Le début de l’année, en plus de servir à échanger les voeux de bonheur, santé, prospérité etc… est l’époque où on se fixe des objectifs que l’on ne pourra généralement jamais atteindre tant est éphémère la volonté que l’on a de faire des efforts prolongés pour améliorer tel ou tel travers.
Si j’avais des travers, ce qui bien sûr n’est pas le cas, je ne manquerais pas de me fixer les objectifs nécessaires pour y remédier, mais je ne relâcherais pas mon effort tant que les dits travers n’auraient pas complètement disparu.
Les résolutions que je vais me fixer ne vont donc pas m’engager personnellement mais engager avec moi l’ensemble des vignerons de mon appellation, et pourquoi pas, allez soyons fous, tous les vignerons d’AOC. Je ne sous entends pas par là que mes collègues vignerons auraient plus de travers que moi, loin de là. Je veux dire que nous sommes déjà parfaits mais que, comme c’est le début de l’année, on va s’engager à devenir encore meilleurs.
Mission impossible me direz vous? Que nenni! La preuve: une opportunité se présente à nous pour vous garantir des vins encore plus représentatifs de leur terroir, encore plus authentiques en un mot encore meilleurs: la réforme des AOC et plus précisément la définition du lien au terroir.
Un constat: chaque appellation va devoir définir la typicité liée au terroir. C’est à dire décrire en termes clairs, nets et précis ce qu’est par exemple un Côtes de Duras, ce qu’est un Buzet, ce qu’est un Côtes du Marmandais ou un Bergerac. Attention, pas de lyrisme, que des termes clairs et incontestables qui vont mettre en évidence qu’un vin d’une AOC n’a rien à voir avec un vin d’aucune autre AOC. La description devra être suffisamment précise pour ne permettre aucune erreur.
Première résolution: former les dégustateurs des dégustations d’agrément pour qu’ils reconnaissent les vins ainsi définis et écartent tous les autres, de sorte que tous les vins d’AOC correspondront désormais à la typicité préalablement définie. Finis les vins bizarres qu’on prend pour de simples Bordeaux alors que ce sont d’authentiques Côtes de Duras…
Deuxième résolution: former les vignerons pour qu’ils arrètent de faire n’importe quoi. A chaque AOC sa typicité et donc à chaque AOC son vin, de sorte qu’il soit impossible dorénavant de produire dans une AOC un vin qui ressemblerait à un vin d’une autre AOC.
Troisième et dernière résolution: former les consommateurs. Il va suffire pour celà de leur fournir la définition de la typicité de chacune des 470 Appellations françaises pour qu’ils n’aient plus la moindre chance de confondre, lors des dégustations à l’aveugle, un Bordeaux et un Bordeaux supérieur, un Côtes de Duras et un Buzet, un Côteaux du Layon et un Côteaux de l’Aubance…
Si certains esprits chagrins voulaient prétendre que ces objectifs sont impossibles à atteindre je leur répondrais sans bégayer que ce sont des pessimistes, et qu’en plus ils n’ont rien compris au vin. Une AOC c’est un terroir, et un terroir doit donner au vin une typicité. Si cette typicité n’est pas identifiable et reconnaissable c’est qu’il n’y a pas de typicité, et s’il n’y a pas de typicité c’est qu’il n’y a pas de terroir, donc pas d’AOC. CQFD.
Donc amis consommateurs soyez rassurés, dormez tranquiles, avant la fin de 2010 toutes les AOC de France auront défini leur typicité liée au terroir sachant que chaque terroir doit avoir la sienne, différente de toutes les autres. Il ne s’agit pas là d’une résolution mais de textes de loi officiels. Dorénavant plus aucun vin n’aura droit à l’AOC s’il ne correspond pas à cette typicité.