Notre dernière soirée à Antoetra s’annonce bien. Nous allons manger à table, et non comme depuis une semaine sur des nattes posées à même le sol. Le repas cuisiné par Cathy fait saliver Martial qui rêve de bonnes pâtes et n’en peut plus de voir du riz. Nous allons surtout pouvoir discuter entre nous de ce que nous avons vu durant la semaine écoulée et parler du compte rendu que nous devrons remettre au conseil d’administration de Babakoto. Doit-on lister de façon objective et impartiale tous les points qui nous en semblé perfectibles ou doit-on, pour éviter le risque de vexer qui que ce soit, faire comme si tout était parfait? Nous tombons assez vite d’accord sur l’option de rapporter le plus précisément et le plus objectivement possible nos impressions, remarques et propositions.

 

Nous sommes bouleversés par le cas du village détruit par les voleurs de zébus mais aussi par deux choses en particulier: une impression de malnutrition dans les villages les plus pauvres de la commune et le préjudice que représente l’absence de Temple digne de ce nom pour le village de Vohitandriana. La détresse dans laquelle se trouve ce village qui a par trois fois entrepris de reconstruire son temple pour ne jamais l’achever faute de moyens nous interpelle au plus haut point. La chef du village et tous ses habitants sont prêts à d’incroyables efforts pour cette reconstruction mais ne voient pas de solution accessible à leur budget. Nous nous promettons, sans trop savoir de quelle façon, de faire notre possible pour améliorer la nutrition des enfants et pour aider à la reconstruction de ce temple. Au moment ou j’écris ces lignes, nous n’avons pas de solutions radicales mais certaines idées ont germé puis fait leur chemin. Mais j’en parlerai plus tard.

 

La cuisine faite sur le feu dans le petit réduit sans cheminée nous a un peu rougi les yeux mais la pièce dans laquelle nous mangeons est agréable, de même que les chambres où nous passons la nuit.

 

Samedi 3 décembre.

Nous devons aujourd’hui participer à la distribution des 1050 lampes solaires.

 

 

Notre départ pour Ambalavao est prévu pour le début de l’après midi. Nous avions dit à Adj, notre chauffeur de la semaine dernière que nous aurions besoin du minibus vers midi. Il est 7h15, nous finissons d’étendre le linge que nous venons de laver quand un minibus Toyota se gare devant le gite. Le chauffeur s’approche et se présente: « je suis Mani, le cousin de Adj. Il m’a dit d’être là à 10 heures mais pour être sûr de ne pas vous retarder j’ai préféré arriver un peu avant ». Nous le prévenons que le départ n’est pas pour ce matin et nous allons comme convenu chez Albert qui la veille au soir, du haut de ses 8 ans nous a tenu une conversation de guide touristique. Nous visitons le magasin de la famille à Albert puis celui de la famille d’un de nos guides. Une foule d’objets en bois, des sculptures en tous genres, des vieux coffres en palissandre, annoncés comme toujours à des prix exorbitants au départ finissent par se négocier de façon à donner satisfaction, je pense, aux deux parties. Nous achetons finalement pour à peu près la même somme dans les deux magasins, car les deux familles nous suivent d’un magasin à l’autre. Tout le monde semble finalement très satisfait.

 

 

 

 

 

 

Marion se prend d’affection pour Albert, atteint d’une maladie de peau depuis l’age de deux ans, au moment du départ de son père, parti vivre ailleurs une vie meilleure ou pas. Ses frères nous disent que depuis ce moment là il passe ses nuits à se gratter, son corps étant recouvert de cette affection contre laquelle les médecins d’Antsirabé, la grande ville la plus proche, n’ont rien pu faire. Heureusement son visage n’est pas atteint. Marion passe beaucoup de temps avec lui, attendrie par sa vivacité d’esprit, sa sensibilité et son handicap.

 

 

 

Elle va très vite prendre la décision de l’aider, s’il le faut en le faisant venir en France. Albert est prêt à partir tout de suite, sa mère est d’accord. Ce n’est malheureusement pas si simple. Marion en parle à Maurice, le maire qui doit venir en France pour les 10 ans de Babakoto le premier juillet 2012. Il lui explique les démarches à accomplir et lui propose de l’emmener avec lui fin juin prochain. Marion s’engage à prendre à sa charge tous les frais générés par les formalités administratives, le voyage, les traitements. Nous tentons de la raisonner, de lui expliquer qu’elle ne pourra pas à elle seule venir en aide à tous les gens qui souffrent mais rien n’y fait, sa décision est prise. Elle est têtue comme une bourrique, les chiens ne font pas des chats.

 

Pendant ce temps là Maurice refait le compte des commandes de lampes dans le gite pendant que Mark vérifie la qualité du matériel et le nombre de lampes. La distribution ne commence finalement que peu avant midi.

 

 

Nous n’attendons pas la fin de la distribution et prenons congé vers 15h. 26 km de piste défoncée pour rejoindre la nationale 7 puis à gauche direction Ambalavao vers le sud. Nids d’autruches, virages, ponts endommagés, véhicules en panne freinent un peu notre chauffeur qui conduit trop vite à notre gout.

 

 

Après quelques freinages un peu limites et des dépassements dangereux nous lui demandons de bien vouloir ralentir, ce qu’il fait immédiatement. Nous arrivons à la tombée de la nuit à notre hôtel et avons encore une fois l’occasion d’assister au spectacle répugnant du repas en tête à tête d’un plus que quinquagénaire blanc et d’une jolie malgache d’une vingtaine d’années à peine ne levant quasiment pas de la soirée le regard de son assiette.  Le « couple » est arrivé à l’hôtel un peu après nous, l’homme a réservé une chambre et commandé le repas pendant que « madame » patientait assise sur une chaise, à l’écart, la tête basse. À la fin du repas l’homme s’est levé de table, l’air content de lui et a quitté la salle du restaurant, suivi d’assez loin par la jeune femme qui montrait le même enthousiasme à le suivre que le condamné à mort qui s’avance vers la potence. Nous avons du mal à comprendre que cela puisse se passer à la vue de tout le monde, sans que l’homme ne semble éprouver la moindre gêne. La journée se finit tristement pour nous, mais sans doute bien plus tristement encore pour la jeune femme.

 

Dimanche 4 décembre.

Changement de véhicule pour se rendre dans le Parc Andringitra: 4×4 obligatoire. Montagnes magnifiques. On voit ici la falaise impressionnante du Karambony: 900m d’à pic .

 

 

 

Juste à côté le plus grand caméléon de Madagascar. Un rocher énorme au sommet d’une montagne.

 

 

 

Nous nous rendons au camp Catta, parait-il tenu par un français. Les tarifs sont exorbitants, que ce soit pour manger ou pour dormir. Le plus petit bungalow est à 49 000 A, une chambre correcte à 140 000 A. Nous refusons de donner pour une nuit et un repas de quoi payer le salaire mensuel de 3 ou 4 employés qui travaillent là 7 jours sur 7. Nous venons à Madagascar pour aider les malgaches, pas pour enrichir un français qui s’engraisse sur la naïveté des touristes en exploitant son personnel. Nous nous en expliquons avec les gens qui nous reçoivent, tous adorables. Le patron n’est pas là, dommage. Nous mangeons finalement une assiette de riz et dormirons dans une tente.

 

Lundi 5.

Debout 5h30, petit dèj 6 h. Départ 6h 30pour faire le circuit du caméléon. La balade est annoncée 6 h.

 

 

Nous marchons d’un bon pas et faisons 3 bonnes pauses, dont une sur le dos du caméléon ou nous goutons un blanc sec local offert par Mark mais malheureusement bouchonné.

 

 

La balade est magnifique, nous passons sous les falaises de 900m du Karambony, impressionnantes. Nous croisons quelques lémuriens, un caméléon et beaucoup de gros lézards.

 

 

 

 

 

Un criquet énorme nous passe à côté.

 

Un autre, un peu plus loin, posé.

 

 

À 10 h 15 nous sommes de retour, nous avons marché environ 3 heures.

 

Une affiche dans la salle de restaurant nous rassure un peu, nous espérons que la menace qu’elle profère contribuera à calmer les ardeurs de certains.

 

 

Nous ne trainons pas pour nous doucher et charger nos affaires et quittons le camp vers 11 h en laissant un bon pourboire aux employés du camp, pas responsables des tarifs pratiqués par leur patron.

 

 

Nous trouvons sur la piste des véhicules de transport de troupes pas trop sécurisés. Les jeunes assis dans la remorque qui saute parfois d’une bosse à l’autre n’ont qu’à bien se tenir, le chauffeur n’a pas l’air de trop penser à eux.

 

À Ambalavao Cathy, Mark et moi allons au marché nous approvisionner en produits locaux pour notre repas alors que les jeunes préfèrent manger au restaurant.

 

 

Nous ne regrettons pas notre choix: fruits, tomates, beignets, nougats font notre bonheur. Cet après midi nous faisons la visite d’un atelier de broderie et celle, passionnante d’un atelier très artisanal de fabrication d’écharpes en soie.

 

À suivre…

 

 

 

 

 

 

 

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seulement 1 commentaire pour le moment

  1. Isabelle

    Récit captivant. Photos magnifiques. Nous attendons la suite.

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