Il était une fois deux poules, une noire et une grise, se connaissant à peine mais ayant comme point commun d’avoir fauté durant la même période avec le plus charmeur des coqs de la basse cour. Peu de temps plus tard elles eurent comme nouveau point commun de se retrouver simultanément en train de couver chacune une petite douzaine d’oeufs à une période peu propice à cette activité. Et pour cause nous finissions une année et commencions la suivante. Les poules étant à demi sauvages leur couvaison se passait en pleine nature, peu à l’abri des frimas du début 2010. Quand les oeufs commencèrent à éclore, bien loin de nous et de nos regards indiscrets, le sol était tout gelé sous son frais manteau blanc, rendant impossible pour les petites pattes des mamans poules la chasse aux petits vers de terre. Le coq géniteur, grâce à ses grosses griffes aurait peut-être eu plus de succès dans cette entreprise mais il était plus attiré par le succès que lui procuraient ses grosses griffes pour se cramponner sur le dos des jeunes poulettes fort nombreuses dans les environs.
Le temps qui s’est écoulé entre la naissance des poussins et leur découverte par notre fille Clémence a suffi pour que la rudesse de l’hiver vienne à bout de la résistance de bon nombre d’entre eux. La poule noire avait encore six petits mais la grise n’en avait plus qu’un. Clémence a conduit les deux familles dans un box à chevaux et leur a donné du grain et de l’eau. Les poules étant très jalouses et très possessives de leurs progénitures Clémence a bien pris soin de leur choisir un box suffisamment grand pour éviter tout conflit.

Quelle ne fut pas sa surprise de constater le lendemain que les deux poules, au lieu de s’être placées dans des angles diagonalement opposés, avaient élu domicile dans le même coin du box, le mieux abrité du courrant d’air.
Après quelques jours de cette promiscuité, la neige ayant eu le temps de fondre et le thermomètre de remonter un peu, la porte du box a pu rester ouverte pour permettre aux jeunes galinacés de suivre leurs mamans dans la grande aventure de la vie.

C’est alors que les deux mamans, au lieu de garder jalousement l’une ses six poussins noirs et l’autre son unique enfant gris, elles les ont laissés jouer ensemble, s’occuppant chacune et indifféremment de l’un ou l’autre des sept petits.

Certains diront que les poules ne savent pas compter, ou qu’elles ne connaissent pas les couleurs. C’est peut-être vrai mais çà ne les a jamais empèchées d’interdire à qui que ce soit, et en particulier à leurs congénères de s’approcher de leur descendance, au moins dans les premiers temps.

Quant aux poussins, ils vont se réfugier sous les ailes de l’une ou l’autre des deux poules, vont picorer les grains ou les vers que trouve l’une ou l’autre.

On ne peut plus dire qu’il y ait deux familles mais bien une seule composée de deux mamans et de sept petits. Quand une des mamans trouve de la nourriture elle fait semblant de manger pour montrer aux poussins qui sont autour d’elle comment on s’y prend et l’autre maman s’approche, suivie du reste des enfants qui à leur tour picorrent le brin d’herbe, la graine ou le ver de terre.
Et le papa? Il va très bien, merci pour lui. Il a l’air assez satisfait de son sort et de ses performances, surveillant tout çà d’assez loin et d’un oeil semi distrait et attendant le moment où, les enfants ayant grandi, il pourra à nouveau s’occuper des mamans, puis des quelques-unes parmi ses enfants qui seront ses filles et non ses fils. Ce qu’il ignore, et heureusement pour lui, c’est qu’avant que ses filles aient grandi suffisamment à son goût, il aura eu l’honneur et le privilège d’être invité à notre table.
