fait un peu attention. Et je ne sous-entends pas que pour que le sol vive il doit être certifié bio. Je dis qu’en prenant conscience de l’immense complexité de ce qu’est un sol, en s’interrogeant sur la subtilité des équilibres qui en régissent le fonctionnement, en touchant du doigt certains principes de base comme la nécessité de la présence de l’air dans un sol, on est mieux armé pour conduire son entreprise en dehors de l’emprise d’un système dont bon nombre d’agriculteurs sont devenus dépendants. Je m’égare un peu, je m’emporte. Pour en revenir au fonctionnement du sol, et parmi les idées-reçues (nombreuses) que fait tomber le discours de M. Massenot, celle selon laquelle c’est par un enracinement profond que la vigne exprime le terroir. C’est au contraire dans les couches superficielles du sol, disons les 30 premiers centimètres que se passe la quasi-totalité de l’activité microbienne. Les racines profondes ont surtout un rôle de régulateur hydrique.

La conclusion de cette série de formations est que nous devons continuer, approfondir. Reprendre le travail avec Maurice Chassin et aborder la dégustation des blancs. Comparer des vins élaborés selon des itinéraires différents, à la vigne comme au chai. Aller plus loin dans les discussions, les échanges, créer une émulation. Envisager des séances sur le terrain avec D. Massenot, des dégustations comparatives avec Cécile Dulimbert, afin d’évaluer par nous même la différence entre par exemple les vins levurés et les vins ayant fermenté spontanément. Après ce repas au Grand Cep nous sommes repartis bourrés de bonnes intentions, et remplis de l’espoir que nous serons plus nombreux l’année prochaine.

Plus qu’une journée de formation au programme. Plusieurs intervenants de qualité se sont succédés depuis mon dernier article. Maurice Chassin, avec qui nous avons beaucoup dégusté et discuté dans le but de définir une originalité dans les vins de Duras a terminé sa prestation. Le but était au départ d’aborder la dégustation sous un autre angle que la recherche du défaut oenologique et si possible de repérer les aspects qui pouvaient conférer aux vins de Duras une originalité liée au terroir. Nous devons reconnaitre, au terme du temps dont nous disposions, que rien de significatif ne nous est apparu. Précisons que faute de temps nous nous sommes intéressés seulement aux rouges, espérant pouvoir aborder les autres couleurs plus tard. Notre dernière demi-journée de travail a consisté à mettre au point une fiche de dégustation destinée à rechercher et quantifier dans les vins les éléments susceptibles de leur conférer une originalité. Par exemple quand on quantifie la fraicheur de fruit on met une note d’autant plus basse que la perception rappelle les fruits frais et d’autant plus élevée qu’elle rappelle les fruits mûrs, voire sur-mûris. Pour un vin végétal, c’est à dire au fruit insuffisamment mûr on pourra noter ce critère 0/5. Les critères notés en bouche sont par exemple l’acidité, la sucrosité, la chaleur, la structure, l’astringence, la rondeur ou gras, l’intensité aromatique, la persistance aromatique, la fraicheur de fruit etc…Cette fiche pourra nous servir, si nous le souhaitons, à approfondir notre réflexion sur la personnalité des vins de Duras.

Une autre intervention fort intéressante a eu lieu début mars au sujet des étapes clés à la vigne et au chai pour une meilleure expression des vins. Cécile Dulimbert, oenologue, nous a tenu un discours scientifique et argumenté sur la conduite des vignes mais surtout sur la façon dont interagissent les processus complexes de transformation des raisins et des moûts au cours des vinifications, puis des élevages des vins. Par exemple la conviction que nous avons depuis longtemps de l’intérêt de ne pas levurer les vins, conviction totalement empirique, basée sur le constat d’une plus grande complexité aromatique lors de la dégustation des vins à fermentation spontanée, devient logique après que Cécile nous ait expliqué la diversité incroyable de levures naturellement présentes sur le raisin et les aptitudes de chacune à la mise en valeur de certains précurseurs aromatiques. Le nombre de ces levures indigènes présentes sur les raisins sera bien sûr d’autant plus important que la vie aura été préservée à la vigne. Toutes les formes de vie, tous les équilibres. Vaste sujet.

Les autres intervenants nous ont parlé de commercialisation. Nous avons pu entendre les conseils d’un spécialiste de la Grande Distribution en la personne de Patrick Amigo qui nous a expliqué le fonctionnement de ce marché. L’intérêt du discours a été de tordre le cou à certaines idées préconçues que se font bon nombre d’entre nous quant à l’argumentation à mettre en avant pour aborder ce type de marché. Croire que les chaines de GD cherchent avant tout un prix bas est une erreur. Une bouteille vendue 6 € rapporte plus qu’une bouteille vendue 2 €. Un prix trop bas n’est pas vendeur. Ceci est encore plus flagrant si on parle du marché traditionnel, cavistes et CHR (Cafés-Hotels-Restaurants).Patrick Chazalet, ancien agent de quelques grands domaines, nous a expliqué sa vision des choses. Il prétend que « le vin doit être ce qu’il est, sans chercher à s’adapter au client. Si on écoute trop le client on ne sait plus quoi faire. Ce n’est pas le client qui fixe le prix. Mais bien sûr cela ne tient qu’à condition que le vin raconte quelque chose, qu’il ait une vraie personnalité.  »

La différence d’approche a été notoire entre le discours du spécialiste de l’export, Frédéric Guiraud, et le discours de Patrick Chazalet. Alors que l’un nous dit de nous adapter au marché en produisant le vin qu’attend le client et en inscrivant sur les étiquettes les mentions vendeuses (vendanges manuelles, élevage en barrique, médailles et récompenses en tous genres, bio  etc…) et en ne dépassant surtout pas un plafond psychologique de prix, l’autre nous dit de faire le vin qu’on aime, original et sans concession, d’en assumer les particularités et le prix de revient et de lui fixer un prix rémunérateur.D’un côté le discours marketing, de l’autre le discours identitaire, défenseur de son terroir et de ses particularités. D’un côté on vend des volumes, de l’autre on vend de l’image, du rêve peut-être. D’un côté on s’adapte au marché en essayant d’être réactif, sans quoi on est toujours démodé, de l’autre on fait ce que l’on aime et dont on est fier, on affirme un style, un classicisme en quelque sorte. Cette formation aura au moins eu l’intérêt de faire prendre conscience à chacun de nous que deux options s’offrent à nous, sachant que l’une n’empêche pas forcément l’autre. J’ai quand même essayé de rappeler que la notion de vin d’AOC implique l’expression de l’originalité d’un terroir, et non la banalisation d’un vin dans le but de répondre à la demande du marché. Mais il s’agit là d’un autre débat. Simplement quelle que soit l’option choisie il faut être conscient de ce que l’on veut et du parcours à suivre pour y parvenir.

Dernière séance le 15 avril avec Dominique Massenot qui va nous parler du fonctionnement du sol et des moyens à mettre en œuvre pour favoriser l’influence de ce sol sur le goût du vin. Sujet compliqué et passionnant.

Mercredi dernier Cathy et Clémence sont allées rendre visite à Didier Barral à Faugères. Je devais initialement faire partie du voyage mais des imprévus de dernière minute ont fait que je n’ai pu, une fois de plus, quitter mon port d’attache. La visite du Domaine Barral a été aussi enrichissante que prévu. Je parlais dans un article récent des contradictions de la bio, et en écrivant l’article je me disais justement que des gens comme les Barral, Marck Angéli et quelques rares exceptions de ce style n’étaient pas concernés par ce que j’écrivais.

La visite sur place confirme l’idée que l’on se fait de Didier Barral quand on le rencontre loin de chez lui, ou quand on regarde ce que raconte le site internet du Domaine Léon Barral. Une harmonie, une cohérence entre les propos et les actes, le discours et l’attitude d’un paysan soucieux de l’avenir de nos enfants, de notre planète. Une sagesse, une réflexion approfondie sur le monde dans lequel nous vivons, sur les équilibres qui ont fait que la vie est ce qu’elle est, et sur la fragilité de ces équilibres qui, si nous les malmenons trop durement, finiront par s’effondrer comme des châteaux de cartes.

Nous sommes bien loin des cahiers des charges de la certification bio, ou biodynamique. On se situe dans une recherche d’intégrité, à ne surtout pas confondre avec intégrisme, aussi éloignés l’un de l’autre que sont éloignés la crédibilité et le fanatisme. L’intégrité en bio consistant à rechercher en permanence le plus grand respect de l’environnement et d’une certaine éthique générale, en délaissant l’aspect formel, règlementaire de la bio. Quel besoin a-t-on de savoir si le Domaine Barral est certifié bio quand on voit dans les vignes non palissées se promener vaches, ânes, chevaux, chèvres et cochons, ou quand on voit se construire le chai avec de la chaux et des pierres tirées de la colline et taillées sur place? Et surtout quand on goûte les vins en élevage, si expressifs et si vivants, avec des signes de rébellion dans certaines barriques, qui contraignent parfois Didier à éliminer des vins qui n’ont pas suivi le chemin qu’il souhaitait.

Sur la photo suivante on voit le travail hivernal fait par les décavaillonneuses automatiques et comestibles. Un travail peut-être pas parfait, mais qui a le double avantage d’aérer le sol de la vigne et de nourrir les décavaillonneuses qui ne manqueront pas à leur tour de nourrir leur propriétaire.

Vignes labourées

En nombre suffisant ces machines bio parcourent les vignes et retournent le sol à la recherche de racines et de vers d’autant plus présents que la structure du sol est respectée. Certes quelques piquets sont bousculés et certains pieds de vigne malmenés mais lorsque le sol est trop humide ou quand les bourgeons commencent à pousser les animaux sont sortis des vignes et le vigneron reprend les choses en main.

décavaillonneuses au travail

Pour tout dire le voyage de Cathy et de Clémence n’était pas désintéressé. Clémence rêvait depuis longtemps d’agrandir son élevage d’une espèce supplémentaire: les cochons. Face à notre refus qui durait depuis bien longtemps elle a dû faire preuve de persuasion, comme en témoigne la photo suivante.

Clémence

Comme d’habitude nous avons fini par céder. Et c’est en discutant avec Didier au salon Renaissance à Angers que nous avons convenu d’échanger quelques poules et lapins contre deux cochons. Les poules et lapins devant faire le bonheur de Victor, petit éleveur de Faugères, et les cochons décavaillonneurs celui de Clémence. Car l’un comme l’autre, petits campagnards qu’ils sont vivent heureux au milieu de leurs animaux. Victor, à 8 ans, se passionne pour son élevage de cailles et oublierait parfois de rentrer le soir si on n’allait pas le chercher pour diner.

Victor BarralIl faut dire qu’au Domaine Léon Barral il n’y a ni internet ni ordinateur, et encore moins de téléphone portable ou de GPS. Pas étonnant que Victor vive proche de la terre et non pas dans un monde virtuel comme la plupart de nos enfants, connectés en permanence à des jeux en ligne, des wii, suspendus au portable et aux écrans en tous genres. Victor connait les animaux, sait qu’on les élève pour les manger et qu’on doit bien les nourrir afin qu’ils nous nourrissent quand le moment sera venu, comme on cueille un fruit ou un légume après l’avoir cultivé.

C’était la base du marché avec Clémence qui, malgré ses 16 ans a du mal à accepter qu’on tue ses animaux pour les manger. Elle voudrait faire de tous ses pensionnaires des animaux de compagnie et aimerait que chaque œuf pondu par ses poules donne un poussin plutôt que de finir parfois en omelette. Elle aimerait que tous ses lapins deviennent des reproducteurs, et tous ses poussins des coqs et des poules qui mourraient de vieillesse. Cela n’est peut-être pas dû au fait qu’il y ait chez nous des ordinateurs, des portables et internet, mais cela révèle quand même un certain refus de la réalité, une négation de la nécessité de se nourrir. Car elle n’est pas végétarienne, et mange le viande de bon cœur à condition qu’elle ne provienne pas des animaux qu’elle a élevés.

Nous avions donc convenu que nous irions chercher deux cochons à condition que Clémence accepte par avance qu’on en fasse de la charcuterie. Je les avais d’ailleurs déjà baptisés, et comme il s’agissait d’un mâle et d’une femelle ils devaient s’appeler Andouillette et Saucisson, histoire de les préparer psychologiquement. Les voici.

Frisette et Racaille au box

Sauf que les Barral avaient déjà pris soin de les baptiser. Elle Frisette en raison de ses soies un peu plus longues et un peu plus bouclées que celles de ses congénères et lui Racaille pour sa fâcheuse manie de ne pas respecter grand chose, et de franchir allègrement les clôtures. Cela lui avait d’ailleurs valu de recevoir sur l’arrière train un coup de peinture rouge  pour le reconnaitre facilement lors du prochain recrutement d’un porcelet destiné au tourne-broche. Il sera donc chez nous en surcis jusqu’à nouvel ordre. Quant à Frisette, et grâce au pouvoir de persuasion de Clémence elle se destine à devenir la base de son élevage porcin, et a donc toutes les chances de durer beaucoup plus longtemps que son copain Racaille.

Clémence devrait être pleinement satisfaite, comblée puisqu’elle nous a dit que mercredi avait été le plus beau jour de sa vie. Pourtant elle a déjà commencé à nous tanner pour que nous repartions à Faugères, cette fois-ci pour acheter des vaches. Elle est tombée sous le charme des vaches de Didier et rêve d’avoir les mêmes à la maison.Vache jersiaise Affaire à suivre…

C’est le grand amour à Duras. Nous avons passé notre après-midi de la St Valentin à la maison des vins. Ce n’est pas un signe ça? En compagnie d’une vingtaine de vignerons et vigneronnes de l’appellation et de Maurice Chassin dans le cadre de notre réflexion commune sur notre AOC.

Comme souvent, plus on avance et plus on s’interroge, moins on a de certitudes. Exemple la notion d’équilibre dans les vins: alors que l’équilibre semble au premier abord un des objectifs principaux du vinificateur Monsieur Chassin nous explique qu’un vin parfaitement équilibré ne procurerait à son dégustateur aucune sensation. La notion d’équilibre dans un vin ne peut être que subjective à un moment donné de la dégustation, ne serait-ce qu’en raison de l’évolution différente dans le temps des différents composants du vin. Le sucre, l’acidité, l’astringence ou les différents arômes du vin ne se manifestent pas au même moment ni sur la même durée au cours de la dégustation. De plus un vin blanc pourra être jugé équilibré par un dégustateur du Muscadet alors qu’un dégustateur habitué aux blancs du Languedoc pourra le trouver acide. Idem pour les vins sucrés: où se situe l’équilibre entre l’alcool, le sucre et l’acidité dans les vins liquoreux? Dans les vins de glace Allemands au taux de sucre et d’acidité énormes alors que l’alcool est très bas ou dans les Sauternes où l’alcool est beaucoup plus haut mais l’acidité et le sucre bien moindres?

Nous avons aussi abordé la perception de l’astringence, en différenciant la perception chimique et la perception tactile, liée aux tanins, que l’on perçoit dans l’ensemble de la bouche. L’astringence tactile permet de différencier les tanins et de se faire une idée de leur évolution dans le temps.  On pourra ainsi espérer une évolution positive des tanins fermes au cours du vieillissement, évoluant vers beaucoup plus de finesse alors que des tanins secs ne feront que s’assécher davantage au fil du temps.

Quelques petits exercices pratiques, consistant à ajouter dans un vin un additif œnologique afin de gommer un défaut nous ont démontré que lorsqu’on modifie artificiellement un élément du vin, par exemple par l’ajout d’un peu de sucre, ou d’acide tartrique, on en modifie l’équilibre et par conséquent la perception de tous les autres composants. On aboutit en général à accentuer certains côtés désagréables comme l’amertume ou l’astringence finale.Cela s’est révélé flagrant avec l’ajout de sucre dans un rouge qui apportait de la douceur en attaque mais donnait une sensation de sècheresse en finale et en arrière bouche.

Nous avons fini la séance par la dégustation de 6 vins à l’aveugle. Tous étaient très différents en terme de style et de concentration et pourtant tous des Côtes de Duras. Certains très légers, d’autres très boisés ou chaleureux. On peut constater sur la photo qui suit que Maurice Chassin a pris beaucoup de plaisir à cette dégustation en ne laissant rien au fond du verre.

Maurice en extase

C’est certainement pour cette raison que lorsque nous lui avons demandé s’il serait partant pour se charger de la formation obligatoire des dégustateurs de Quali-Bordeaux il a accepté sans hésiter, et je m’en réjouis. Nous allons donc pouvoir aborder avec les dégustateurs chargés de décider de l’acceptabilité des vins au sein de « la famille des Côtes de Duras » des sujets un peu plus subtils et complexes que la seule recherche de défauts œnologiques. Deux demi journées ne feront certainement pas changer leur approche du vin à des dégustateurs enracinés dans leurs habitudes et capables de juger en 5 secondes si un vin est conforme ou non conforme mais au moins devrait-on réussir à se poser ensemble des questions qui n’ont jamais été abordées jusqu’à présent, et si cela pouvait contribuer à remettre en cause quelques certitudes dont sont gonflés certains dégustateurs, œnologues de formation, employés de laboratoires et marchands de produits œnologiques et copeaux en tous genres, nous aurons bien avancé. Car aujourd’hui pour être sûr de ne pas être « emmerdé » à l’agrément, mieux vaut suivre les préconisations de tous ces prescripteurs de recettes standardisatrices dont ils s’enrichissent et faire les vins levurés et copeautés qu’ils préconisent et qui se ressemblent tous plutôt que de s’éreinter à travailler ses vignes dans l’espoir d’obtenir des vins riches et complexes à la personnalité affirmée et qui expriment une vraie originalité. Les marchands de levures étant aussi les « juges » de la dégustation d’agrément, formés pour détecter les défauts œnologiques, et sanctionnés si ils laissent passer un échantillon pirate alors que personne ne leur reprochera de juger non conforme un échantillon conforme, on comprend pourquoi il est risqué de présenter un vin qui sort du rang, qui n’est pas « conforme au standard ». Le vin « non conforme au standard » devenant très vite, si on n’y prend pas garde, tout simplement  « non conforme ».

Espérons que nous arriverons à nous poser ensemble de bonnes questions et que nous progresserons ensemble dans notre vision de ce que doit être une AOP en général et la notre en particulier. Nous en avons tous besoin et l’avenir des Côtes de Duras en dépend.