Comme vous vous en doutez si vous avez visité ce blog ces dernières semaines, être sortis de notre campagne profonde pour nous rendre dans des villages Malgaches isolés à un point que nous ne soupçonnions pas nous a passablement interpelés, pour ne pas dire bouleversés. Le travail que fait là-bas l’association Babakoto, que nous représentions avec Mark et Martial Angéli nous a impressionnés.

Comme vous êtes en droit d’en douter, nous sommes toujours vignerons et avons l’intention de le rester encore quelque temps, même si il y a de grandes chances que nous retournions sans tarder à Madagascar continuer à essayer d’apporter notre modeste contribution à cette association qui fait sur place un travail énorme, et à ce peuple si méritant pour qui un petit effort de notre part peut être salutaire pour eux.

On sait très bien que les résolutions que l’on prend en début d’année sont rarement tenues mais je vous fais part quand même d’une de celles que nous avons prises lors de notre voyage et qui nous engage à être moins tolérants envers les gens de notre entourage qui trouvent en permanence de bonnes raisons de se lamenter sur leur sort, de se plaindre des routes bloquées quand il neige, des impôts, du prix de l’essence ou de la queue trop longue en bas des remontées mécaniques. Essayons de penser de temps en temps aux veuves qui passent des journées entières pliées en deux, les pieds et les mains dans l’eau à travailler dans les rizières pour 1200 Ariarys par jour quand le kg de riz vaut 1500 A et qu’elles ont 6 enfants à nourrir. Surtout quand on sait qu’un euro vaut presque 3000 A.

Mais comme le dit le titre de l’article je voulais ce soir vous parler d’autre chose que de notre voyage, et vous redonner quelques nouvelles du Domaine. Et en particulier vous montrer les photos des nouveaux habillages, dont je vous avais déjà vaguement parlé.

pie Colette blanc

Bien évidemment je vous mets en premier la photo d’une étiquette qui n’a pas changé puisque jusqu’à présent elle n’existait pas. La pie Colette Blanc 2010 a vu le jour à l’automne 2011 et complète la série pie Colette qui comprenait jusqu’à présent le rouge:

pie Colette rouge

Et le rosé. Pour ceux qui connaissaient les anciennes étiquettes on peut dire que la différence se voit à l’œil nu…

pie Colette rosé

Un nouveau venu, le Vieillefont Blanc. Il remplace (avantageusement bien sûr) le Mouthes le Bihan blanc sec.

vieillefont blanc

Et pour compléter la série des blancs secs, l’inévitable Pérette et les Noisetiers, qui va changer d’habillage en passant du millésime 2008 au millésime 2009.

Pérette et les Noisetiers

Le Vieillefont rouge :

Vieillefont rouge

Les Apprentis:

Les Apprentis

Et pour finir en beauté le moelleux qui n’avait pas de nom et qui s’appellera dorénavant « la Lionne et le Désert », du nom de deux de nos parcelles qui font particulièrement bon et qui appartiennent à Jean-Paul Mignard à qui nous devons énormément et sans qui nous n’aurions sans doute pas fait les vins que nous avons faits.

la Lionne et le Désert

Tout ceci sera visible et dégustable lors de nos nombreuses prochaines sorties, à commencer par Millésime bio à Montpellier les 23-24 et 25 janvier dans le hall 12 stand 157, au Grenier St Jean à Angers les 28 et 29 janvier, à la Dive Bouteille au Château de Brézé les 29 et 30 janvier, puis à VINISUD les 20-21 et 22 février hall 12 Stand D 27. Si vous souhaitez recevoir des invitations pour ces différents salons n’hésitez pas à nous en réclamer.

Lors des épisodes précédents je raconte notre arrivée à Madagascar et nos trois premiers jours sur l’île. Nous en étions au lundi soir, à notre arrivée au village de Vohitrandriana après une longue journée de marche. Le match de foot entre les équipes féminines de Vohitrandriana et Faliarivo est bien avancé. Nous assistons à la fin du match et à la victoire de Faliarivo.

fin du match

S’ensuit le match entre les garçons qui se solde lui aussi par la victoire de Faliarivo. Normal il y a des instituteurs à Faliarivo et des institutrices à Vohitrandriana. Mieux que ça: même le chef du village est une femme.

Mme Ravaoarisoa

C’est Madame Ravaoarisoa, ici à côté d’un des membres du conseil municipal dont elle fait elle aussi partie. Nous allons être invités, après le match de foot, à manger et à dormir chez elle. Le repas est comme d’habitude fait de riz et de poulet. Le jus de cuisson du poulet arrose le riz et l’eau de cuisson du riz est servie comme boisson d’accompagnement. Nous avons été à chaque fois très touchés par les efforts déployés pour nous recevoir le mieux possible. On nous a toujours proposé bière, coca, eau minérale, sodas, eau gazeuse et le traditionnel alcool de canne à sucre. On nous a toujours servi les morceaux de choix alors que les notables du village mangeaient les bas morceaux.

coin cuisine

On voit ici la partie cuisine: un petit feu au centre de trois cailloux, sur lesquels on pose les différentes marmites rangées le long du mur. Il vaut mieux que le feu reste petit car tout est très inflammable, des nattes sur le sol au toit en bambous en passant par les murs en planches. Et surtout les maisons n’ont pas de cheminée. La fumée s’échappe comme elle peut par les portes et les fenêtres quand elles sont ouvertes, ou à travers le toit quand tout est fermé.

porte fumée

L’enfumage permanent des maisons se traduit par le noircissement du haut des portes et des fenêtres.

Vu notre nombre nous déclinons l’invitation à dormir et demandons à nous installer dans une des salles de classe. Cela nous est accordé de bon cœur, et Maurice peut ainsi profiter seul de la pièce et du lit qui en occupe un côté. Il nous signale au passage que c’est préférable pour nous car il y a souvent des puces dans les cases. Marion ne tardera d’ailleurs pas à s’en apercevoir à ses dépens: le lendemain matin elle est couverte d’énormes boutons et pense dans un premier temps à une attaque de moustiques. Mais vu le nombre de piqûres, l’altitude où nous sommes et la température de la nuit cette éventualité est vite écartée. Il s’agit bien d’une attaque de puces qui a du se passer la veille au soir pendant le repas.

attaque de puces

Cette photo a été prise le surlendemain, alors que les symptômes avaient déjà bien diminué.  Au cours de son périple dans les villages après notre départ elle aura la désagréable confirmation qu’elle a une cote énorme avec ces petits animaux.

Au cours des différents repas, et au delà des discours de bienvenue, échanges de remerciements et autres compliments, parfois un peu longs qu’impose le protocole traditionnel, nous sommes informés de la réalité de la situation sur place. Pas toujours brillant. On nous apprend par exemple qu’il devient de plus en plus difficile de conserver ses zébus. Des bandits armés viennent les voler jusque dans les villages, y compris en plein jour au nez et à la barbe des villageois qui n’osent s’interposer, craignant les armes des bandits. Les paysans sont très attachés à leurs zébus mais ne veulent pas risquer la vie des habitants de leur village pour sauver leurs troupeaux. Nous sommes atterrés par cette nouvelle, révoltés même. Maurice nous explique que les gens de sa commune sont d’un tempérament pacifiste et qu’il ne les imagine pas prendre les armes pour affronter les bandits. La discussion s’engage sur les moyens envisageables pour enrayer ce phénomène. Le système qu’ont trouvé les villageois étant pour l’instant de parquer le troupeau (il ne reste que 10 zébus pour tout le village) dans des endroits très difficiles d’accès, loin du village. Maurice nous raconte que quelque temps avant un voleur de zébus avait été surpris et tué par les habitants d’un des villages d’Antroeta. La mère du bandit a porté plainte en disant que son fils était parti pour ce village et n’en est pas revenu. Une enquête a eu lieu et 7 paysans sont allés en prison, dont le chef du village. 2 sont ressortis mais 5 y sont encore. Peu de temps après le village était détruit, incendié par les complices du bandit en guise de représailles. Les villageois, terrorisés, semblent résignés à se laisser déposséder de leurs troupeaux.

Nous allons nous coucher mais avons, malgré la fatigue, du mal à trouver le sommeil, tracassés par ce que nous venons d’apprendre. Le bruit de la pluie tropicale sur les tôles ondulées de l’école est assourdissant. Mais la journée que nous venons de passer finit par avoir raison de ces obstacles au sommeil et nous sombrons pour une bonne nuit réparatrice.

Nous nous réveillons tôt et après un petit déjeuner fait de café et de riz nous prenons le départ pour Tanambao où nous devons inaugurer la nouvelle école. Maurice nous suggère de rendre visite avant de quitter le village à deux familles particulièrement pauvres pour leur donner des vêtements apportés par les Angéli. Une des deux familles vit dans une case de moins de 2m sur 3 faite d’un tressage de bambous et dont la porte est cassée. Deux sœurs. Une veuve mère de 6 enfants et une mère de trois enfants dont le mari est parti vivent à l’intérieur. Les deux sœurs paraissent avoir entre 20 et 30 ans et tous les enfants moins de 10 ans. La plus jeune des sœurs, assise par terre est en train de tresser du papyrus pour confectionner un chapeau traditionnel qu’elle maintient avec ses pieds. Elle semble très émue de notre présence. Elle essaie de continuer son travail mais ses mains tremblent et elle n’y arrive pas. Elle ne relève pas la tête. Maurice cherche dans le sac des habits pour jeunes enfants mais n’en trouve pas. Les habits de petite taille peuvent convenir aux mamans mais sont trop grands même pour les plus grands des enfants. Les larmes me montent aux yeux face à une telle pauvreté. Je repense aux pleins sacs de vêtements devenus trop petits pour nos enfants que nous aurions pu apporter si nous y avions pensé. La plus jeune des sœurs reste penchée sur son ouvrage, sans parvenir à travailler. Au moment de sortir de la case je vois les larmes couler sur les joues de Cathy et les yeux de Marc tout rouges alors que pour une fois ce n’est pas la fumée qui les irrite. Je quitte cet endroit la gorge serrée et le cœur rempli de larmes, en culpabilisant de ne rien pouvoir faire de plus.

Quelques mètres plus loin nous faisons une halte au temple où est célébré tous les dimanches l’office religieux.

temple

Vous ne rêvez pas. Les chevrons posés sur les cailloux font office de bancs alors que la tôle et le pupitre sont réservés au pasteur. Le temple n’a jamais été achevé faute de moyens. Les pignons, après s’être écroulés ont été reconstruits deux fois et sont en train de s’écrouler pour la troisième fois. Tous les murs prennent l’eau et commencent à se fendre en deux. Là encore nous discutons de ce que nous pourrions faire. La chef du village nous dit que les maçons ont évalué à 40 le nombre de sacs de ciment nécessaires pour reconstruire les pignons mais qu’à 25 000 A le sac ce n’est pas envisageable pour son village. Cela ne fait pourtant que 360 €. Nous sommes moins optimistes et pensons que vu l’état des murs ce n’est pas avec 40 sacs de ciment qu’on peut terminer le bâtiment et le consolider. Madame Ravaoarisao nous dit que la reconstruction du temple, pour ce village à plus de 90% protestant est la priorité absolue. Nous nous engageons à réfléchir à ce que nous pourrions proposer.

au revoir Vohitran

Quand nous quittons le village il est 8 h passé et une horde d’enfants nous suit en chantant. Nous devons être à Tanambao avant midi pour inaugurer la nouvelle école car le sacrifice du zébu ne peut pas se faire l’après midi.

le temps se dégage

Après les pluies d’hier soir et de la nuit le temps est en train de bien se dégager.

morceau de forêt primaire

À certains endroits inaccessibles subsistent quelques morceaux de forêt primaire.

Paysage2

plante piquante

passage facile

Heureusement il n’y a pas que des passages difficiles. À certains endroits des marches ont été creusées dans le rocher.

plante sauvage

Nous nous retrouvons soudain face à une foule nombreuse.

accueil

Toute la population de Tanambao est venue à notre rencontre. Les notables se sont avancés les premiers suivis par les trois institutrices en blouses blanches et tous les enfants de l’école. Ils viennent à notre rencontre en chantant et en dansant accompagnés en musique par la fanfare composée de flûtes et tambours.

haie d'honneur

Nous sommes contents d’arriver, nos jambes n’étant pas totalement remises de la journée d’hier. Nous n’irons pas plus loin aujourd’hui, ce qui n’est pas fait pour nous déplaire.

coiffures

Nous sommes reçus dans l’école où on nous offre le café, après quoi commencent les cérémonies d’inauguration. On peut remarquer les coiffures traditionnelles Zafimaniry.

chants

Comme dans chaque village nous sommes assis aux côtés de Maurice et de tous les notables face à la population et aux enfants du village. Les échanges de politesses durent toujours assez longtemps mais les enfants chantent l’hymne national  avec un tel entrain et une telle énergie que c’est toujours un moment agréable. Après le protocole vient le moment du sacrifice du zébu.

Zébu entier

Je ne vais pas rentrer dans les détails, ni argumenter par des photos mais juste signaler que nous avons été gênés par des pratiques qui nous ont semblé cruelles, en tous cas par une forme de maltraitance qui aurait largement pu être écourtée, voire évitée. Ce à quoi nous avons assisté nous a passablement coupé l’appétit, ou du moins l’envie de manger du zébu ce jour là.

Zébu pièces détachées

1 heure plus tard l’animal avait changé d’aspect mais sans cela l’école ne pourrait être utilisée, de même que tout nouveau batiment.

École inaugurée

La cérémonie d’inauguration de l’école consiste à en faire 6 fois le tour en chantant et en dansant pour l’asperger du sang du zébu à l’aide de sa queue (celle du zébu) en guise de pinceau.

ruban

Ce n’est qu’après avoir coupé le traditionnel ruban que les enfants peuvent rentrer dans l’école.

salle de classe

La salle de classe est bien remplie mais il y a beaucoup d’enfants à l’extérieur.

surnombre

L’attraction est telle dans l’école qu’il n’y a personne pour profiter des bancs et du point de vue de la cour de récré.

paysage

Personne non plus au village en contre bas.

Village Tanambao

Après le repas de midi reste à inaugurer le terrain de sports. Re discours, re ruban mais pas re zébu, ouf. Nous profitons d’un moment de calme pour discuter entre nous du déroulement du sacrifice du zébu. Nous sommes d’accord pour en parler à Maurice. Cathy s’en charge et lui explique que nous ne prétendons pas remettre en cause leurs traditions mais que nos traditions à nous consistent à éviter de maltraiter les animaux avant de les tuer. Nous estimons qu’un animal stressé avant l’abattage produit des toxines qui rendent sa viande moins bonne, avec pour exemple le cas du gibier qui est tué lors d’une chasse à courre, et dont on donne la viande aux chiens. Maurice a été très réceptif et a promis de donner des consignes pour le sacrifice du lendemain.

Terrain Tanambao

Pendant le match de foot la chef de Vohitrandriana coiffe Marion selon la tradition Zafimaniry.

Coiffure1

Le matériel est rudimentaire mais efficace.

coiffure2

coup d'envoi

Le match commence au moment ou la coiffeuse entre en action.

peigne

Un genre de balai assez raide fait office de peigne.

coiffure3

spectateurs

Certains spectateurs, prudents, assistent au match depuis le village. Le temps menace.On remarque trois petits bâtiments surélevés. Ce sont des greniers à grains.

coiffure4

coiffure5

coiffure6

coiffure7

Et voilà le travail, en moins de trois quarts d’heure.

Nous allons être bien inspirés de remonter à l’école avant la fin du match, un nuage plus gros que les autres ayant décidé de se déverser d’un coup.

Ceux qui étaient encore dehors sont trempés. La journée est pourtant loin d’être finie. Il reste encore la cérémonie, plus festive et plus symbolique, de tuerie des insectes.

Suite au prochain épisode…

Lundi 28.

Comme convenu hier soir nous nous rendons chez Maurice, le maire d’Antoetra à 6 h du matin. Il est déjà allé récupérer chez le pépiniériste les plants de palissandre que nous devons planter ensemble sur une parcelle en cours de reboisement. Maurice habite à Ambositra, à une quarantaine de km de sa mairie d’Antoetra. Après une quinzaine de km sur la N7 on bifurque à gauche pour emprunter une mauvaise piste caillouteuse.

direction Antoetra

Le panneau se trouve dans le village d’Ivato (on dit Ivat ). L’image suivante montre le début de la piste dans le village d’Ivato.

début de la piste

Nous nous engageons donc sur ce chemin hasardeux avec le minibus, suivis par Maurice avec son 4×4. Nous croisons du monde en permanence, il n’y a pas un endroit où on puisse se sentir à l’abri des regards. Des gens partout, tous au travail ou en train de s’y rendre. Les gens semblent contents de nous voir et nous saluent chaleureusement. Nous sommes impressionnés par la taille d’un genre de pelle que porte un homme sur son épaule.

Chercheur d'or

On voit au premier plan l’outil traditionnel de travail du sol qu’utilisent tous les paysans que nous avons rencontrés. Mais au second plan on aperçoit un engin incroyable, avec un manche d’environ 4 m de long et d’un diamètre énorme.

Pelle énorme

Hadj, notre chauffeur nous apprend que cet outil est utilisé par les chercheurs d’or. Ils creusent des trous dans le lit des rivières et déversent le matériau retiré du fond du trou dans la battée, souvent tenue par leur femme.

Mais la majorité des femmes travaillent dans les rizières. Celle-ci, qui s’écarte de la piste quand elle nous entend arriver porte sur sa tête des plants de riz qu’elle va repiquer dans la boue, sous le niveau de l’eau, avec une dextérité et une rapidité qui nous impressionnent.

plants de riz

Au fur et à mesure que nous avançons nous avons la confirmation que le code de la route se résume à la phrase « plus t’es gros et plus t’es prioritaire ». Le klaxon est très utilisé et permet de dégager la route devant soi. Quand deux véhicules doivent se croiser les piétons sautent les fossés car ils ne semblent pas imaginer qu’un des deux véhicules prendrait le temps de s’arrêter ou même de ralentir par égard pour un piéton.

Charrette garée

Même cet attelage s’est déporté très loin sur le côté au son du klaxon du minibus, pour revenir sur la piste dès que nous l’avons eu dépassé.

Il est environ 8 h quand nous arrivons à Antoetra.

arrivée à Antoetra

Les enfants du village s’approchent de nous mais contrairement à ce qui se passe dans les endroits fréquentés par les touristes ils ne mendient pas.

Enfants d'Antoetra

Le village est tout petit mais la commune rurale couvre une surface immense. 50 km d’est en ouest et 80 km du nord au sud, accessible uniquement à pieds. Les villages sont au nombre d’une quarantaine et distants de plusieurs heures de marche les uns des autres. La population totale est d’environ 15 000 habitants. Nous nous apprêtons à partir pour 5 jours de marche et déposons à la mairie les affaires dont nous n’avons pas besoin. Le 4×4, sur lequel sont entreposés les plants de palissandre va nous avancer sur le chemin de Sakaivo, le premier village que nous devons traverser.

Nous arrivons assez vite sur le chantier de reboisement, où une équipe de villageois est déjà au travail.

Chantier plantation

On voit sur la gauche le terrain à reboiser, sur la droite le terrain préparé pour la plantation et entre les deux le tas de souches et de racines arrachés à la main avant la plantation.

jeune plantation

Et voilà le travail: 3 piquets par arbre planté pour qu’il soit bien protégé lors des futures opérations d’entretien. On voit à gauche de la piste une plantation plus ancienne. L’herbe a repoussé mais il va falloir s’en occuper car les arbres mettront 10 ans avant d’atteindre la hauteur de 1 m.

Équipe de planteurs

Une photo de groupe de l’équipe de plantation et nous reprenons le 4×4 pour aller aussi loin que nous pouvons avant de commencer notre longue marche. Le plus à gauche sur la photo est le maire Maurice.

terminus piste carossable

Cette croix posée sur un piton rocheux matérialise le terminus de la piste. À partir de là nous prenons nos sacs à dos et continuons à pieds. Le chemin est étroit et pentu mais nous ne tardons pas à apercevoir le village.

Sakaivo

La pente est raide mais le paysage est magnifique. Nous ne faisons quasiment que descendre pour arriver au village.

cortège

La matinée est bien avancée quand nous atteignons le village. Les gens en nous voyant commencent à s’agiter, les enfants crient.

Village

Les abords immédiats du village sont cultivés en terrasses, malgré les fortes pentes.

Rizières

Les portes et les fenêtres des cases sont richement sculptées. Cette culture Zafimaniry a été classée au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO.

fenêtre traditionnelle

Les planches qui constituent les murs des cases sont elles aussi sculptées de motifs plus ou moins sophistiqués.

maison zafimaniry

Midi approche et nous sommes invités à déjeuner dans la case du chef du village. Tous les notables, c’est à dire les anciens du village sont de la partie.

Notables

Chacun à son tour fait un discours et Maurice a souvent le mot pour rire. Le protocole est assez précis et nous devons nous aussi, à tour de rôle, prendre la parole pour remercier les villageois de nous avoir reçus et pour demander l’autorisation de prendre congé. C’est d’ailleurs ce que nous faisons sans trop tarder car le chemin est encore long pour nous rendre à Antetezandrotra où nous devons inaugurer un terrain de sport.

au revoir Sakaivo

Sakaivo vu sous un autre angle, alors que nous nous éloignons. À partir de là nous allons mieux supporter les dénivelés car dorénavant nous avons des porteurs.

petit village

Nous faisons une courte halte dans un petit village où nous n’étions pas annoncés. Il n’y a pas grand monde car bon nombre sont partis nous attendre à Antetezandrotra pour l’inauguration du terrain de foot. Il reste au village des enfants et des sculpteurs sur bois à qui nous achetons quelques objets magnifiques.

Des montées, des descentes, nous avons l’impression que nous n’arriverons jamais à ce village que nous finissons par apercevoir au loin.Une foule de gamins nous attendent sur le terrain de foot. Le terrassement, dont on peut évaluer l’ampleur a été réalisé par les femmes du village, les hommes étant tous occupés à travailler à l’extérieur du village.

Tetezandrotra

Là comme ailleurs les discours durent longtemps. Le soleil est déjà bien descendu vers l’horizon et Vohitrandriana est encore loin. Il nous tarde de pouvoir prendre congé. Nous ne sommes pas les seuls à trouver le temps long. Une petite fille qui porte deux membres de sa fratrie, dont s’est endormi celui qu’elle a sur le dos aimerait bien que ça se finisse.

Fatigue

Nous essayons de faire au plus vite en prenant soin de ne heurter personne et prenons congé.

arrivée

Faliarivo est situé sur un piton rocheux. Quand nous arrivons le village est quasi désert. Tout le monde est parti à Vohitrandriana pour y disputer un match de foot. Comme nous sommes en retard les villageois ont du croire que nous étions passés par un autre chemin.

relief

Le village est magnifique mais nous ne nous y attardons pas. Un panneau à la sortie du village indique Vohitrandriana 2km300. On approche du but.

chemin sinueux

Les paysages sont magnifiques mais vraiment accidentés. Martial qui s’était fixé pour objectif de porter son sac à dos jusqu’au bout finit par capituler et le poser. C’est Marc, son père qui prend la relève. On est tous rincés et les nuages s’amoncellent, on voit le moment où on va se prendre l’orage quand à la sortie d’un virage on aperçoit enfin notre but.

Vohitandriana

Nous arrivons à notre village étape au moment où se joue le match de foot entre Vohitrandriana et Faliarivo. Le village est désert, tout le monde est au terrain.

Vohitran

Nous ne sommes là que pour la nuit, que nous allons passer dans l’école que l’on voit sur la gauche. Il nous tarde vraiment de nous allonger.

Fin de l’épisode 2.

Encore un long silence depuis le dernier article, mais pour une fois j’ai un alibi valable: nous étions à Madagascar. Partis le 25 novembre nous sommes rentrés avant-hier, le 10 décembre. Bouleversé par ce que nous avons vu, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager certaines images, et de vous faire part de certaines impressions.

Nous sommes arrivés à 10 heures du matin à l’aéroport de Tananarive, après être partis la veille au soir et avoir avancé nos montres de 2 heures. Un jeu amusant durant le voyage consistait, avec nos amis Mark et Martial Angéli, à essayer de deviner, en fonction de la tête et de l’attitude des passagers de l’avion, quelle pouvait être leur motivation pour se rendre à Madagascar. Un groupe de 4 hommes aux âges variant entre 50 et 60 ans, apparemment issus du milieu agricole peu évolué, laissait peu de place au doute quant à l’objet de leur convoitise.

À notre arrivée notre chauffeur nous attendait avec son minibus pour nous emmener vers le sud, à Antsirabé où nous allions passer notre première nuit.

La première impression que l’on a en arrivant, après avoir changé un peu d’argent, est de se sentir très riche. Contre 150 euros on reçoit 423 000 ariarys (on prononce ariars). L’euro vaut 2820 A, et le « SMIC » est à 3000 A par jour pour les hommes. Les femmes qui travaillent dans les rizières sont souvent payées 1200 A par jour. Le litre de Gazole est à plus de 3000 A le litre. Cette impression d’être riche s’évapore assez vite quand on constate à quels tarifs sont les hotels ou les repas dans les restos comparés aux salaires. Le premier plein de gazole nous coûte 110 000 A et le premier acompte au chauffeur 100 000 A. On commence très vite à moins faire les malins.

Partout, à chaque arrêt les gens s’attroupent autour de nous. Des enfants, des femmes et des hommes nous proposent toutes sortes de bonnes affaires: des pierres, des nappes, des balades en pouse-pousse ou, comme sur la photo qui suit, des colliers.

vendeuse de colliers

Toujours en commençant par demander un prix exorbitant pour finir, même quand nous ne sommes pas intéressés par nous demander de faire une offre, souvent avec beaucoup d’insistance.

Nous faisons la connaissance de Julien, responsable local de la ZOB avec qui nous dinons au restaurant de l’hotel Green Parck. La ZOB n’est pas une entreprise spécialisée dans une forme particulière de tourime mais la Zébu Overseas Board. Une association qui vous propose, contre la somme de 300 euros, d’acheter un zébu pour le mettre à la disposition, sous forme de vente à crédit, de paysans qui sans cette solution ne pourraient accéder à la traction animale.

Nous parlons avec Julien de la situation économique peu reluisante de Madagascar. Les paysans sont de plus en plus nombreux à ne pas pouvoir honorer leurs échéances auprès de la ZOB, les gens des villes sont de plus en plus insistants pour vendre aux vazahs  (c’est ainsi que l’on nomme les blancs) leurs bibelots, leurs montres Rollex, lunettes Gucci ou parfums n° 5 de Chanel d’origine chinoise.

Nous allons nous coucher avec un réel sentiment d’impuissance face à toute la détresse à laquelle nous avons déjà pu assister.

Le lendemain dimanche nous partons assez tôt pour visiter le lac du volcan Tritriva. Quelques kilomètres de piste défoncée sur laquelle des équipes d’ouvriers au travail sur le bord de la route côtoient les gens endimanchés se dirigeant vers l’église. Nous sommes surpris de voir toutes ces équipes s’affairer au curage manuel des fossés ou à la construction de caniveaux en pierre autant le dimanche matin qu’à notre retour, en milieu d’après midi.

Équipement

fossés battis

Il y avait même sur cette piste, chose extraordinaire que nous n’avons vue nulle part ailleurs, une vieille niveleuse et un compacteur. Eux aussi en activité le dimanche.

Nous arrivons près du volcan en minibus et n’avons que peu de distance à parcourir à pieds pour atteindre le lac. Nous sommes entourés d’enfants qui nous suivent pour nous expliquer que ce magnifique lac a été exploré en 1993 par le commandant Cousteau, qu’il a une profondeur de 146m, que l’eau contient trop de souffre pour qu’il puisse y avoir des poissons, qu’il est impossible de s’y baigner si on a mangé du porc avant sous peine de s’y noyer. Ils nous expliquent aussi que le niveau de l’eau monte pendant la saison sèche et baisse pendant la saison des pluies, sans que personne ne sache vraiment pourquoi.

lac Tritriva

Les enfants nous accompagnent durant toute notre balade en nous parlant de la faune et de la flore présentes, en nous montrant une araignée que nous n’aurions pas vue alors qu’elle a la taille de ma main.

araignée

Nous sommes entourés de petits guides qui sans cesse nous proposent leurs pierres, leurs coquillages ou leurs bracelets. Nous finissons par leur acheter quelques bricoles en les remerciant de nous avoir si bien informés au sujet du lac.

nos petits guides

Nous ne tardons pas à prendre le chemin du retour et sommes aussitôt en présence de nuées d’enfants qui courent à côté de la voiture dont les vitres sont ouvertes, en nous demandant un stylo pour l’école ou un bonbon pour leur petit frère, et toujours avec ce sourire désarmant. On se sent pris en tenaille entre l’envie de leur donner quelque chose tant des objets insignifiants pour nous semblent si importants pour eux, et le sentiment qu’en faisant ces gestes on les encourage à persévérer dans cette démarche de harcèlement du vazah. On se dit que ce que l’on peut faire pour quelques uns ne peut être qu’une goutte d’eau dans un désert de misère avec pour dégât collatéral d’encourager des pratiques qui ne sont porteuses ni d’avenir ni de dignité.

Nous sommes subjugués par l’état d’entretien de ces vastes étendues agricoles, travaillées en grande partie à la main. Pas un coin de terre n’est négligé. Du riz partout, parfois complanté de quelques pieds de maïs, quelques lopins de haricots, de magnoc, de pommes de terre ou de patates douces. Tout est cultivé en terrasses, les digues et les canaux faits à la main. culture en terrasses

La plaine est immense et les terrasses montent jusqu’en haut des collines. Le nombre de personnes nécessaires pour travailler avec autant de soins de telles étendues dépasse notre imagination.

Nous repassons à l’hôtel récupérer nos affaires avant de reprendre la route pour Ambositra (on dit Amboustr) où nous avons rendez vous le soir avec Maurice, le maire d’Antroeta (antroèt) village sur lequel doit se dérouler notre mission. Arrivés à Ambositra nous prenons le temps d’aller visiter un atelier de marqueterie. L’artisan qui nous reçoit nous montre comment il travaille et comment il confectionne lui même ses outils. Jusqu’à la lame de scie qu’il confectionne à partir d’un vieux pneu.

Marquetterie

On le distingue mal sur la photo mais il est en train de tirer avec sa tenaille sur le fil de fer qui constitue l’armature du talon d’un ancien pneu. La longueur de fil de fer contenue dans le talon d’un pneu de camion représente un stock de scies pour quelques années.

écrasement

Le fil de fer extrait du pneu est ensuite écrasé sur un morceau de ferraille à l’aide d’un petit marteau. Une fois le fil de fer aplati il est coincé dans la rainure d’une planche afin de pouvoir y former des entailles rapprochées à l’aide d’un petit burin. L’opération jusque là a duré environ 2 mn.

burin

En moins de 3 mn la nouvelle scie est prête à être montée sur la scie sauteuse, confectionnée bien sur par le même ouvrier qui, faute d’être ingénieur est fort ingénieux.

scie prête

Nous rencontrons comme prévu Maurice à notre hôtel et dinons avec lui pour mettre au point l’emploi du temps de la semaine. Nous avons au programme l’inauguration de 3 écoles neuves financées par l’association Babakoto (Babakout) et de quelques terrains de foot dans différents villages de la commune d’Antroéta.  Les villages sont assez distants les uns des autres et accessibles seulement à pied. Nous avons au programme 5 journées bien remplies dans les montagnes Zafimaniry.

Babakoto

À suivre…

Mon dernier article date du 15 juillet, presque 4 mois. Comme s’il ne s’était rien passé depuis.

Nous avons eu le temps de préparer les vendanges, vendanger, sortir deux nouvelles cuvées, changer nos étiquettes, vinifier, prendre plein de photos, penser à écrire des articles sur ce blog, faire des mise en bouteilles, changer nos cartons, repensé à écrire des articles, reçu la visite de Colette la pie,  mais n’avons pas trouvé le temps d’écrire un article.

Ça va changer. Dès ce soir je mets des bouchées doubles et vous allez avoir un aperçu de toute l’effervescence qui nous a entourés cet été.

De la sortie des nouvelles cuvées aux naissances diverses et variées, je vais vous faire un rapide résumé des petits évènements plus ou moins récents.

D’abord un peu de pub: nous changeons nos étiquettes. Ce n’est pas tout à fait nouveau, certaines cuvées nouvellement habillées sont à la vente depuis déjà quelque temps mais vieux motard que j’aimais, pardon mieux vaut tard que jamais, je vous mets quelques photos:

D’abord les apprentis: 2007 est épuisé et nous passons au 2008, mis en bouteilles fin août et revêtu du nouvel habillage. Ça change du tout au tout, sauf le prix modique qui reste à 17€.

APP08

Ensuite la sortie de la cuvée Vieillefont en Blanc Sec, qui remplace le Mouthes Le Bihan Blanc Sec. Nous sommes sur le millésime 2009.

Vieillefont Blanc Sec 2009

Nous avons aussi fait une nouvelle mise en bouteilles de pie Colette Rouge 2010, elle aussi revêtue de ses derniers atours.

pie colette 2010 rouge

Et enfin nous vous annonçons la sortie toute récente de la pie Colette Blanc Sec 2010. Un assemblage de Sémillon, Sauvignon, Muscadelle et Chenin Blanc.

pie Colette Blanc Sec 2010

Voilà pour la partie pub.

Ensuite les heureux évènements: d’abord la naissance ce printemps de l’oie Cerise que Clémence a récupéré près de Valence d’Agen. Il y en avait deux au départ mais le mâle, plus faible, s’est semble-t-il fait attaquer par une poule et n’a pas survécu à ses blessures. Cerise s’est donc retrouvée seule et a du trouver tant bien que mal des distractions pour noyer sa peine.

lucky

N’ayant plus de congénère et craignant la compagnie des poules elle s’est de plus en plus rapprochée de nous et a voulu partager nos moments de convivialité. On la comprend. Elle s’est montrée particulièrement intéressée par nos verres à tel point que nous avons fini par céder à ses sollicitations en lui proposant d’en goûter le contenu.

Cerise-dégust

Il s’agissait en l’occurrence de la pie Colette rosé. Cerise n’a pas hésité une seconde. Elle a trempé son bec dedans et en a consommé avec modération (en tous cas moins de deux verres).

On remarque sur l’image suivante que la bouteille est quasi vide mais nous étions nombreux ce soir là, Cerise ne l’a pas vidée toute seule.

Cerise plus soif

On pourrait croire en voyant cette image que Cerise avait trop bu ce soir là mais ce n’est pas du tout le cas. Elle était juste fatiguée de sa journée qui il faut bien le reconnaitre est fort longue en cette saison. Elle a d’ailleurs très bien dormi cette nuit là et comme chacun le sait le sommeil est propice à la croissance des enfants. Elle s’est réveillée de très bonne humeur le lendemain et vient depuis se joindre à nous dès que l’ambiance est festive. Elle a d’ailleurs grandi très vite pour devenir une belle oie d’Égypte comme il y en a peu dans la région.

Cerise adulte

La bosse qu’elle a sur la tête n’a rien avoir avec d’hypothétiques casquettes de plomb qu’elle aurait prises trop souvent. Il s’agit d’un signe distinctif de cette variété d’oie: l’oie d’Égypte.

Dans la série des naissances, une de celles qui nous ont fait le plus plaisir a été celle des poussins dont la mère avait fait son nid sur notre servante. Nous avons pu nous remettre à entretenir notre marétiel.

Naissance poussins

Car pendant toute la durée de la couvaison nous n’avons pas pu accéder à nos outils, de peur de déranger la poule en train de couver. On constate sur la photo que les outils ne sont pas parfaitement bien rangés mais c’est tout à fait exceptionnel. Ils sont habituellement soigneusement rangés chacun à leur place. C’est la poule qui a mis tout ce désordre pour que son nid passe inaperçu. D’ailleurs elle est partie sans remettre les choses à leur place.

Pour en finir avec la rubrique Etat Civil nous vous faisons part de la naissance de Memphis et Koweït, les deux derniers poulains de l’élevage.

Naissance poulain

La photo ci-dessus a été prise le matin même de la naissance de Koweït, ici caressé par Cathy sous la surveillance de Kaloua, sa mère.

Une des dernières anecdotes a été la visite de Colette, la célèbre pie. Nous l’avons vue perchée au sommet du frêne qui nous fait de l’ombre quand on prend l’apéro devant la porte.

Colette dans l'arbre

Elle nous observait du haut de l’arbre en ayant l’air intéressée par ce que nous faisions. Nous l’avons invitée à venir boire un café et après s’être un peu fait prier elle a fini par accepter.

Colette dégust

Elle est repartie très vite en nous promettant de revenir vérifier les nouvelles étiquettes de notre cuvée la pie Colette. Promesse qu’elle a tenu mais ce sera l’objet d’un prochain reportage.

À suivre…

Comme chaque année notre groupe de vignerons du Sud-Ouest, ne reculant devant aucun effort s’est réuni en terrain neutre pour un séminaire de travail. Se retrouver, échanger, se ressourcer, faire le point, stimuler les synergies, tels sont les objectifs de nos rencontres estivales. Les valeurs du Sud Ouest que sont vaillance, abnégation, don de soi, sacrifice de chacun pour le bien commun sont indispensables pour que puissent voir le jour nos « Universités d’été » d’A Bisto de Nas.

Pour vous donner une idée du sacrifice que consent chacun d’entre nous pour permettre la bonne marche de ces réunions de travail nous avons pris quelques photos du cadre dans lequel elles se sont déroulées.

Vue sur mer

flore locale

Baignade en eau claire

vue partielle de la plage

Pont de roche

Coucher du soleil sur mer calme

Je vous accorde qu’à la vue de ces photos le commun des mortels puisse relativiser notre mérite. Ne nous y trompons pas, il a quand même fallu s’y rendre, et ce n’est pas la porte à côté.

D’ailleurs c’est où? Cela pourrait être l’enjeu d’un concours: celui qui dit où ont été prises ces photos gagnerait une bouteille de son choix du groupe A Bisto de Nas.

Je vous donne un indice: c’est en France. Un deuxième indice: c’est au Nord de la Loire. Étonnant non?

Comme vous ne trouverez pas je vous le dis: c’est la presqu’île de Crozon, dans le Finistère. J’espère que ceux qui ont une idée négative de la Bretagne réviseront leur point de vue, d’autant plus que nous avons laissé la pluie derrière nous dans le Sud Ouest pour venir retrouver en Bretagne un soleil magnifique.

Ce séjour n’a pas été que du plaisir, pour preuve la photo suivante: une réunion pour programmer notre travail. On voit sur les visages une vraie tension, on devine des débats houleux. Le choix des activités n’a pu se faire qu’après d’âpres discussions. Il a fallu se mettre d’accord sur le choix des restaurants, sur les lieux de pêche ou de baignade, sur les produits locaux que nous allions tester lors de nos repas en commun.

Réunion

Étant tous de bonne composition et toujours animés par notre notion du sacrifice nous sommes finalement tombés d’accord, outre sur le choix des restos,  sur  les activités locales que sont par exemple la pêche à pied suivie de la dégustation du fruit de notre pêche que sont palourdes, bigorneaux et huitres sauvages.

Nous arrivons déjà au terme de notre séjour et le programme ayant été concluant, nous sommes une fois de plus d’accord pour considérer que nous ne remercierons jamais assez Anne et Marc Pénavayre de nous avoir organisé un tel séjour, à tel point que rendez-vous est pris pour l’année prochaine.

Il y a longtemps que je ne vous ai pas donné de nouvelles de l’élevage de poules de notre fille Clémence. Je ne faisais que mettre en application l’expression « pas de nouvelles- bonnes nouvelles ». Les plus perspicaces d’entre vous auront donc déjà compris que si je vous donne des nouvelles aujourd’hui c’est qu’elles ne sont pas si bonnes que ça. Bonne déduction. Tout allait pour le mieux jusqu’à ce qu’on déplore des disparitions de plus en plus fréquentes au sein de cette petite famille, parfois recomposée. Clémence a très vite soupçonné maitre  Renard de ne pas être étranger à ces disparitions. Pensant que notre fille serait contente que nous tentions de prolonger la vie de ses poules chéries, nous lui avons suggéré de prévenir le garde chasse afin qu’il organise une battue. Clémence a répondu par un refus catégorique, estimant que nous voulions sauver ses poules du renard pour pouvoir les manger nous-même, et ajoutant que si le renard prenait des poules c’était pour nourrir ses petits, n’ayant pas comme nous le choix de manger des légumes. Elle préférait donc laisser faire la nature, estimant que pour une poule, mourir entre les dents d’un renard n’était pas pire que mourir pendue par les pattes, un couteau en travers de la gorge.

Nous avons donc respecté son choix. Et le renard s’est installé dans la facilité de venir de plus en plus souvent chercher sa pitance devant notre porte, en plein jour, sous nos yeux.

renard attendant que les poules descendent de l'arbre.

La photo ci dessus a été prise vers 7 heures du matin, depuis la porte de la cuisine. Le temps est couvert donc les poules tardent à descendre de l’arbre. Le renard est patient, il sait qu’elles ne vont pas passer toute la journée dans le figuier.

Figuier dortoir des poules.

Je reconnais qu’avec les feuilles on ne voit pas grand chose. Voilà le même arbre sans les feuilles:

figuier sans les feuilles.

Bon j’avoue que la photo est un peu sombre mais le temps d’enlever les feuilles la nuit était presque tombée.

La cadence de reproduction des gallinacés a beau être fort élevée, la courbe de croissance de l’élevage est en ce moment en train de s’inverser, les critères de sélection du renard pour choisir ses victimes n’étant pas forcément en cohérence avec la bonne gestion démographique de l’élevage, le goupil ayant plutôt tendance à capturer la poule qui protège ses petits plutôt que les coqs en surnombre qui courent plus vite que leur ombre, surtout quand ils sont aux trousses d’une jeune poulette.

Le doute est donc en train de bousculer les certitudes de Clémence qui commence à se demander si le renard ne pourrait pas de temps à autre manger des mulots, des ragondins, des corbeaux, des lapins ou ce qu’il veut pourvu qu’il aille chasser ailleurs que devant notre porte. Elle commence à se poser la question de savoir si la condamnation à mort d’une poule par jour par le renard, si attentif soit-il à la bonne croissance de ses petits, ne va pas finir par être un motif suffisant pour le condamner lui-même à la mort-sûre. Car l’idéal serait bien sûr de trouver le moyen de préserver les poules du renard sans condamner celui-ci de façon aussi radicale. Nous avons donc discuté des différentes possibilités envisageables, et tenté dans un premier temps d’effrayer le renard en lui criant dessus et en lui courant après dans l’espoir qu’il comprenne que nous n’étions plus d’accord avec ses agissements. Mais cela n’a été d’aucune efficacité. Le renard partait se cacher dans le champ de blé, revenait au bout de quelques minutes et ne repartait que lorsqu’il avait capturé sa poule quotidienne.

L’autre possibilité envisagée a été de parquer les poules dans un espace clos, auquel le renard n’aurait pu accéder. Mais est-il préférable de priver à jamais les poules de la liberté à laquelle elles sont désormais habituées plutôt que de condamner un prédateur sous prétexte qu’il a des petits à nourrir?  D’un autre côté a-t-on le droit de condamner à mort un animal qui ne fait qu’assurer la continuité de son espèce sous prétexte qu’il se laisse tenter par des mets fort alléchants que nous avions voués à un destin différent? Je n’ai encore une fois pas la réponse. Et je ne prétends pas que nous devrions, comme au moyen-age, trainer le renard devant un tribunal pour décider de son sort. Les animaux étaient jugés à l’époque parce qu’ils étaient considérés comme responsables de leurs actes, comme la truie de Falaise qui à l’issue d’un procès de 9 jours avait été condamnée à la peine du talion, mutilée et exécutée sur la place publique devant tous les cochons du village pour avoir en partie dévoré un bébé de 3 mois. Les animaux ne sont plus considérés aujourd’hui comme responsables de leurs actes mais ce n’est pas pour autant toujours simple de se poser en juge suprême et de décider de leur sort, sauf bien sûr quand c’est pour se nourrir de leur viande.

Pour notre cher renard, nous envisageons finalement de laisser les chasseurs, moins scrupuleux que nous, décider de son sort.

À la demande de notre ministre de l’agriculture, et dans le cadre de la loi de modernisation agricole, les interprofessions viticoles de France sont appelées à réfléchir sur d’éventuels rapprochements entre elles dans le but de rationaliser la gouvernance de la filière viticole. L’Aquitaine dont nous faisons partie compte actuellement trois interprofessions: le Comité Interprofessionnel des Vins de Bordeaux, le  Comité Interprofessionnel des Vins de Bergerac et L’Union Interprofessionnelle des Vins de Duras. Le CIVB représente plus de 100 000 ha de vignes, le CIVRB environ 12 000 ha et l’UIVD environ 1 700 ha. L’interprofession Bordelaise n’ayant besoin de personne exclue toute éventualité de rapprochement avec qui que ce soit. La seule évolution possible au sein du bassin Aquitain consiste donc en une éventuelle entente entre les deux petites interprofessions de Bergerac et de Duras. Afin de mener au mieux cette réflexion un cabinet de consulting a été engagé en début d’année et nous a rendu son travail mardi dernier, le 31 mai.

Ce travail a consisté dans un premier temps à réaliser un diagnostic le plus exhaustif possible de la situation actuelle des deux Appellations pour ensuite nous proposer différentes possibilités d’entente (ou pas) entre nos deux interprofessions allant du statu quo à la mise sur le marché de produits communs en passant par des degrés divers de mutualisation des moyens. Un vote après la présentation des différents scenarii proposés a mis en évidence que personne ne voulait du statu quo.

Quant à dire si à terme une entente aura lieu et quelle pourrait être l’option choisie, bien malin celui qui aujourd’hui serait capable de faire un pronostic. Tout dépendra de la capacité des vignerons à se remettre en question, à faire preuve d’ouverture d’esprit afin de s’adapter à un marché qui ne cesse d’évoluer et qui se mondialise.

Mon point de vue, qui bien sûr n’engage que moi, après avoir assisté au rendu de cette étude est que l’opportunité se présente à nous de mettre sur pied un projet innovant dans le paysage vitivinicole français. Les gens qui ont conduit cette étude ont le mérite de nous avoir proposé, tout en étant convaincus qu’ils ne seraient pas retenus, des scenarii novateurs et ambitieux. Je suis convaincu que c’est en osant la nouveauté, en interpelant les marchés en leur proposant une offre clairement segmentée que nous gagnerons la confiance du consommateur et des médias et rendrons aux produits d’AOP la crédibilité qu’ils ont depuis longtemps perdue. Nous disposons actuellement d’une fenêtre de tir durant laquelle les pouvoirs publics sont disposés à nous aider en assouplissant au besoin les contraintes administratives à la condition que nous nous montrions ambitieux. Osons mettre en place, au sein d’un rapprochement de nos appellations et de nos interprofessions, une offre de vins clairement segmentée qui commencerait au bas de la pyramide par des vins sans IG, autrement dit des vins de France (anciens Vins de Table de France) pouvant porter mention du cépage et du millésime. Des vins légers, faits à rendements élevés et faibles coûts de production pouvant être vendus en direct par les vignerons eux mêmes ou vendus à des négociants pouvant disposer de volumes importants en assemblant à volonté tous les vins produits sur le territoire français. Le deuxième étage de notre pyramide serait un IGP Bergerac pouvant être produit sur l’ensemble d’une zone IGP à définir, regroupant à minima les zones AOP Duras et Bergerac mais pouvant s’étendre, si nous sommes ambitieux et convaincants à nos voisins de Marmande, Buzet, et tous les IGP de la Dordogne et du Lot et Garonne. Ce bassin permettrait aux négociants de lever des volumes suffisants pour attaquer de nouveaux marchés pour lesquels les volumes de Bergerac AOP  sont actuellement largement insuffisants. Le vin proposé se voudrait un produit typique du Sud-ouest, correspondant à peu de choses près à ce que sont la plupart des vins actuels des AOP Bergerac-Duras-Marmande-Buzet dits « génériques ». C’est quoi un vin « générique »? C’est selon moi un vin produit dans le respect du cahier des charges mais sur des volumes relativement importants et avec pour souci prioritaire la limitation des coûts de revient afin de trouver une rentabilité même en vendant au cours du vrac. Le fait de passer en IGP permettrait aux vignerons de réduire de façon substantielle les coûts de production sans remettre en cause le niveau de qualité de ce type de produit à vocation plutôt « vin de fruit ». Au dessus de cette IGP Bergerac viendraient les AOP actuelles que sont Bergerac-Duras-Marmande etc… Bergerac s’appellerait « Côtes de Bergerac » et pourrait être produit sur l’ensemble du territoire actuel de l’AOP Bergerac. Les « Côtes de Bergerac » se soumettraient au cahier des charges de l’actuelle AOP Bergerac ou à celui, plus ambitieux, des actuels « Cotes de Bergerac », au choix des vignerons bergeracois.Les vins produits à ce niveau de la pyramide seraient des vins de caractère, exprimant plus le terroir que le cépage, affichant clairement l’originalité de l’appellation revendiquée.  L’INAO devrait s’opposer selon toute vraisemblance à la coexistence d’une IGP et d’une AOP portant des noms aussi proches mais c’est là que nous verrons si les pouvoirs publics tiennet leurs promesses « d’adoucir les contraintes administratives ». Enfin au sommet de la pyramide se situeraient les actuels « crus de Bergerac » que sont Monbazillac, Montravel, Saussignac etc…Les vins de Duras, Marmande et Buzet, dans l’état actuel de leur cahier des charges, ne figureraient pas à ce niveau de la pyramide. Pour que ces appellations puissent y accéder il leur appartiendrait de mettre en place une hiérarchisation cohérente en instaurant un cahier plus restrictif que le cahier des charges actuel et auquel se soumettraient de façon facultative les vignerons désireux de revendiquer un niveau d’appellation supérieur. Les vins produits seraient des vins à forte personnalité, revendiquant une expression de terroir et un potentiel de garde élevés.

Tous les vins produits sur la zone concernée seraient soumis a une CVO (cotisation) variable selon le niveau de la pyramide auquel ils appartiennent. Les cotisations prélevées par l’interprofession sur les vins sans IG seraient en partie reversées à une structure nationale chargée de la gestion de cette catégorie de vins (structure nationale à définir). L’interprofession communiquerait sur tous les niveaux de la pyramide, y compris les vins sans IG. Tous les vignerons de la zone seraient ainsi partie prenante au sein de la nouvelle structure et bénéficieraient, quelle que soit la position de leurs différents vins dans la nouvelle segmentation, des efforts de communication, de régulation des marchés ou de recherche et développement qui seraient financés en partie par les CVO et en partie par les fonds publics.

Face à un tel scenario certains vignerons vont avoir une première réaction de rejet que je peux comprendre. Dire à un vigneron de Bergerac que demain le vin qu’il produit ne va plus être une AOP mais une IGP a toutes les raisons de le rebuter. Mais la réalité est différente. Le vin qu’il produit aujourd’hui en AOP Bergerac serait demain un AOP Côtes de Bergerac. Le Bergerac IGP serait un produit nouveau, autorisant des rendements supérieurs, au cahier des charges moins exigeant et vendu pas forcément moins cher que les actuels AOP Bergerac. Quant aux vignerons des autres appellations qui pourraient craindre de n’être que peu représentés dans une structure dominée par une appellation beaucoup plus grande en taille que la leur, leur dire que demain ils auraient le choix de produire soit leur AOP actuelle soit un IGP dont le nom est déjà largement reconnu et bénéficie d’une vraie notoriété pourrait être un argument de taille à les convaincre. Si en plus ils ont la possibilité de produire des Vins de France faisant partie intégrante de la communication dont pourrait bénéficier cette offre clarifiée, tout le monde pourrait en sortir gagnant.

J’ai l’habitude d’être optimiste c’est pourquoi je veux croire au bon sens des vignerons et des autres professionnels du vin que sont les courtiers et les négociants. S’accrocher à tout prix à l’AOP en considérant cela comme un acquis est aujourd’hui selon moi un raisonnement à courte vue. Feu René Renou disait: » le marché du vin ira beaucoup mieux le jour ou on arrêtera de faire prendre aux gens des vessies pour des lanternes. Clarifions l’offre de vin, réduisons les volumes en AOC en réservant ce signe aux seuls vins de terroir et mettons sur pied une segmentation de l’offre claire de façon à ce que tout le monde s’y retrouve ». Son souhait qui était qualifié à l’époque de visionnaire par les uns ou de farfelu par les autres est aujourd’hui devenu réalisable grâce à la nouvelle Organisation Commune du Marché du vin. L’outil est à notre disposition. Soyons suffisamment réalistes et pragmatiques pour nous en servir intelligemment. Ne nous occupons pas de ce que font les autres, et en particulier n’attendons pas de savoir si Bordeaux créera ou pas son IGP. Ouvrons la voie, soyons pionniers et notre audace sera récompensée.

Plus d’un mois que je n’ai pas écrit une ligne. Vous deviez vous faire un sang d’encre. Ce n’est pourtant pas que je n’avais rien à dire; entre la formation des vignerons de Duras, le travail dans les vignes, les péripéties de nos troupeaux divers et variés, les mises en bouteilles et j’en passe, les sujets ne manquent pas.

La formation à Duras s’est terminée jeudi dernier, le 5 mai par une petite réunion de « debriefing » animée par  Marie-Jo Bireaud, suivie d’un repas au restaurant « le grand cep », récemment ouvert à Monségur. Tous les vignerons ayant participé à ces séances de formation les ont trouvées très positives, surprenantes parfois tant elles allaient à l’encontre de bon nombre d’idées reçues profondément ancrées dans nos convictions. La dernière journée, animée par Dominique Massenot en a surpris plus d’un tant le discours contrarie ce que nous avons appris à l’école, et ce que nous ont rabaché les agents technico commerciaux marchands d’engrais et de désherbants. Pour faire court, l’école nous a appris l’agriculture selon une approche agronomique, c’est à dire de compensation. La plante, pour se développer, a besoin de divers éléments minéraux qu’elle trouve dans le sol. Donc pour satisfaire la demande de la plante on apporte au sol, généralement sous forme soluble dans la solution du sol l’équivalent de ce dont la plante a besoin pour se nourrir. Techniquement ça marche plutôt bien. Si on pousse ce système à l’extrême on aboutit à la méthode hydroponique. Le sol n’est qu’un support, comme la laine de roche dans laquelle les racines de fraisiers pompent la solution soigneusement préparée et avec laquelle on obtient de très bons résultats, surtout économiques.

L’autre méthode, défendue par Dominique Massenot, est basée sur une approche pédologique. On va chercher à optimiser le fonctionnement du sol afin de rendre disponibles pour la plante les éléments minéraux qui sont, sauf dans certains cas particuliers, déjà présents dans le sol en quantité suffisante et d’une incroyable diversité. Le jeu va donc consister à mettre en œuvre tout ce qui peut favoriser le développement de la vie microbienne des sols afin qu’elle rende assimilables ces éléments minéraux présents sous forme non assimilable. Précisons que les microorganismes sont adaptés aux conditions de milieu de chaque sol et que vouloir en apporter artificiellement a peu de chance de réussir. Je ne vais pas tenter de vous détailler tout ce que nous a expliqué M. Massenot mais simplement en aborder la finalité. Car certains ne manqueront de poser la question de l’intérêt de revenir à la « préhistoire de l’agriculture » alors que les progrès techniques nous donnent des outils modernes, performants et faciles à utiliser. Rappelons que l’enjeu de la formation était d’améliorer l’expression du terroir dans les vins. Or comment parler de terroir si on nourrit la plante avec des éléments solubles dans l’eau, obtenus selon des procédés chimiques identiques d’un bout à l’autre de la planète? Sans aller jusqu’à comparer certains sols viticoles à des supports hydroponiques sur lesquels poussent fraises, tomates ou endives, on peut dire quand même que la spécificité du sol aura peu d’incidence sur le goût du raisin, et par conséquent du vin, si la vigne se nourrit de l’engrais chimique qu’on lui a apporté.

En ce qui me concerne, pour défendre l’approche pédologique, en plus de l’argument de l’expression du terroir, je mettrai volontiers en avant celui de refuser un système, une politique agricole basée depuis déjà longtemps sur l’exploitation de l’agriculture (exploitation au mauvais sens du terme) par des firmes tentaculaires, omniprésentes, surpuissantes, ayant pour objectif d’aboutir à la totale dépendance de l’agriculture et de l’agriculteur à une panoplie de techniques, de produits, ou de semences incapables de se reproduire. Nos sols sont encore vivants, ils fonctionnent encore très bien si on y fait un peu attention. Et je ne sous-entends pas que pour que le sol vive il doit être certifié bio. Je dis qu’en prenant conscience de l’immense complexité de ce qu’est un sol, en s’interrogeant sur la subtilité des équilibres qui en régissent le fonctionnement, en touchant du doigt certains principes de base comme la nécessité de la présence de l’air dans un sol, on est mieux armé pour conduire son entreprise en dehors de l’emprise d’un système dont bon nombre d’agriculteurs sont devenus dépendants. Je m’égare un peu, je m’emporte. Pour en revenir au fonctionnement du sol, et parmi les idées-reçues (nombreuses) que fait tomber le discours de M. Massenot, celle selon laquelle c’est par un enracinement profond que la vigne exprime le terroir. C’est au contraire dans les couches superficielles du sol, disons les 30 premiers centimètres que se passe la quasi-totalité de l’activité microbienne. Les racines profondes ont surtout un rôle de régulateur hydrique.

La conclusion de cette série de formations est que nous devons continuer, approfondir. Reprendre le travail avec Maurice Chassin et aborder la dégustation des blancs. Comparer des vins élaborés selon des itinéraires différents, à la vigne comme au chai. Aller plus loin dans les discussions, les échanges, créer une émulation. Envisager des séances sur le terrain avec D. Massenot, des dégustations comparatives avec Cécile Dulimbert, afin d’évaluer par nous même la différence entre par exemple les vins levurés et les vins ayant fermenté spontanément. Après ce repas au Grand Cep nous sommes repartis bourrés de bonnes intentions, et remplis de l’espoir que nous serons plus nombreux l’année prochaine.

Plus qu’une journée de formation au programme. Plusieurs intervenants de qualité se sont succédés depuis mon dernier article. Maurice Chassin, avec qui nous avons beaucoup dégusté et discuté dans le but de définir une originalité dans les vins de Duras a terminé sa prestation. Le but était au départ d’aborder la dégustation sous un autre angle que la recherche du défaut oenologique et si possible de repérer les aspects qui pouvaient conférer aux vins de Duras une originalité liée au terroir. Nous devons reconnaitre, au terme du temps dont nous disposions, que rien de significatif ne nous est apparu. Précisons que faute de temps nous nous sommes intéressés seulement aux rouges, espérant pouvoir aborder les autres couleurs plus tard. Notre dernière demi-journée de travail a consisté à mettre au point une fiche de dégustation destinée à rechercher et quantifier dans les vins les éléments susceptibles de leur conférer une originalité. Par exemple quand on quantifie la fraicheur de fruit on met une note d’autant plus basse que la perception rappelle les fruits frais et d’autant plus élevée qu’elle rappelle les fruits mûrs, voire sur-mûris. Pour un vin végétal, c’est à dire au fruit insuffisamment mûr on pourra noter ce critère 0/5. Les critères notés en bouche sont par exemple l’acidité, la sucrosité, la chaleur, la structure, l’astringence, la rondeur ou gras, l’intensité aromatique, la persistance aromatique, la fraicheur de fruit etc…Cette fiche pourra nous servir, si nous le souhaitons, à approfondir notre réflexion sur la personnalité des vins de Duras.

Une autre intervention fort intéressante a eu lieu début mars au sujet des étapes clés à la vigne et au chai pour une meilleure expression des vins. Cécile Dulimbert, oenologue, nous a tenu un discours scientifique et argumenté sur la conduite des vignes mais surtout sur la façon dont interagissent les processus complexes de transformation des raisins et des moûts au cours des vinifications, puis des élevages des vins. Par exemple la conviction que nous avons depuis longtemps de l’intérêt de ne pas levurer les vins, conviction totalement empirique, basée sur le constat d’une plus grande complexité aromatique lors de la dégustation des vins à fermentation spontanée, devient logique après que Cécile nous ait expliqué la diversité incroyable de levures naturellement présentes sur le raisin et les aptitudes de chacune à la mise en valeur de certains précurseurs aromatiques. Le nombre de ces levures indigènes présentes sur les raisins sera bien sûr d’autant plus important que la vie aura été préservée à la vigne. Toutes les formes de vie, tous les équilibres. Vaste sujet.

Les autres intervenants nous ont parlé de commercialisation. Nous avons pu entendre les conseils d’un spécialiste de la Grande Distribution en la personne de Patrick Amigo qui nous a expliqué le fonctionnement de ce marché. L’intérêt du discours a été de tordre le cou à certaines idées préconçues que se font bon nombre d’entre nous quant à l’argumentation à mettre en avant pour aborder ce type de marché. Croire que les chaines de GD cherchent avant tout un prix bas est une erreur. Une bouteille vendue 6 € rapporte plus qu’une bouteille vendue 2 €. Un prix trop bas n’est pas vendeur. Ceci est encore plus flagrant si on parle du marché traditionnel, cavistes et CHR (Cafés-Hotels-Restaurants).Patrick Chazalet, ancien agent de quelques grands domaines, nous a expliqué sa vision des choses. Il prétend que « le vin doit être ce qu’il est, sans chercher à s’adapter au client. Si on écoute trop le client on ne sait plus quoi faire. Ce n’est pas le client qui fixe le prix. Mais bien sûr cela ne tient qu’à condition que le vin raconte quelque chose, qu’il ait une vraie personnalité.  »

La différence d’approche a été notoire entre le discours du spécialiste de l’export, Frédéric Guiraud, et le discours de Patrick Chazalet. Alors que l’un nous dit de nous adapter au marché en produisant le vin qu’attend le client et en inscrivant sur les étiquettes les mentions vendeuses (vendanges manuelles, élevage en barrique, médailles et récompenses en tous genres, bio  etc…) et en ne dépassant surtout pas un plafond psychologique de prix, l’autre nous dit de faire le vin qu’on aime, original et sans concession, d’en assumer les particularités et le prix de revient et de lui fixer un prix rémunérateur.D’un côté le discours marketing, de l’autre le discours identitaire, défenseur de son terroir et de ses particularités. D’un côté on vend des volumes, de l’autre on vend de l’image, du rêve peut-être. D’un côté on s’adapte au marché en essayant d’être réactif, sans quoi on est toujours démodé, de l’autre on fait ce que l’on aime et dont on est fier, on affirme un style, un classicisme en quelque sorte. Cette formation aura au moins eu l’intérêt de faire prendre conscience à chacun de nous que deux options s’offrent à nous, sachant que l’une n’empêche pas forcément l’autre. J’ai quand même essayé de rappeler que la notion de vin d’AOC implique l’expression de l’originalité d’un terroir, et non la banalisation d’un vin dans le but de répondre à la demande du marché. Mais il s’agit là d’un autre débat. Simplement quelle que soit l’option choisie il faut être conscient de ce que l’on veut et du parcours à suivre pour y parvenir.

Dernière séance le 15 avril avec Dominique Massenot qui va nous parler du fonctionnement du sol et des moyens à mettre en œuvre pour favoriser l’influence de ce sol sur le goût du vin. Sujet compliqué et passionnant.