Notre dernière soirée à Antoetra s’annonce bien. Nous allons manger à table, et non comme depuis une semaine sur des nattes posées à même le sol. Le repas cuisiné par Cathy fait saliver Martial qui rêve de bonnes pâtes et n’en peut plus de voir du riz. Nous allons surtout pouvoir discuter entre nous de ce que nous avons vu durant la semaine écoulée et parler du compte rendu que nous devrons remettre au conseil d’administration de Babakoto. Doit-on lister de façon objective et impartiale tous les points qui nous en semblé perfectibles ou doit-on, pour éviter le risque de vexer qui que ce soit, faire comme si tout était parfait? Nous tombons assez vite d’accord sur l’option de rapporter le plus précisément et le plus objectivement possible nos impressions, remarques et propositions.

 

Nous sommes bouleversés par le cas du village détruit par les voleurs de zébus mais aussi par deux choses en particulier: une impression de malnutrition dans les villages les plus pauvres de la commune et le préjudice que représente l’absence de Temple digne de ce nom pour le village de Vohitandriana. La détresse dans laquelle se trouve ce village qui a par trois fois entrepris de reconstruire son temple pour ne jamais l’achever faute de moyens nous interpelle au plus haut point. La chef du village et tous ses habitants sont prêts à d’incroyables efforts pour cette reconstruction mais ne voient pas de solution accessible à leur budget. Nous nous promettons, sans trop savoir de quelle façon, de faire notre possible pour améliorer la nutrition des enfants et pour aider à la reconstruction de ce temple. Au moment ou j’écris ces lignes, nous n’avons pas de solutions radicales mais certaines idées ont germé puis fait leur chemin. Mais j’en parlerai plus tard.

 

La cuisine faite sur le feu dans le petit réduit sans cheminée nous a un peu rougi les yeux mais la pièce dans laquelle nous mangeons est agréable, de même que les chambres où nous passons la nuit.

 

Samedi 3 décembre.

Nous devons aujourd’hui participer à la distribution des 1050 lampes solaires.

 

 

Notre départ pour Ambalavao est prévu pour le début de l’après midi. Nous avions dit à Adj, notre chauffeur de la semaine dernière que nous aurions besoin du minibus vers midi. Il est 7h15, nous finissons d’étendre le linge que nous venons de laver quand un minibus Toyota se gare devant le gite. Le chauffeur s’approche et se présente: « je suis Mani, le cousin de Adj. Il m’a dit d’être là à 10 heures mais pour être sûr de ne pas vous retarder j’ai préféré arriver un peu avant ». Nous le prévenons que le départ n’est pas pour ce matin et nous allons comme convenu chez Albert qui la veille au soir, du haut de ses 8 ans nous a tenu une conversation de guide touristique. Nous visitons le magasin de la famille à Albert puis celui de la famille d’un de nos guides. Une foule d’objets en bois, des sculptures en tous genres, des vieux coffres en palissandre, annoncés comme toujours à des prix exorbitants au départ finissent par se négocier de façon à donner satisfaction, je pense, aux deux parties. Nous achetons finalement pour à peu près la même somme dans les deux magasins, car les deux familles nous suivent d’un magasin à l’autre. Tout le monde semble finalement très satisfait.

 

 

 

 

 

 

Marion se prend d’affection pour Albert, atteint d’une maladie de peau depuis l’age de deux ans, au moment du départ de son père, parti vivre ailleurs une vie meilleure ou pas. Ses frères nous disent que depuis ce moment là il passe ses nuits à se gratter, son corps étant recouvert de cette affection contre laquelle les médecins d’Antsirabé, la grande ville la plus proche, n’ont rien pu faire. Heureusement son visage n’est pas atteint. Marion passe beaucoup de temps avec lui, attendrie par sa vivacité d’esprit, sa sensibilité et son handicap.

 

 

 

Elle va très vite prendre la décision de l’aider, s’il le faut en le faisant venir en France. Albert est prêt à partir tout de suite, sa mère est d’accord. Ce n’est malheureusement pas si simple. Marion en parle à Maurice, le maire qui doit venir en France pour les 10 ans de Babakoto le premier juillet 2012. Il lui explique les démarches à accomplir et lui propose de l’emmener avec lui fin juin prochain. Marion s’engage à prendre à sa charge tous les frais générés par les formalités administratives, le voyage, les traitements. Nous tentons de la raisonner, de lui expliquer qu’elle ne pourra pas à elle seule venir en aide à tous les gens qui souffrent mais rien n’y fait, sa décision est prise. Elle est têtue comme une bourrique, les chiens ne font pas des chats.

 

Pendant ce temps là Maurice refait le compte des commandes de lampes dans le gite pendant que Mark vérifie la qualité du matériel et le nombre de lampes. La distribution ne commence finalement que peu avant midi.

 

 

Nous n’attendons pas la fin de la distribution et prenons congé vers 15h. 26 km de piste défoncée pour rejoindre la nationale 7 puis à gauche direction Ambalavao vers le sud. Nids d’autruches, virages, ponts endommagés, véhicules en panne freinent un peu notre chauffeur qui conduit trop vite à notre gout.

 

 

Après quelques freinages un peu limites et des dépassements dangereux nous lui demandons de bien vouloir ralentir, ce qu’il fait immédiatement. Nous arrivons à la tombée de la nuit à notre hôtel et avons encore une fois l’occasion d’assister au spectacle répugnant du repas en tête à tête d’un plus que quinquagénaire blanc et d’une jolie malgache d’une vingtaine d’années à peine ne levant quasiment pas de la soirée le regard de son assiette.  Le « couple » est arrivé à l’hôtel un peu après nous, l’homme a réservé une chambre et commandé le repas pendant que « madame » patientait assise sur une chaise, à l’écart, la tête basse. À la fin du repas l’homme s’est levé de table, l’air content de lui et a quitté la salle du restaurant, suivi d’assez loin par la jeune femme qui montrait le même enthousiasme à le suivre que le condamné à mort qui s’avance vers la potence. Nous avons du mal à comprendre que cela puisse se passer à la vue de tout le monde, sans que l’homme ne semble éprouver la moindre gêne. La journée se finit tristement pour nous, mais sans doute bien plus tristement encore pour la jeune femme.

 

Dimanche 4 décembre.

Changement de véhicule pour se rendre dans le Parc Andringitra: 4×4 obligatoire. Montagnes magnifiques. On voit ici la falaise impressionnante du Karambony: 900m d’à pic .

 

 

 

Juste à côté le plus grand caméléon de Madagascar. Un rocher énorme au sommet d’une montagne.

 

 

 

Nous nous rendons au camp Catta, parait-il tenu par un français. Les tarifs sont exorbitants, que ce soit pour manger ou pour dormir. Le plus petit bungalow est à 49 000 A, une chambre correcte à 140 000 A. Nous refusons de donner pour une nuit et un repas de quoi payer le salaire mensuel de 3 ou 4 employés qui travaillent là 7 jours sur 7. Nous venons à Madagascar pour aider les malgaches, pas pour enrichir un français qui s’engraisse sur la naïveté des touristes en exploitant son personnel. Nous nous en expliquons avec les gens qui nous reçoivent, tous adorables. Le patron n’est pas là, dommage. Nous mangeons finalement une assiette de riz et dormirons dans une tente.

 

Lundi 5.

Debout 5h30, petit dèj 6 h. Départ 6h 30pour faire le circuit du caméléon. La balade est annoncée 6 h.

 

 

Nous marchons d’un bon pas et faisons 3 bonnes pauses, dont une sur le dos du caméléon ou nous goutons un blanc sec local offert par Mark mais malheureusement bouchonné.

 

 

La balade est magnifique, nous passons sous les falaises de 900m du Karambony, impressionnantes. Nous croisons quelques lémuriens, un caméléon et beaucoup de gros lézards.

 

 

 

 

 

Un criquet énorme nous passe à côté.

 

Un autre, un peu plus loin, posé.

 

 

À 10 h 15 nous sommes de retour, nous avons marché environ 3 heures.

 

Une affiche dans la salle de restaurant nous rassure un peu, nous espérons que la menace qu’elle profère contribuera à calmer les ardeurs de certains.

 

 

Nous ne trainons pas pour nous doucher et charger nos affaires et quittons le camp vers 11 h en laissant un bon pourboire aux employés du camp, pas responsables des tarifs pratiqués par leur patron.

 

 

Nous trouvons sur la piste des véhicules de transport de troupes pas trop sécurisés. Les jeunes assis dans la remorque qui saute parfois d’une bosse à l’autre n’ont qu’à bien se tenir, le chauffeur n’a pas l’air de trop penser à eux.

 

À Ambalavao Cathy, Mark et moi allons au marché nous approvisionner en produits locaux pour notre repas alors que les jeunes préfèrent manger au restaurant.

 

 

Nous ne regrettons pas notre choix: fruits, tomates, beignets, nougats font notre bonheur. Cet après midi nous faisons la visite d’un atelier de broderie et celle, passionnante d’un atelier très artisanal de fabrication d’écharpes en soie.

 

À suivre…

 

 

 

 

 

 

 

L’épisode précédent se terminait à Tanambao Nord, lors d’un match de foot, par un violent orage que nous avions vu venir et auquel nous avions échappé en nous rendant à l’école juste avant qu’il n’éclate. Les joueurs et les supporters les plus motivés avaient eu droit à un retour précipité au village sous des trombes d’eau qu’on ne voit pas souvent chez nous.

 

L’orage aidant, la nuit commence à tomber mais la journée est loin d’être terminée. Des porteurs ont acheminé jusqu’au village un groupe électrogène et une sono en vue de la cérémonie nocturne de tuerie des insectes visibles et invisibles. C’est un rituel qui consiste à danser et à chanter pour débarrasser le bâtiment de tous les insectes susceptibles d’en compromettre la longévité. Cela se passe après le repas du soir, et peut durer toute la nuit. C’est suivant la quantité d’essence dont on dispose pour alimenter le groupe électrogène. N’étant pas remis de la journée de marche de la veille je décide de recourir au comprimé magique que nous avait prescrit notre docteur pour bien dormir dans l’avion car j’ai bien besoin d’une vraie nuit de sommeil.

 

Je dors du sommeil de l’enclume et me réveille le lendemain comme si rien ne s’était passé. Après qu’on m’ait raconté l’agitation de la nuit je constate que le comprimé magique, que j’essayais pour la première fois, est vraiment d’une efficacité à toute épreuve. J’ai dormi dans la salle de classe où ont eu lieu les festivités, la sono à fond et les gens en délire.

 

Vers 3 h 30 du matin plus d’essence. Il pleut des cordes mais qu’à cela ne tienne, un des porteurs qui n’a pas envie que la fête s’arrête part dans la nuit avec le bidon d’essence vide et le rapporte plein trois quarts d’heure après. Et la fête recommence jusqu’à ce que le groupe électrogène s’arrête à nouveau. Mais là il commence à faire jour et le teufeurs vont se coucher. Je n’ai absolument rien entendu. Je me dis qu’un demi comprimé aurait sûrement suffi.

 

Après les adieux et les remerciements protocolaires nous repartons pour le village suivant. Nous avons une école de 4 classes à inaugurer à Andraitokonana, où nous attend un zébu nettement plus gros que celui d’hier.

 

 

Il est attaché à un piquet à côté de l’école. Cette photo nous montre l’importance du terrassement qui a été réalisé, à la main bien sûr, pour construire l’école.

 

Contrairement au premier sacrifice, celui-ci s’est fait sans brutalité. Nous en sommes très reconnaissants à Maurice dont les consignes ont été respectées. Nous ne refusons donc pas l’honneur qui nous est fait de nous servir les premiers des meilleurs morceaux. Il s’agit du foie et de la bosse de l’animal qui, après avoir été débités en lambeaux sont déposés directement sur le feu.

 

 

La bosse a été découpée avec la peau et les poils mais les flammes carbonisent l’ensemble et le résultat est étonnant. Le foie est lui aussi délicieux et j’en mange de bon cœur.

 

Nous devons passer la journée sur place, ce qui nous laisse du temps libre. L’après midi une cérémonie évangéliste est organisée en notre honneur au temple du village, 100% protestant. À côté de l’autel se trouve l’estrade où a lieu le « spectacle ». Une trentaine de jeunes chantent et dansent des chansons auxquelles nous ne comprenons rien mais qui, nous dit-on, ont été écrites en l’honneur de notre visite. Le temple est archi plein, la chorale chante à tue tête et le « public » chante, crie et applaudit. Cela ressemble beaucoup plus à du négro spiritual qu’à un office religieux.

 

À la sortie du temple je me rapproche de madame Ravaoarisaoa, la chef de Vohitandriana, le village dont le temple est à ciel ouvert. Je regarde avec elle la façon dont sont appareillées les pierres du mur du temple. Ce sont des pierres tendres liées à la terre mais bien appareillées. Madame Ravaoarisaoa comprend tout de suite qu’avec cette technique de construction il faut beaucoup moins de ciment qu’avec la technique utilisée pour la construction des écoles. Elle me redit qu’elle compte beaucoup sur nous pour que son village ait à nouveau un temple. Le spectacle auquel nous venons d’assister nous convainc de l’importance pour ces populations de disposer d’un lieu de culte digne de ce nom. Je lis tant d’espoir dans son regard que je suis submergé d’émotion. Elle me fournit une preuve de plus de ce que représente Babakoto pour eux.

 

De retour à l’école je discute longuement avec René, un des conseillers de Maurice, de la façon dont sont construits les murs. Il m’encourage vivement à rencontrer les maçons pour en parler avec eux.

 

Le lendemain, jeudi 1er décembre, départ pour Fempina. Avant de quitter le village nous sommes informés qu’une femme s’est blessée en glissant sur un rocher lors du transport du ciment. Sa jambe est infectée et elle a de la fièvre. Nous lui laissons les médicaments dont nous disposons pour soigner sa jambe et disons à Maurice qu’elle doit se reposer. Il nous répond que son état ne la dispense pas de nourrir ses enfants et qu’elle doit donc travailler. Nous lui donnons 5000 A pour compenser les quelques jours durant lesquels elle est immobilisée.

 

Notre trajet nous donne droit à quelques beaux paysages, dont des rizières en terrasses, preuves du travail dont les gens sont capables pour se nourrir.

 

Quand les dénivelés sont trop importants des escaliers sont aménagés pour passer d’un niveau à l’autre.

 

Il vaut mieux ne pas avoir le vertige car il n’y a pas de rambardes pour se tenir. Le franchissement des rivières se fait aussi sur des ponts du même genre.

 

Nous arrivons vers midi près d’une cascade ou les embruns nous font le plus grand bien.

 

 

Nous en profitons pour faire une pause pique-nique avec les morceaux de zébu qui nous ont été offerts à Andraitokonana. Nos porteurs se chargent de la cuisson, à même les flammes.

 

 

Nous prenons le temps de nous reposer un peu car il n’y a pas urgence, le prochain zébu à faire les frais de la tradition locale ne sera sacrifié que demain matin. La seule contrainte à ne pas négliger est la probabilité d’un bon orage avant la fin de l’après midi. Nous reprenons donc la piste avant que le ciel ne se charge trop. Un peu plus loin nous croisons un couple d’orpailleurs au travail, dans le lit de la rivière.

 

Le mari, muni de sa pelle monstrueuse creuse le fond de la rivière et déverse les alluvions dans la battée de sa femme qui, parfois, trouve quelques paillettes.

 

Nos bouteilles d’eau sont vides et il nous tarde d’arriver à destination pour les remplir. Arrivés à Fempina, la source étant un peu éloignée nous faisons le choix, avec Mark de faire marcher le commerce local en allant dans une petite case que nous avait enseigné Martial pour acheter de l’eau minérale et du Coca. Le prix annoncé par la marchande nous fait sursauter puis préférer souffrir de la soif quelque temps de plus. Mauvaise pioche. Nous décidons de faire un passage rapide au terrain de foot pour faire acte de présence car Maurice y est parti depuis déjà un bon moment avec les notables du village. Nous allons juste dire bonjour et filer à l’anglaise pour récupérer nos bouteilles vides, les remplir à la source, y mettre les comprimés désinfectants et enfin boire un coup. Un match de foot se termine. Deux autres équipes sont en train de se former: les jeunes contre les enseignants. Il manque deux enseignants. On nous sollicite, Mark et moi pour compléter l’équipe. Difficile de refuser. La partie commence et nous découvrons les règles locales: le hors-jeu n’existe pas et le talus est un partenaire de choix, façon billard. Il n’y a pas touche tant que le ballon revient sur le terrain. Notre équipe gagne mais nous ne prétendrons pas que c’est grâce à nous. Mark et moi avions la même hantise pendant tout le match: écraser les pieds de nos adversaires qui jouaient tous pieds nus alors que nous avions nos grosses chaussures de marche.

 

Dés la fin du match je me précipite à la source et bois sans prendre le soin de désinfecter l’eau. J’ai la bouche et la gorge sèche, je n’en peux plus. Je sais ce n’est pas prudent mais j’ai survécu.

 

De retour au village je rencontre comme convenu les maçons au pied de murs de pierre en construction. Les pierres sont posées verticalement de chaque coté du mur et non à plat et ne se croisent à aucun moment. L’espace vide au milieu du mur entre les deux empilements de pierres est rempli de mortier et de gravats mais rien ne relie les deux cotés du mur.

 

Je leur montre comment, en posant les pierres à plat on les fait se croiser d’une couche à l’autre, tant dans le sens longitudinal que transversal du mur. Ils sont très attentifs et comprennent très vite ce que je leur explique. Je leur fais part de mes réserves quant à la possibilité de mettre en pratique ma méthode avec les pierres dont ils disposent, à mon gout très mal taillées. L’idéal serait de se rendre à la carrière pour voir avec les carriers comment extraire des pierres plus plates et plus larges. Mais on me dit que la carrière est trop loin et que notre emploi du temps ne permet pas une telle escapade. Dommage. Je prends congé des maçons et retourne à l’école rejoindre le reste de l’équipe. Peu de temps après, René, le conseiller de Maurice, que je n’avais pas vu depuis un moment vient s’assoir à côté de moi et me dit qu’il vient de discuter avec les maçons qui tiennent à ce qu’il me fasse part de leur reconnaissance. Ils ont très bien compris qu’en bâtissant les murs comme ils le font il suffirait de planter une barre à mine verticalement au milieu du mur et de tirer dessus pour le partager en deux dans le sens de la hauteur.

 

Le repas du soir est servi à plus de 23 h après quoi débute la tuerie des insectes. Je ne prends pas de somnifère mais m’endors quand même et rate la soirée. La marche en montagne et le  match de foot ont fait leur effet.

 

Vendredi 2 décembre. Réveil 6 h 30. Nous devons assister au dernier sacrifice de zébu et à l’inauguration de l’école. Nous espérons que ce sera fini de bonne heure car notre plus long trajet nous attend. Ça commence mal. À 8 heures du matin le zébu n’est pas encore attrapé. Et comme s’il savait ce qui l’attend il n’est pas du tout décidé à se laisser faire. À 10 heures ses poursuivants ont réussi à lui passer une corde autour des cornes et une à une patte arrière mais le bovidé s’est réfugié dans la rivière et n’a pas du tout envie d’en sortir. Ce n’est qu’à 11 heures passées qu’il finit par arriver devant l’école. Le temps nous parait long mais vers midi l’animal est entièrement débité. Commencent alors les discours d’inauguration, danses et chants habituels. Il est 13 h 15 quand le ruban est coupé. À 13 h 30 les danses autour du chapeau posé au sol pour recueillir les dons s’éternisent pendant que les nuages s’épaississent. À l’exception de Mark qui se plie gentiment à tout ce protocole nous commençons tous à nous impatienter sérieusement. Après la fraicheur matinale durant laquelle il aurait été agréable de marcher nous avons vu apparaitre vers midi un soleil ardent et vers 13 h une moiteur qui nous promet de beaux orages. Nous finissons de préparer nos bagages pour pouvoir partir au plus vite dès que nous y serons autorisés mais nous n’avons pas encore mangé. Nous avons 20 km à parcourir et un des enseignants me dit que certaines pentes en terre ne peuvent être franchies sous la pluie car trop glissantes. Nous passons à table à 14h, repas terminé à 14 h 30. Seul Mark le végétarien a mangé du zébu. Vient ensuite la rédaction du cahier des charges pour terminer les travaux: toilettes, abords etc… Maurice le rédige et le lit dans les deux langues. Le contrat est signé par toutes les parties à 14 h 50. Mark est chargé des remerciements et de demander l’autorisation de prendre congé. Le discours de Mark, clair et concis dure moins de 3 minutes. C’est alors que s’ensuivent des discussions entre malgaches sur de multiples détails et je commence à me demander si on réussira à partir avant la nuit. Mais à 15 h Maurice décrète qu’on s’en va. Le ciel est bas et gris. Il est 15 h 07 quand nous démarrons. Martial et moi sommes décidés à marcher vite et surtout à ne pas laisser les marcheurs partir devant car ils ont nos vêtements de pluie et nos lampes frontales.  À 15 h 15 les premières grosses gouttes, 30 secondes plus tard le déluge. Je me retourne pour voir où sont les porteurs. Le cortège est assez loin mais je me dis qu’avec un peu de chance Wilson qui porte mon sac sera parmi les premiers. Quand tout le monde est passé et que je n’ai vu ni Wilson ni mon sac à dos je suis trempé et je commence à pester. Je suis résigné à attendre car je sais qu’il n’est pas devant et qu’il n’y a pas d’autre chemin. Je commence à m’inquiéter au point de partir à sa rencontre. Mes habits sont complètement trempés quand je l’aperçois enfin, au moment où l’averse commence à se calmer. Je sors mon poncho de mon sac mais je repars sans l’enfiler tellement je ruisselle. Heureusement l’eau n’est pas froide. L’averse s’arrête presque aussi vite qu’elle a commencé. Il est moins de 15 h 30 quand le soleil réapparait.

 

 

Le sentier s’est par endroits métamorphosé en torrent mais l’averse était très locale et quelques kilomètres plus loin les conditions redeviennent normales.

 

 

Nous marchons à vive allure et arrivons plus tôt que prévu à Antoétra. Il est 18h15 et il fait encore bien jour. Le parcours n’était pas si dur qu’on nous l’avait annoncé, mon genou droit ne me fait plus mal et notre condition physique commence à s’améliorer. Les premiers malgaches arrivent peu de temps après nous. Ils sont nombreux à avoir fait le déplacement car demain aura lieu la distribution des 1050 lampes solaires financées par Mark, les vignerons du Grenier St Jean et l’association Babakoto.

 

Nous faisons la connaissance d’Albert, 8 ans, qui nous fait promettre de venir chez lui demain matin voir le travail du bois que font ses frères et ses cousins. Et nous nous installons dans le gite d’Antoetra où nous nous préparons un bon plat de pâtes avec des ingrédients trouvés localement et cuisinés par Cathy.Voilà déjà une semaine de passée, nous allons passer notre dernière nuit à Antoétra après quoi nous nous dirigerons vers le sud.

 

À suivre…

 

 

 

 

 

Le temps passe vite. Cela fait plus d’un mois maintenant que je veux vous parler d’un phénomène que malgré mon age avancé je n’avais jamais constaté jusqu’à cette année. Comme vous le savez ou ne le savez pas les moissons des céréales à paille (blé-orge-avoine etc…) ont lieu chez nous vers la fin du mois de juin ou le début du mois de juillet. La plus tardive de ces céréales est le triticale, genre de croisement entre le blé et le seigle, que nous récoltons habituellement plutôt vers la fin juillet. Le printemps 2011 ayant été particulièrement chaud les moissons ont eu lieu cette année plus tôt que d’habitude, et le triticale a été récolté début juillet, alors que les blés étaient moissonnés depuis déjà trois bonnes semaines.

 

Lors de la récolte certains grains ou certains épis tombent au sol, et peuvent alors être mangés par les rongeurs ou les oiseaux, ou peuvent germer et donner naissance à un nouveau pied de céréale. Le mois de juillet ayant été particulièrement humide et froid beaucoup de grains ont germé et se sont développés. Les grains qui germent en été ne donnent normalement qu’un pied chétif qui ne produit pas d’épi car les céréales d’automne ont besoin d’un minimum de froid pour initier la formation de l’épi. Il se trouve qu’en 2011 le triticale en question s’est particulièrement bien développé et a formé des épis au moment des vendanges, c’est à dire en septembre.

 

Le fait de former des épis à l’automne est déjà un phénomène exceptionnel pour une céréale d’hiver. Cela veut dire que la céréale s’est crue au printemps puisque normalement la formation de l’épi a lieu après les froids de l’hiver. Mais le plus étonnant reste à venir, car après la formation de l’épi il faut encore des conditions favorables pour que la floraison ait lieu, puis la fécondation des fleurs et enfin le développement des grains dans l’épi et leur maturation. Cela se passe à la fin du printemps et au début de l’été et demande suffisamment de chaleur et de soleil pour que la plante, grâce à la photosynthèse, nourrisse correctement les grains et que ceux-ci, après avoir atteint leur maturité, sèchent sur le pied pour pouvoir être récoltés.

 

Les conditions météo de la fin de l’année 2011 ont été si exceptionnelles que les grains de triticale tombés au sol au moment de la récolte ont réussi à produire des grains mûrs, ce qui veut dire que si on avait semé une céréale à la dose normale aussitôt après la moisson on aurait pu faire une deuxième récolte.

 

 

 

 

 

On voit sur l’image qui précède que certains pieds sont encore verts mais que la plupart ont atteint la maturité. Sur l’image suivante on voit l’épi mûr sur lequel les grains ont germé en raison des pluies de décembre et janvier

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces photos ont été prises le 27 janvier 2012 mais auraient pu être prises un mois plus tôt. Les grains commençaient juste à germer. Si le climat exceptionnel que nous avons eu en 2011 devait devenir la norme on pourrait sérieusement envisager de faire deux récoltes  par an. On atténuerait ainsi le risque de pénurie, de flambée des prix et de famine dans certains pays. Nous n’en sommes heureusement pas là mais on pourrait au moins, si ça arrivait, trouver  un côté positif au changement climatique…