Encore un long silence depuis le dernier article, mais pour une fois j’ai un alibi valable: nous étions à Madagascar. Partis le 25 novembre nous sommes rentrés avant-hier, le 10 décembre. Bouleversé par ce que nous avons vu, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager certaines images, et de vous faire part de certaines impressions.
Nous sommes arrivés à 10 heures du matin à l’aéroport de Tananarive, après être partis la veille au soir et avoir avancé nos montres de 2 heures. Un jeu amusant durant le voyage consistait, avec nos amis Mark et Martial Angéli, à essayer de deviner, en fonction de la tête et de l’attitude des passagers de l’avion, quelle pouvait être leur motivation pour se rendre à Madagascar. Un groupe de 4 hommes aux âges variant entre 50 et 60 ans, apparemment issus du milieu agricole peu évolué, laissait peu de place au doute quant à l’objet de leur convoitise.
À notre arrivée notre chauffeur nous attendait avec son minibus pour nous emmener vers le sud, à Antsirabé où nous allions passer notre première nuit.
La première impression que l’on a en arrivant, après avoir changé un peu d’argent, est de se sentir très riche. Contre 150 euros on reçoit 423 000 ariarys (on prononce ariars). L’euro vaut 2820 A, et le « SMIC » est à 3000 A par jour pour les hommes. Les femmes qui travaillent dans les rizières sont souvent payées 1200 A par jour. Le litre de Gazole est à plus de 3000 A le litre. Cette impression d’être riche s’évapore assez vite quand on constate à quels tarifs sont les hotels ou les repas dans les restos comparés aux salaires. Le premier plein de gazole nous coûte 110 000 A et le premier acompte au chauffeur 100 000 A. On commence très vite à moins faire les malins.
Partout, à chaque arrêt les gens s’attroupent autour de nous. Des enfants, des femmes et des hommes nous proposent toutes sortes de bonnes affaires: des pierres, des nappes, des balades en pouse-pousse ou, comme sur la photo qui suit, des colliers.
Toujours en commençant par demander un prix exorbitant pour finir, même quand nous ne sommes pas intéressés par nous demander de faire une offre, souvent avec beaucoup d’insistance.
Nous faisons la connaissance de Julien, responsable local de la ZOB avec qui nous dinons au restaurant de l’hotel Green Parck. La ZOB n’est pas une entreprise spécialisée dans une forme particulière de tourime mais la Zébu Overseas Board. Une association qui vous propose, contre la somme de 300 euros, d’acheter un zébu pour le mettre à la disposition, sous forme de vente à crédit, de paysans qui sans cette solution ne pourraient accéder à la traction animale.
Nous parlons avec Julien de la situation économique peu reluisante de Madagascar. Les paysans sont de plus en plus nombreux à ne pas pouvoir honorer leurs échéances auprès de la ZOB, les gens des villes sont de plus en plus insistants pour vendre aux vazahs (c’est ainsi que l’on nomme les blancs) leurs bibelots, leurs montres Rollex, lunettes Gucci ou parfums n° 5 de Chanel d’origine chinoise.
Nous allons nous coucher avec un réel sentiment d’impuissance face à toute la détresse à laquelle nous avons déjà pu assister.
Le lendemain dimanche nous partons assez tôt pour visiter le lac du volcan Tritriva. Quelques kilomètres de piste défoncée sur laquelle des équipes d’ouvriers au travail sur le bord de la route côtoient les gens endimanchés se dirigeant vers l’église. Nous sommes surpris de voir toutes ces équipes s’affairer au curage manuel des fossés ou à la construction de caniveaux en pierre autant le dimanche matin qu’à notre retour, en milieu d’après midi.
Il y avait même sur cette piste, chose extraordinaire que nous n’avons vue nulle part ailleurs, une vieille niveleuse et un compacteur. Eux aussi en activité le dimanche.
Nous arrivons près du volcan en minibus et n’avons que peu de distance à parcourir à pieds pour atteindre le lac. Nous sommes entourés d’enfants qui nous suivent pour nous expliquer que ce magnifique lac a été exploré en 1993 par le commandant Cousteau, qu’il a une profondeur de 146m, que l’eau contient trop de souffre pour qu’il puisse y avoir des poissons, qu’il est impossible de s’y baigner si on a mangé du porc avant sous peine de s’y noyer. Ils nous expliquent aussi que le niveau de l’eau monte pendant la saison sèche et baisse pendant la saison des pluies, sans que personne ne sache vraiment pourquoi.
Les enfants nous accompagnent durant toute notre balade en nous parlant de la faune et de la flore présentes, en nous montrant une araignée que nous n’aurions pas vue alors qu’elle a la taille de ma main.
Nous sommes entourés de petits guides qui sans cesse nous proposent leurs pierres, leurs coquillages ou leurs bracelets. Nous finissons par leur acheter quelques bricoles en les remerciant de nous avoir si bien informés au sujet du lac.
Nous ne tardons pas à prendre le chemin du retour et sommes aussitôt en présence de nuées d’enfants qui courent à côté de la voiture dont les vitres sont ouvertes, en nous demandant un stylo pour l’école ou un bonbon pour leur petit frère, et toujours avec ce sourire désarmant. On se sent pris en tenaille entre l’envie de leur donner quelque chose tant des objets insignifiants pour nous semblent si importants pour eux, et le sentiment qu’en faisant ces gestes on les encourage à persévérer dans cette démarche de harcèlement du vazah. On se dit que ce que l’on peut faire pour quelques uns ne peut être qu’une goutte d’eau dans un désert de misère avec pour dégât collatéral d’encourager des pratiques qui ne sont porteuses ni d’avenir ni de dignité.
Nous sommes subjugués par l’état d’entretien de ces vastes étendues agricoles, travaillées en grande partie à la main. Pas un coin de terre n’est négligé. Du riz partout, parfois complanté de quelques pieds de maïs, quelques lopins de haricots, de magnoc, de pommes de terre ou de patates douces. Tout est cultivé en terrasses, les digues et les canaux faits à la main.
La plaine est immense et les terrasses montent jusqu’en haut des collines. Le nombre de personnes nécessaires pour travailler avec autant de soins de telles étendues dépasse notre imagination.
Nous repassons à l’hôtel récupérer nos affaires avant de reprendre la route pour Ambositra (on dit Amboustr) où nous avons rendez vous le soir avec Maurice, le maire d’Antroeta (antroèt) village sur lequel doit se dérouler notre mission. Arrivés à Ambositra nous prenons le temps d’aller visiter un atelier de marqueterie. L’artisan qui nous reçoit nous montre comment il travaille et comment il confectionne lui même ses outils. Jusqu’à la lame de scie qu’il confectionne à partir d’un vieux pneu.
On le distingue mal sur la photo mais il est en train de tirer avec sa tenaille sur le fil de fer qui constitue l’armature du talon d’un ancien pneu. La longueur de fil de fer contenue dans le talon d’un pneu de camion représente un stock de scies pour quelques années.
Le fil de fer extrait du pneu est ensuite écrasé sur un morceau de ferraille à l’aide d’un petit marteau. Une fois le fil de fer aplati il est coincé dans la rainure d’une planche afin de pouvoir y former des entailles rapprochées à l’aide d’un petit burin. L’opération jusque là a duré environ 2 mn.
En moins de 3 mn la nouvelle scie est prête à être montée sur la scie sauteuse, confectionnée bien sur par le même ouvrier qui, faute d’être ingénieur est fort ingénieux.
Nous rencontrons comme prévu Maurice à notre hôtel et dinons avec lui pour mettre au point l’emploi du temps de la semaine. Nous avons au programme l’inauguration de 3 écoles neuves financées par l’association Babakoto (Babakout) et de quelques terrains de foot dans différents villages de la commune d’Antroéta. Les villages sont assez distants les uns des autres et accessibles seulement à pied. Nous avons au programme 5 journées bien remplies dans les montagnes Zafimaniry.
À suivre…
On attend la suite et … c’est très égoïste, mais j’écouterais bien tout ça calmement devant une tasse de thé.
Photos magnifiques et excellents commentaires. Merci très beaucoup.
Bernard (membre du bureau de Babakoto)