J’ai assisté aujourd’hui pour la première fois à une réunion du Comité Régional de l’INAO. Après un préambule intéressant au cours duquel le président Hubert de Bouard nous a expliqué notre rôle et notre mission nous avons abordé l’ordre du jour. Ma déception a été grande de constater à quel point les débats furent bien loin de ce que j’espérais après avoir entendu le discours d’introduction du président.

 

Celui-ci venait en effet de nous expliquer que nous avions été nommés par le ministre de l’agriculture pour œuvrer dans le sens de la défense de l’intérêt global des AOC, que notre souci ne devait pas être notre propre AOC mais tout le système des AOC dans sa généralité, notre échelon régional n’ayant de toute façon aucun pouvoir décisionnaire mais seulement un rôle consultatif, les décisions étant prises par le comité national constitué de 26 vignerons, 16 représentants du négoce et un dizaine de représentants des institutions.

 

Le discours du président m’avait plu et connaissant l’ordre du jour j’imaginais déjà notre belle assemblée débattre par exemple du bien fondé de la chaptalisation des vins AOC et du cas des vins liquoreux en particulier. Au lieu de cela nous avons pu écouter le représentant de Sauternes expliquer qu’il y avait plusieurs façons de lire les textes européens et que certains juristes estimaient que l’interdiction de chaptaliser  les vins titrant plus de 15 degrés pouvait être contournée. Personne n’a avancé l’idée que quand on se revendique la plus prestigieuse des appellations de liquoreux on pourrait peut-être aussi se fixer pour objectif de faire le vin sans y ajouter du sucre de betterave.

 

La plupart des autres sujets concernaient des demandes d’extensions d’aires géographiques déposées le plus souvent par des vignerons auprès de leur syndicat d’appellation. L’appellation Pauillac demande une augmentation de plus de 5ha de son aire  d’appellation. Les fonctionnaires de l’INAO nous expliquent qu’une précédente demande concernant les mêmes parcelles a déjà fait l’objet d’un refus il y a quelques années aux motifs aussi divers que »zone hydromorphe, sablière, ancien jardin potager etc… » Quelqu’un a demandé pourquoi l’ODG avait émis un avis favorable, ce a quoi il lui a été répondu qu’un avis défavorable devait être motivé alors qu’un avis favorable n’avait pas à l’être.  J’ai eu l’impression que tout le monde était d’accord pour considérer qu’une telle demande n’était pas défendable et que notre assemblée ne pouvait qu’émettre un avis défavorable. Je  n’ai cependant pas été vraiment surpris, quand le président a demandé de voter  (les votes se font à main levée ) et a posé la question « qui est contre », d’être le premier et presque le seul à lever la main. Le dossier a donc été transmis au comité national avec avis favorable du comité régional. Tous les autres dossiers ont obtenu un avis favorable à la quasi unanimité des membres présents, qui se connaissent tous ou presque et qui préfèrent ne pas s’opposer aux demandes des collègues, ne sachant pas de quoi demain sera fait ni de qui ils auront besoin.

 

Mon inquiétude  est que le fonctionnement soit le même au niveau national, et que les demandes de l’un ou de  l’autre ne soient pas contestées par les représentants des autres régions de peur de « représailles » ultérieures.

 

Je n’ai hélas pu que constater que là comme aux plus petits niveaux que sont nos syndicats d’appellation, chacun ne pense qu’à son intérêt personnel et immédiat et que les conflits d’intérêts sont omniprésents. Une partie du problème pourrait être facilement réglé en instaurant le vote à bulletin secret, mais est- ce que quelqu’un en a  envie?

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2 commentaires pour le moment

  1. TOURMEAU

    mon commentaire porte sur le compte rendu du CRINAO sud ouest.
    Bravo Monsieur, pour votre courage. Après avoir laissé échapper l’Autorité des vignerons dans les décisions concernant les AOC viticoles avec l’Ordonnance de 2006, les ODG sont en train, par l’intermédiaire de leurs cahiers des charges (fagocités) par l’Administration (avec un « A » et au sens large) et les Organismes certificateurs de laisser mourir leurs AOC en n’étant pas capable de prendre les bonnes décisions et en se cachant derrière de faux paravents juridiques. c’est pour celà que l’on voit fleurir, grâce à la déréglementation tous azimuts, toutes sortes de marques, légitimes certes, mais dans lesquelles le consommateur sera de plus en plus perdu et qui sont en train de faire la peau de nos AOC que nous avons mis presque un siècle à construire; ce qui a permis – quand même – de faire de la viticulture française la 1ère du monde et de cultiver une grande partie de nos sols qui autrement seraient en friches. attendez en plus la libéralisation des droits de plantation et vous allez voir ce que vous allez voir.
    Bravo encore, Monsieur, continuez à mettre le pied dans la fourmilière; BON COURAGE ET FÉLICITATIONS.

  2. Bravo pour avoir démontré par cet exemple ce que nous craignions être le cas bien trop souvent. On se demande même à quoi sert l’INAO, sauf a défendre un corporatisme locale tel qu’on le voit à l’oeuvre dans votre compte-rendu. Et que penser du fait que le mot « qualité » fait partie maintenant de son sigle ?

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