9 novembre 2014, fin des vinifs d’un millésime étonnant, surprenant, inattendu. Alors que tout allait mal cet été avec des températures anormalement basses et des pluies incessantes, alors que même au début des vendanges les raisins ne nous plaisaient pas on peut dire aujourd’hui que le résultat est inespéré. Tout va donc pour le mieux me direz vous? Pas tant que ça! Si je me remets devant le clavier après un si long silence c’est aussi et surtout pour parler de tout ce qui m’exaspère dans notre entourage, particulièrement agricole. Depuis bientôt deux ans que je n’ai rien écrit sur ce blog il s’en est passé des choses qui m’ont donné envie de pousser mon coup de gueule. Que ce soit l’agriculture en général ou la viticulture en particulier, bien des évènements plus ou moins récents ne me portent pas, hélas, à être fier de ma profession. D’autant plus que nous avons, en Lot et Garonne, le triste privilège d’avoir une chambre d’agriculture présidée par la Coordination Rurale, syndicat agricole dont le discours à la fois prétentieux et égoïste finit par me décider à affirmer mon désaccord avec les agissements et les revendications d’un monde agricole dont je fais partie et qui me fait honte.

 

Honte des slogans affichés au bord de nos routes et financés par la collectivité: « foutez nous la paix, laissez nous travailler ». Autrement dit on ne veut pas de normes, pas de restrictions, on veut pouvoir produire comme on veut, polluer à volonté, faire n’importe quoi mais surtout continuer à bénéficier des aides de l’Europe. « Les agriculteurs vous offrent le paysage ». Comme si les agriculteurs travaillaient pour le plaisir des yeux de leurs concitoyens. Comme si les paysages avaient besoin de l’intervention des paysans pour être beaux, comme si l’agriculture intensive et productiviste prônée par les syndicats majoritaires rendaient la Beauce plus belle que la Lozère. Honte d’entendre certains paysans prétendre que ceux qui ne voient pas les choses comme eux, et qui s’inquiètent de l’avenir de notre planète sont des « intellectuels parisiens déconnectés des réalités ». Je ne pense pas être un « intellectuel parisien déconnecté des réalités » pourtant je m’inquiète des conséquences sur l’environnement et sur la santé publique de notre agriculture. Je suis depuis longtemps étonné que la politique agricole commune continue de subventionner l’irrigation tout en ayant pendant longtemps subventionné simultanément les jachères obligatoires à hauteur d’au moins 10% des surfaces pour cause de surproduction. Alors qu’on entend tous les jours parler du réchauffement climatique et des conséquences désastreuses qu’il va avoir sur notre environnement avec notamment des déficits d’eau potable on en est encore à encourager et subventionner une agriculture fortement consommatrice d’eau. On pousse, par le levier économique, le paysan à produire du maïs irrigué partout en France. Alors qu’on demande aux ménages de préserver la ressource en eau sachant qu’une famille de 4 personnes consomme en moyenne 150 m3 d’eau par an, un hectare de maïs irrigué consomme couramment entre 1000 et 3000 m3 par an. Une exploitation agricole qui apporte 200mm d’eau (2000m3 à l’ha) sur 100 ha de maïs aura consommé dans l’été 200 000 m3 d’eau soit autant que 1300 familles de 4 personnes. Je ne dis pas qu’il ne faut pas arroser le maïs, je dis qu’on peut quand même en parler et se demander si les pouvoirs publics ne seraient pas bien inspirés de chercher à promouvoir d’autres formes d’agriculture, ne serait-ce qu’en arrêtant de subventionner l’irrigation.

 

Dans le monde viticole dont je fais aussi partie nous avons eu une belle démonstration de mauvaise foi de la profession viticole dans l’affaire Olivier Cousin qui a enfreint la loi en mentionnant le terme « Anjou » sur ses bouteilles de vin de France alors qu’Anjou est une AOC et que par conséquent le terme est protégé par l’INAO et ne peut être utilisé que sur un vin d’AOC. Nous avons entendu les défenseurs des AOC parler de tromperie du consommateur, comme si le vin d’Olivier Cousin n’était pas produit en Anjou. On ne défend pas le consommateur mais des avantages acquis au fil du temps par la profession viticole qui ne se soucie en réalité que de préserver des privilèges réservés aux AOC comme la chaptalisation ou l’utilisation des termes Château, Domaine, Clos etc…Comment expliquer que si les raisins ne sont pas suffisamment mûrs on a le droit d’y ajouter du sucre pour en faire de l’AOC mais que c’est interdit si on en fait du vin de France. Autrement dit un vin à l’étiquette ronflante du genre « Chateau Truc Much AOC Bordeaux Supérieur » peut avoir été produit dans une grange pourrie avec des raisins pas mûrs additionnés de sucre de betterave sans enfreindre la législation alors que les plus beaux raisins des plus beaux terroirs du plus beau chateau de la Gironde ne pourront pas mentionner Chateau sur leur bouteille s’ils préfèrent être en vin de France plutôt que de cotiser au syndicat et à l’interprofession des vins de Bordeaux . Je ne dis pas que n’importe qui doit pouvoir écrire n’importe quoi sur ses étiquettes, je dis que la tromperie du consommateur n’est pas là où  le disent certains et qu’il ne faut pas prendre les gens pour des abrutis en prétendant défendre le consommateur alors qu’on ne pense qu’à défendre ses intérêts économiques immédiats.

 

Je ne parlerai pas ce soir des bonnets rouges ni de notre ministre de l’écologie qui parle d’abord et réfléchit (parfois) ensuite. Il m’a semblé nécessaire de dire que tous les paysans ne sont pas des brutes épaisses qui saccagent tout et maltraitent les animaux. Beaucoup ont comme moi honte du discours et des actes de ceux qui nous représentent. De même qu’il est malvenu lors des grèves des trains d’insulter les rares chemineaux qui travaillent, il serait malvenu de mettre tous les paysans dans le même panier que ceux qui empoisonnent les villes avec leur lisier ou martyrisent des pauvres ragondins.

 

 

 

 

 

Je ne prends plus le temps d’écrire des articles mais ce n’est pas pour ça que je ne prends plus le temps de réfléchir.

I haven’t got much time for writing articles, but that doesn’t mean I haven’t got time for thinking.

 

 

 

Voici l’idée qui m’est venue pour venir en aide à l’association Babakoto qui oeuvre pour la scolarisation des enfants malgaches et pour le reboisement des montagnes Zafimaniry. Si vous n’êtes pas au courant vous pouvez parcourir notre feuilleton qui raconte notre voyage à Madagascar l’hiver dernier ou consulter le site de l’association Babakoto.

I’ve thought of an idea of how we can help the Babakoto association which is involved in the provision of schooling for Madagascan children and the reforestation of the Zafimaniry mountains. For more information, you can browse the articles about our trip to Madagascar last winter or look at the Babakoto website.

 

Les fêtes de fin d’année sont l’occasion, pour ceux qui comme nous ont des choses à vendre de proposer à leurs clients des promotions, remises, opérations commerciales en tous genres. Eh bien chez nous non; pas de promotion ni de remise, juste la possibilité pour ceux qui le souhaitent de verser une partie du prix du vin à l’association Babakoto. L’association étant reconnue d’utilité publique vous recevrez un reçu qui vous permettra de bénéficier d’un crédit d’impôt de 66% du montant que vous aurez versé, que vous soyez imposable ou non, à condition que le montant du don dépasse 20 €.

At Christmas and New Year most traders offer special prices, discounts and all kinds of deals to their customers. But not us; no special offers or discounts, just the opportunity for those who’d like to get involved to donate a percentage of the price of the wine they buy to Babakoto. As the organisation is state-approved, you’ll get a receipt which will enable you to get 66% tax relief on your donation, whether or not you pay tax, provided your donation is over 20 euros.

 

Nous vous donnons la possibilité, dans la mesure ou votre commande dépasse 200€, de régler la somme en deux chèques différents: un de 90% du montant au nom de Vignoble Le Bihan et un de 10% du montant au nom de Babakoto.

If your order is over 200 euros, you can pay with two separate cheques: one for 90% of the total made out to Vignoble Le Bihan and one for 10% made out to Babakoto.

 

 

 

Cette répartition 90/10 passe à 85 /15 si vous commandez plus de 72 bouteilles c’est à dire pour par exemple 84 bouteilles de pie Colette à 7 € vous rédigerez un chèque de 499€  au nom de Vignoble Le Bihan et un de 89€ au nom de Babakoto, le transport du vin étant à notre charge. Outre le vin, vous recevrez quelque temps plus tard un reçu de l’association qui vous donnera droit à 66% de crédit d’impôt sur les 89€ soit 58,74€ ce qui au final représente une économie de 10% sur le prix du vin en plus du port gratuit. De plus le don que vous aurez fait vous propulsera de fait au rang de membre de l’association, ce qui n’est pas rien…

This 90/10 percentage changes to 85/15 if you order more than 72 bottles, so for example, if you were to buy 84 bottles of Pie Colette at 7 euros, you’d write a cheque for 499 euros made out to Vignoble Le Bihan and another cheque for 89 euros made out to Babakoto, and we’ll arrange free delivery of the wine. You’ll soon receive a receipt from the charity which will entitle you to 66% tax relief on the 89 euros, i.e. 58.74 euros, which works out at a saving of 10% on the price of the wine in addition to the free delivery. Also, the donation you’ve made will give you membership of the association, which is an extra benefit.

 

 

Nous n’avons pas la prétention de vous inciter à aider Babakoto si vous en ressentez déjà l’envie, car dans ce cas vous n’avez pas besoin de nous, il vous suffit d’envoyer directement un chèque à l’association, mais nous tenons à vous proposer cela plutôt dans le but de faire participer l’état à notre engagement pour Madagascar en vous faisant bénéficier des 66% de crédit d’impôt  sur ce que nous consacrons à l’association.

Of course you don’t need this offer in order to help Babakoto, you can simply send a cheque to the charity. But we’re keen on this idea because it gets the state involved with our commitment to Madagascar by allowing you the 66% tax relief on what we donate to the association.

 

 

Au final tout le monde doit être gagnant: vous car vous pouvez bénéficier de 10% de remise, l’association qui reçoit 15% du montant de nos ventes et nous dans la mesure où la démarche fait progresser nos ventes. Le seul qui va gagner un peu moins que d’habitude sera l’état qui devra reverser sous forme de crédit d’impôt une partie de la TVA et taxes diverses qu’il aura perçues sur la transaction.

In the end, everybody’s a winner: you get 10% off, the charity gets 15% of our sales income and we benefit when this approach helps to increase sales. The only party which will get a bit less than usual will be the state which will have to pay you back as tax relief part of the VAT and various taxes which it will have levied on the transaction.

 

 

 

 

 

 

 

J’ai honte. Mutisme total depuis le 17 avril. Plus de 7 mois. Je n’ai même pas pris le temps de terminer mon feuilleton sur notre séjour à Madagascar. Promis je m’y colle sous peu.

 

À ma décharge nous avons eu de l’occupation  cette année, comme par exemple un branle bas de combat quasi permanent pour tenter de sauver nos raisins des attaques répétées de maladies dues aux conditions climatiques particulièrement favorables à la pousse de champignons en tous genres, dont le fameux mildiou.

 

Nous avons perdu une partie de la récolte dans la bataille mais le manque de volume est compensé par un niveau de qualité complètement inespéré, tant en rouge qu’en blanc.

 

Des vendanges qui ont été à la fois les plus tardives et les plus courtes que nous ayons connues, commencées le 25 septembre et terminées le 12 octobre. Dommage pour nos vendangeurs qui ont eu beaucoup moins de travail que d’habitude, la qualité du raisin ne nécessitant quasiment pas de tri mais tant mieux pour notre porte feuille qui s’en tire à meilleur compte.

 

Les vinifications se terminent et quelques sorties se préparent: à Chateauroux chez Éric Raffault le week-end prochain 23 et 24 novembre et le week-end suivant à l’Échansson à Nancy.

 

À très bientôt  pour d’autres nouvelles, dont une surprise pour les fêtes de fin d’année.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai assisté aujourd’hui pour la première fois à une réunion du Comité Régional de l’INAO. Après un préambule intéressant au cours duquel le président Hubert de Bouard nous a expliqué notre rôle et notre mission nous avons abordé l’ordre du jour. Ma déception a été grande de constater à quel point les débats furent bien loin de ce que j’espérais après avoir entendu le discours d’introduction du président.

 

Celui-ci venait en effet de nous expliquer que nous avions été nommés par le ministre de l’agriculture pour œuvrer dans le sens de la défense de l’intérêt global des AOC, que notre souci ne devait pas être notre propre AOC mais tout le système des AOC dans sa généralité, notre échelon régional n’ayant de toute façon aucun pouvoir décisionnaire mais seulement un rôle consultatif, les décisions étant prises par le comité national constitué de 26 vignerons, 16 représentants du négoce et un dizaine de représentants des institutions.

 

Le discours du président m’avait plu et connaissant l’ordre du jour j’imaginais déjà notre belle assemblée débattre par exemple du bien fondé de la chaptalisation des vins AOC et du cas des vins liquoreux en particulier. Au lieu de cela nous avons pu écouter le représentant de Sauternes expliquer qu’il y avait plusieurs façons de lire les textes européens et que certains juristes estimaient que l’interdiction de chaptaliser  les vins titrant plus de 15 degrés pouvait être contournée. Personne n’a avancé l’idée que quand on se revendique la plus prestigieuse des appellations de liquoreux on pourrait peut-être aussi se fixer pour objectif de faire le vin sans y ajouter du sucre de betterave.

 

La plupart des autres sujets concernaient des demandes d’extensions d’aires géographiques déposées le plus souvent par des vignerons auprès de leur syndicat d’appellation. L’appellation Pauillac demande une augmentation de plus de 5ha de son aire  d’appellation. Les fonctionnaires de l’INAO nous expliquent qu’une précédente demande concernant les mêmes parcelles a déjà fait l’objet d’un refus il y a quelques années aux motifs aussi divers que »zone hydromorphe, sablière, ancien jardin potager etc… » Quelqu’un a demandé pourquoi l’ODG avait émis un avis favorable, ce a quoi il lui a été répondu qu’un avis défavorable devait être motivé alors qu’un avis favorable n’avait pas à l’être.  J’ai eu l’impression que tout le monde était d’accord pour considérer qu’une telle demande n’était pas défendable et que notre assemblée ne pouvait qu’émettre un avis défavorable. Je  n’ai cependant pas été vraiment surpris, quand le président a demandé de voter  (les votes se font à main levée ) et a posé la question « qui est contre », d’être le premier et presque le seul à lever la main. Le dossier a donc été transmis au comité national avec avis favorable du comité régional. Tous les autres dossiers ont obtenu un avis favorable à la quasi unanimité des membres présents, qui se connaissent tous ou presque et qui préfèrent ne pas s’opposer aux demandes des collègues, ne sachant pas de quoi demain sera fait ni de qui ils auront besoin.

 

Mon inquiétude  est que le fonctionnement soit le même au niveau national, et que les demandes de l’un ou de  l’autre ne soient pas contestées par les représentants des autres régions de peur de « représailles » ultérieures.

 

Je n’ai hélas pu que constater que là comme aux plus petits niveaux que sont nos syndicats d’appellation, chacun ne pense qu’à son intérêt personnel et immédiat et que les conflits d’intérêts sont omniprésents. Une partie du problème pourrait être facilement réglé en instaurant le vote à bulletin secret, mais est- ce que quelqu’un en a  envie?

 

 

Pour ceux qui n’ont pas trop suivi nous arrivions lors de l’épisode précédent à Ambalavao, sur la route du retour vers Tananarive. Je vous annonçais la visite d’un atelier artisanal de confection d’écharpes en soie. Il s’agit des écharpes que Mark achète avec ses deniers personnels et revend ensuite pour reverser l’intégralité des sommes récoltées à l’association Babakoto.

 

La visite conduite par la patronne de l’atelier commence par la présentation des cocons de vers à soie: ceux issus de vers d’élevage dans le panier de gauche et ceux issus de vers sauvages dans le panier de droite.

 

Les cocons sont ramollis dans de l’eau puis ouverts et disposés les uns sur les autres sur une pointe plantée dans une planche afin de former une boule. 7 cocons sont nécessaires pour former une boule, ou une pelote.

 

Avec beaucoup de cocons on finit par obtenir un gros tas de pelotes, que l’on va ensuite faire bouillir plusieurs jours dans un chaudron en fonte.

 

 

 

 

 

 

 

 

Après être passées alternativement durant plusieurs jours du stade de l’ébullition pendant toute la journée au refroidissement durant la nuit, les pelotes sont sorties du chaudron, mises à égoutter et à refroidir.

 

 

 

La soie peut alors être filée.

 

Les femmes ont à leur gauche le tas de pelotes dont elles tirent les fils de soie, et en les posant sur leur cuisse les frottent avec le plat de la main pour les enrouler sur eux mêmes.

 

 

 

On voit bien sur la photo suivante le tas de soie brute à gauche de l’ouvrière et le fil déposé dans la bassine à sa droite.

 

 

Le fil contenu dans la bassine est ensuite tissé au moyen d’un métier à tisser branlant, entièrement manuel, fabriqué artisanalement et manœuvré autant avec les pieds qu’avec les mains.

 

 

 

 

La seule opération à laquelle nous n’assistons pas est la teinture, mais on nous explique que le choix existe entre les teintes vives obtenues avec des teintures chimiques et les couleurs moins vives obtenues avec des teintures naturelles. Dans certains cas les fils sont teints avant le tissage et dans d’autres cas ce sont les écharpes terminées qui sont plongées dans les bains de teinture.

 

 

Le travail est énorme et tout est fait manuellement. Nous étions loin d’imaginer le nombre d’opérations nécessaires. Les écharpes sont chères mais on comprend pourquoi. Nous en achetons quelques unes et prenons quelques bricoles en plus car c’est le seul moyen dont nous disposons pour contribuer à pérenniser un tel artisanat certainement condamné à disparaitre en raison de l’importance colossale de la main d’œuvre nécessaire.

 

Après la visite nous retournons à l’hôtel et prenons rendez vous avec Maurice pour se retrouver à Ambositra demain en milieu de journée.

 

Mardi 6

Départ de l’hôtel Bougainvilliers d’Ambalavao à 6h15, direction Ambositra. De nombreux troupeaux de zébus migrent vers le nord en empruntant comme nous la N7. Ils se dirigent, comme nous, vers Tananarive. Comme pour nous ce sera leur terminus. Nous reprenons l’avion samedi matin. Eux se dirigent vers l’abattoir de Tana.

 

En passant à côté du troupeau nous prenons en photo le zébu qui a la plus belle bosse. Ce n’est que bien après, en voyant la photo en grand que je remarque la découpe originale de l’oreille d’un des zébus (celui dont on voit la tête presque entière). Je suppose que cette découpe sophistiquée doit faire office de marquage, un peu comme d’autres éleveurs marquent leurs animaux au fer rouge.

 

Nous croisons beaucoup de véhicules rudimentaires, genre de carrioles en bois montées sur de petites roues faites de bois et de caoutchouc. Celle de la photo suivante est chargée de longs bâtons destinés à confectionner des échafaudages. Les côtes sont dures à monter et on se demande comment peuvent se franchir certains « nids d’autruches ».

 

 

Il y en a partout sur la N7, plus ou moins gros, plus ou moins larges. Il n’est pas rare qu’ils occupent toute la largeur de la route et qu’ils soient si profonds que leur franchissement en voiture pose un réel problème.

 

 

 

Nous croisons une voiture orange surmontée d’un gyrophare dont le conducteur nous fait signe de nous garer. C’est l’occasion de remarquer l’état d’entretien des bords de la route. Le fossé est curé à la main et l’herbe tondue à la faucille.

 

Notre œil est attiré par le nombre incroyable d’antennes de téléphonie.  Les malgaches n’ont pas l’air de se poser les mêmes questions que nous quant à la nocivité des ondes émises par ces antennes. On en voit dans tous les villages, sur les toits des hôtels, des écoles, au sommet des collines.

 

 

Dans une longue descente nous dépassons un charriot qui descend à roue libre à une vitesse incroyable. Les trois occupants n’ont pas l’air inquiets pour leur intégrité physique. La direction est contrôlée sur la droite du véhicule par le bâton oblique qui commande l’orientation de l’essieu avant et la vitesse peut être réduite grâce aux patins en bois qui peuvent être mis en contact des roues arrières en tirant un levier de bois qui dépasse verticalement du plancher, dans le dos du gamin assis en travers. La vitesse n’a vraiment pas l’air d’effrayer les passagers du véhicule. Le chauffeur reste concentré sur sa trajectoire.

 

 

La route est parsemée de représentants de la force publique chargés de lever l’impôt. À non pardon, chargés de vérifier le respect des règles du code de la route. Comme personne ou presque n’est en règle pour cause de surcharge, de surnombre de passagers, d’état du véhicule, de pneus usés, de non conformité en tous genres, parfois tout cumulé, la coutume locale permet de se dédouaner à chaque contrôle en offrant un petit cadeau. Les billets de 10 000 A sont appréciés et permettent aux usagers de continuer leur route.

 

 

Beaucoup de véhicules en panne ou accidentés jonchent les bas côtés empiétant parfois fortement sur la chaussée.

 

Nous arrivons enfin à l’hôtel où nous déposons nos bagages avant d’aller faire un tour en ville. Nous prenons quand même une photo de cette incroyable marmite taillée dans un tronc d’arbre. Sa taille est impressionnante et notre première réaction est de nous demander qu’est ce qu’on peut bien faire cuire dans une marmite en bois. Il ne s’agit pas d’une marmite mais plutôt d’une « glacière ». Elle était autrefois utilisée pour garder le frais. Le bois est effectivement un très bon matériau isotherme.

 

Si vous avez besoin d’une glacière originale elle est à vendre au prix de « 20 000 000 Ar.  prix ferme sinon rien », soit un peu plus de 7000 €.

 

Notre balade en ville nous donne l’occasion de croiser une fois de plus ces étonnantes entreprises de transport. On voit sur la photo suivante deux charrettes chargées de briques. Précisons que les briques sont en terre cuite pleine, et non creuses. Nous avons du mal à évaluer le poids total du chargement mais sommes impressionnés par la charge de la deuxième remorque, tirée par un seul homme. Notons qu’il n’y a sur la remorque aucun système de freinage.

 

 

Nos pas nous conduisent une fois de plus, presque sans faire exprès, jusqu’au marché.

 

Ici les légumes.

 

Ici l’étal du boucher charcutier.

 

Là la marchande de fruits.

Nous avons la confirmation que les denrées alimentaires ont un cours et que tout n’est pas négociable. Les fruits et légumes sont vendus généralement aux environs de 1000 A le kg et il n’y a guère qu’aux endroits très fréquentés par les vazahs  qu’on peut vous annoncer 10 000 A le kg ou plus, pour ensuite baisser le prix et finir par vous demander de faire une offre. Ces arnaqueurs visent les vazahs fraichement débarqués et pas encore informés de la valeur des choses.

Nous prenons la décision que lors de notre prochain voyage dans les villages zafimaniry nous prendrons le temps de faire quelques provisions pour éviter de ne manger quasiment que du riz pendant une semaine, quitte à engager un ou deux porteurs de plus.

 

Cet après midi nous devons retrouver Maurice et demain nous repartons vers Antsirabé.

 

À suivre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notre dernière soirée à Antoetra s’annonce bien. Nous allons manger à table, et non comme depuis une semaine sur des nattes posées à même le sol. Le repas cuisiné par Cathy fait saliver Martial qui rêve de bonnes pâtes et n’en peut plus de voir du riz. Nous allons surtout pouvoir discuter entre nous de ce que nous avons vu durant la semaine écoulée et parler du compte rendu que nous devrons remettre au conseil d’administration de Babakoto. Doit-on lister de façon objective et impartiale tous les points qui nous en semblé perfectibles ou doit-on, pour éviter le risque de vexer qui que ce soit, faire comme si tout était parfait? Nous tombons assez vite d’accord sur l’option de rapporter le plus précisément et le plus objectivement possible nos impressions, remarques et propositions.

 

Nous sommes bouleversés par le cas du village détruit par les voleurs de zébus mais aussi par deux choses en particulier: une impression de malnutrition dans les villages les plus pauvres de la commune et le préjudice que représente l’absence de Temple digne de ce nom pour le village de Vohitandriana. La détresse dans laquelle se trouve ce village qui a par trois fois entrepris de reconstruire son temple pour ne jamais l’achever faute de moyens nous interpelle au plus haut point. La chef du village et tous ses habitants sont prêts à d’incroyables efforts pour cette reconstruction mais ne voient pas de solution accessible à leur budget. Nous nous promettons, sans trop savoir de quelle façon, de faire notre possible pour améliorer la nutrition des enfants et pour aider à la reconstruction de ce temple. Au moment ou j’écris ces lignes, nous n’avons pas de solutions radicales mais certaines idées ont germé puis fait leur chemin. Mais j’en parlerai plus tard.

 

La cuisine faite sur le feu dans le petit réduit sans cheminée nous a un peu rougi les yeux mais la pièce dans laquelle nous mangeons est agréable, de même que les chambres où nous passons la nuit.

 

Samedi 3 décembre.

Nous devons aujourd’hui participer à la distribution des 1050 lampes solaires.

 

 

Notre départ pour Ambalavao est prévu pour le début de l’après midi. Nous avions dit à Adj, notre chauffeur de la semaine dernière que nous aurions besoin du minibus vers midi. Il est 7h15, nous finissons d’étendre le linge que nous venons de laver quand un minibus Toyota se gare devant le gite. Le chauffeur s’approche et se présente: « je suis Mani, le cousin de Adj. Il m’a dit d’être là à 10 heures mais pour être sûr de ne pas vous retarder j’ai préféré arriver un peu avant ». Nous le prévenons que le départ n’est pas pour ce matin et nous allons comme convenu chez Albert qui la veille au soir, du haut de ses 8 ans nous a tenu une conversation de guide touristique. Nous visitons le magasin de la famille à Albert puis celui de la famille d’un de nos guides. Une foule d’objets en bois, des sculptures en tous genres, des vieux coffres en palissandre, annoncés comme toujours à des prix exorbitants au départ finissent par se négocier de façon à donner satisfaction, je pense, aux deux parties. Nous achetons finalement pour à peu près la même somme dans les deux magasins, car les deux familles nous suivent d’un magasin à l’autre. Tout le monde semble finalement très satisfait.

 

 

 

 

 

 

Marion se prend d’affection pour Albert, atteint d’une maladie de peau depuis l’age de deux ans, au moment du départ de son père, parti vivre ailleurs une vie meilleure ou pas. Ses frères nous disent que depuis ce moment là il passe ses nuits à se gratter, son corps étant recouvert de cette affection contre laquelle les médecins d’Antsirabé, la grande ville la plus proche, n’ont rien pu faire. Heureusement son visage n’est pas atteint. Marion passe beaucoup de temps avec lui, attendrie par sa vivacité d’esprit, sa sensibilité et son handicap.

 

 

 

Elle va très vite prendre la décision de l’aider, s’il le faut en le faisant venir en France. Albert est prêt à partir tout de suite, sa mère est d’accord. Ce n’est malheureusement pas si simple. Marion en parle à Maurice, le maire qui doit venir en France pour les 10 ans de Babakoto le premier juillet 2012. Il lui explique les démarches à accomplir et lui propose de l’emmener avec lui fin juin prochain. Marion s’engage à prendre à sa charge tous les frais générés par les formalités administratives, le voyage, les traitements. Nous tentons de la raisonner, de lui expliquer qu’elle ne pourra pas à elle seule venir en aide à tous les gens qui souffrent mais rien n’y fait, sa décision est prise. Elle est têtue comme une bourrique, les chiens ne font pas des chats.

 

Pendant ce temps là Maurice refait le compte des commandes de lampes dans le gite pendant que Mark vérifie la qualité du matériel et le nombre de lampes. La distribution ne commence finalement que peu avant midi.

 

 

Nous n’attendons pas la fin de la distribution et prenons congé vers 15h. 26 km de piste défoncée pour rejoindre la nationale 7 puis à gauche direction Ambalavao vers le sud. Nids d’autruches, virages, ponts endommagés, véhicules en panne freinent un peu notre chauffeur qui conduit trop vite à notre gout.

 

 

Après quelques freinages un peu limites et des dépassements dangereux nous lui demandons de bien vouloir ralentir, ce qu’il fait immédiatement. Nous arrivons à la tombée de la nuit à notre hôtel et avons encore une fois l’occasion d’assister au spectacle répugnant du repas en tête à tête d’un plus que quinquagénaire blanc et d’une jolie malgache d’une vingtaine d’années à peine ne levant quasiment pas de la soirée le regard de son assiette.  Le « couple » est arrivé à l’hôtel un peu après nous, l’homme a réservé une chambre et commandé le repas pendant que « madame » patientait assise sur une chaise, à l’écart, la tête basse. À la fin du repas l’homme s’est levé de table, l’air content de lui et a quitté la salle du restaurant, suivi d’assez loin par la jeune femme qui montrait le même enthousiasme à le suivre que le condamné à mort qui s’avance vers la potence. Nous avons du mal à comprendre que cela puisse se passer à la vue de tout le monde, sans que l’homme ne semble éprouver la moindre gêne. La journée se finit tristement pour nous, mais sans doute bien plus tristement encore pour la jeune femme.

 

Dimanche 4 décembre.

Changement de véhicule pour se rendre dans le Parc Andringitra: 4×4 obligatoire. Montagnes magnifiques. On voit ici la falaise impressionnante du Karambony: 900m d’à pic .

 

 

 

Juste à côté le plus grand caméléon de Madagascar. Un rocher énorme au sommet d’une montagne.

 

 

 

Nous nous rendons au camp Catta, parait-il tenu par un français. Les tarifs sont exorbitants, que ce soit pour manger ou pour dormir. Le plus petit bungalow est à 49 000 A, une chambre correcte à 140 000 A. Nous refusons de donner pour une nuit et un repas de quoi payer le salaire mensuel de 3 ou 4 employés qui travaillent là 7 jours sur 7. Nous venons à Madagascar pour aider les malgaches, pas pour enrichir un français qui s’engraisse sur la naïveté des touristes en exploitant son personnel. Nous nous en expliquons avec les gens qui nous reçoivent, tous adorables. Le patron n’est pas là, dommage. Nous mangeons finalement une assiette de riz et dormirons dans une tente.

 

Lundi 5.

Debout 5h30, petit dèj 6 h. Départ 6h 30pour faire le circuit du caméléon. La balade est annoncée 6 h.

 

 

Nous marchons d’un bon pas et faisons 3 bonnes pauses, dont une sur le dos du caméléon ou nous goutons un blanc sec local offert par Mark mais malheureusement bouchonné.

 

 

La balade est magnifique, nous passons sous les falaises de 900m du Karambony, impressionnantes. Nous croisons quelques lémuriens, un caméléon et beaucoup de gros lézards.

 

 

 

 

 

Un criquet énorme nous passe à côté.

 

Un autre, un peu plus loin, posé.

 

 

À 10 h 15 nous sommes de retour, nous avons marché environ 3 heures.

 

Une affiche dans la salle de restaurant nous rassure un peu, nous espérons que la menace qu’elle profère contribuera à calmer les ardeurs de certains.

 

 

Nous ne trainons pas pour nous doucher et charger nos affaires et quittons le camp vers 11 h en laissant un bon pourboire aux employés du camp, pas responsables des tarifs pratiqués par leur patron.

 

 

Nous trouvons sur la piste des véhicules de transport de troupes pas trop sécurisés. Les jeunes assis dans la remorque qui saute parfois d’une bosse à l’autre n’ont qu’à bien se tenir, le chauffeur n’a pas l’air de trop penser à eux.

 

À Ambalavao Cathy, Mark et moi allons au marché nous approvisionner en produits locaux pour notre repas alors que les jeunes préfèrent manger au restaurant.

 

 

Nous ne regrettons pas notre choix: fruits, tomates, beignets, nougats font notre bonheur. Cet après midi nous faisons la visite d’un atelier de broderie et celle, passionnante d’un atelier très artisanal de fabrication d’écharpes en soie.

 

À suivre…

 

 

 

 

 

 

 

L’épisode précédent se terminait à Tanambao Nord, lors d’un match de foot, par un violent orage que nous avions vu venir et auquel nous avions échappé en nous rendant à l’école juste avant qu’il n’éclate. Les joueurs et les supporters les plus motivés avaient eu droit à un retour précipité au village sous des trombes d’eau qu’on ne voit pas souvent chez nous.

 

L’orage aidant, la nuit commence à tomber mais la journée est loin d’être terminée. Des porteurs ont acheminé jusqu’au village un groupe électrogène et une sono en vue de la cérémonie nocturne de tuerie des insectes visibles et invisibles. C’est un rituel qui consiste à danser et à chanter pour débarrasser le bâtiment de tous les insectes susceptibles d’en compromettre la longévité. Cela se passe après le repas du soir, et peut durer toute la nuit. C’est suivant la quantité d’essence dont on dispose pour alimenter le groupe électrogène. N’étant pas remis de la journée de marche de la veille je décide de recourir au comprimé magique que nous avait prescrit notre docteur pour bien dormir dans l’avion car j’ai bien besoin d’une vraie nuit de sommeil.

 

Je dors du sommeil de l’enclume et me réveille le lendemain comme si rien ne s’était passé. Après qu’on m’ait raconté l’agitation de la nuit je constate que le comprimé magique, que j’essayais pour la première fois, est vraiment d’une efficacité à toute épreuve. J’ai dormi dans la salle de classe où ont eu lieu les festivités, la sono à fond et les gens en délire.

 

Vers 3 h 30 du matin plus d’essence. Il pleut des cordes mais qu’à cela ne tienne, un des porteurs qui n’a pas envie que la fête s’arrête part dans la nuit avec le bidon d’essence vide et le rapporte plein trois quarts d’heure après. Et la fête recommence jusqu’à ce que le groupe électrogène s’arrête à nouveau. Mais là il commence à faire jour et le teufeurs vont se coucher. Je n’ai absolument rien entendu. Je me dis qu’un demi comprimé aurait sûrement suffi.

 

Après les adieux et les remerciements protocolaires nous repartons pour le village suivant. Nous avons une école de 4 classes à inaugurer à Andraitokonana, où nous attend un zébu nettement plus gros que celui d’hier.

 

 

Il est attaché à un piquet à côté de l’école. Cette photo nous montre l’importance du terrassement qui a été réalisé, à la main bien sûr, pour construire l’école.

 

Contrairement au premier sacrifice, celui-ci s’est fait sans brutalité. Nous en sommes très reconnaissants à Maurice dont les consignes ont été respectées. Nous ne refusons donc pas l’honneur qui nous est fait de nous servir les premiers des meilleurs morceaux. Il s’agit du foie et de la bosse de l’animal qui, après avoir été débités en lambeaux sont déposés directement sur le feu.

 

 

La bosse a été découpée avec la peau et les poils mais les flammes carbonisent l’ensemble et le résultat est étonnant. Le foie est lui aussi délicieux et j’en mange de bon cœur.

 

Nous devons passer la journée sur place, ce qui nous laisse du temps libre. L’après midi une cérémonie évangéliste est organisée en notre honneur au temple du village, 100% protestant. À côté de l’autel se trouve l’estrade où a lieu le « spectacle ». Une trentaine de jeunes chantent et dansent des chansons auxquelles nous ne comprenons rien mais qui, nous dit-on, ont été écrites en l’honneur de notre visite. Le temple est archi plein, la chorale chante à tue tête et le « public » chante, crie et applaudit. Cela ressemble beaucoup plus à du négro spiritual qu’à un office religieux.

 

À la sortie du temple je me rapproche de madame Ravaoarisaoa, la chef de Vohitandriana, le village dont le temple est à ciel ouvert. Je regarde avec elle la façon dont sont appareillées les pierres du mur du temple. Ce sont des pierres tendres liées à la terre mais bien appareillées. Madame Ravaoarisaoa comprend tout de suite qu’avec cette technique de construction il faut beaucoup moins de ciment qu’avec la technique utilisée pour la construction des écoles. Elle me redit qu’elle compte beaucoup sur nous pour que son village ait à nouveau un temple. Le spectacle auquel nous venons d’assister nous convainc de l’importance pour ces populations de disposer d’un lieu de culte digne de ce nom. Je lis tant d’espoir dans son regard que je suis submergé d’émotion. Elle me fournit une preuve de plus de ce que représente Babakoto pour eux.

 

De retour à l’école je discute longuement avec René, un des conseillers de Maurice, de la façon dont sont construits les murs. Il m’encourage vivement à rencontrer les maçons pour en parler avec eux.

 

Le lendemain, jeudi 1er décembre, départ pour Fempina. Avant de quitter le village nous sommes informés qu’une femme s’est blessée en glissant sur un rocher lors du transport du ciment. Sa jambe est infectée et elle a de la fièvre. Nous lui laissons les médicaments dont nous disposons pour soigner sa jambe et disons à Maurice qu’elle doit se reposer. Il nous répond que son état ne la dispense pas de nourrir ses enfants et qu’elle doit donc travailler. Nous lui donnons 5000 A pour compenser les quelques jours durant lesquels elle est immobilisée.

 

Notre trajet nous donne droit à quelques beaux paysages, dont des rizières en terrasses, preuves du travail dont les gens sont capables pour se nourrir.

 

Quand les dénivelés sont trop importants des escaliers sont aménagés pour passer d’un niveau à l’autre.

 

Il vaut mieux ne pas avoir le vertige car il n’y a pas de rambardes pour se tenir. Le franchissement des rivières se fait aussi sur des ponts du même genre.

 

Nous arrivons vers midi près d’une cascade ou les embruns nous font le plus grand bien.

 

 

Nous en profitons pour faire une pause pique-nique avec les morceaux de zébu qui nous ont été offerts à Andraitokonana. Nos porteurs se chargent de la cuisson, à même les flammes.

 

 

Nous prenons le temps de nous reposer un peu car il n’y a pas urgence, le prochain zébu à faire les frais de la tradition locale ne sera sacrifié que demain matin. La seule contrainte à ne pas négliger est la probabilité d’un bon orage avant la fin de l’après midi. Nous reprenons donc la piste avant que le ciel ne se charge trop. Un peu plus loin nous croisons un couple d’orpailleurs au travail, dans le lit de la rivière.

 

Le mari, muni de sa pelle monstrueuse creuse le fond de la rivière et déverse les alluvions dans la battée de sa femme qui, parfois, trouve quelques paillettes.

 

Nos bouteilles d’eau sont vides et il nous tarde d’arriver à destination pour les remplir. Arrivés à Fempina, la source étant un peu éloignée nous faisons le choix, avec Mark de faire marcher le commerce local en allant dans une petite case que nous avait enseigné Martial pour acheter de l’eau minérale et du Coca. Le prix annoncé par la marchande nous fait sursauter puis préférer souffrir de la soif quelque temps de plus. Mauvaise pioche. Nous décidons de faire un passage rapide au terrain de foot pour faire acte de présence car Maurice y est parti depuis déjà un bon moment avec les notables du village. Nous allons juste dire bonjour et filer à l’anglaise pour récupérer nos bouteilles vides, les remplir à la source, y mettre les comprimés désinfectants et enfin boire un coup. Un match de foot se termine. Deux autres équipes sont en train de se former: les jeunes contre les enseignants. Il manque deux enseignants. On nous sollicite, Mark et moi pour compléter l’équipe. Difficile de refuser. La partie commence et nous découvrons les règles locales: le hors-jeu n’existe pas et le talus est un partenaire de choix, façon billard. Il n’y a pas touche tant que le ballon revient sur le terrain. Notre équipe gagne mais nous ne prétendrons pas que c’est grâce à nous. Mark et moi avions la même hantise pendant tout le match: écraser les pieds de nos adversaires qui jouaient tous pieds nus alors que nous avions nos grosses chaussures de marche.

 

Dés la fin du match je me précipite à la source et bois sans prendre le soin de désinfecter l’eau. J’ai la bouche et la gorge sèche, je n’en peux plus. Je sais ce n’est pas prudent mais j’ai survécu.

 

De retour au village je rencontre comme convenu les maçons au pied de murs de pierre en construction. Les pierres sont posées verticalement de chaque coté du mur et non à plat et ne se croisent à aucun moment. L’espace vide au milieu du mur entre les deux empilements de pierres est rempli de mortier et de gravats mais rien ne relie les deux cotés du mur.

 

Je leur montre comment, en posant les pierres à plat on les fait se croiser d’une couche à l’autre, tant dans le sens longitudinal que transversal du mur. Ils sont très attentifs et comprennent très vite ce que je leur explique. Je leur fais part de mes réserves quant à la possibilité de mettre en pratique ma méthode avec les pierres dont ils disposent, à mon gout très mal taillées. L’idéal serait de se rendre à la carrière pour voir avec les carriers comment extraire des pierres plus plates et plus larges. Mais on me dit que la carrière est trop loin et que notre emploi du temps ne permet pas une telle escapade. Dommage. Je prends congé des maçons et retourne à l’école rejoindre le reste de l’équipe. Peu de temps après, René, le conseiller de Maurice, que je n’avais pas vu depuis un moment vient s’assoir à côté de moi et me dit qu’il vient de discuter avec les maçons qui tiennent à ce qu’il me fasse part de leur reconnaissance. Ils ont très bien compris qu’en bâtissant les murs comme ils le font il suffirait de planter une barre à mine verticalement au milieu du mur et de tirer dessus pour le partager en deux dans le sens de la hauteur.

 

Le repas du soir est servi à plus de 23 h après quoi débute la tuerie des insectes. Je ne prends pas de somnifère mais m’endors quand même et rate la soirée. La marche en montagne et le  match de foot ont fait leur effet.

 

Vendredi 2 décembre. Réveil 6 h 30. Nous devons assister au dernier sacrifice de zébu et à l’inauguration de l’école. Nous espérons que ce sera fini de bonne heure car notre plus long trajet nous attend. Ça commence mal. À 8 heures du matin le zébu n’est pas encore attrapé. Et comme s’il savait ce qui l’attend il n’est pas du tout décidé à se laisser faire. À 10 heures ses poursuivants ont réussi à lui passer une corde autour des cornes et une à une patte arrière mais le bovidé s’est réfugié dans la rivière et n’a pas du tout envie d’en sortir. Ce n’est qu’à 11 heures passées qu’il finit par arriver devant l’école. Le temps nous parait long mais vers midi l’animal est entièrement débité. Commencent alors les discours d’inauguration, danses et chants habituels. Il est 13 h 15 quand le ruban est coupé. À 13 h 30 les danses autour du chapeau posé au sol pour recueillir les dons s’éternisent pendant que les nuages s’épaississent. À l’exception de Mark qui se plie gentiment à tout ce protocole nous commençons tous à nous impatienter sérieusement. Après la fraicheur matinale durant laquelle il aurait été agréable de marcher nous avons vu apparaitre vers midi un soleil ardent et vers 13 h une moiteur qui nous promet de beaux orages. Nous finissons de préparer nos bagages pour pouvoir partir au plus vite dès que nous y serons autorisés mais nous n’avons pas encore mangé. Nous avons 20 km à parcourir et un des enseignants me dit que certaines pentes en terre ne peuvent être franchies sous la pluie car trop glissantes. Nous passons à table à 14h, repas terminé à 14 h 30. Seul Mark le végétarien a mangé du zébu. Vient ensuite la rédaction du cahier des charges pour terminer les travaux: toilettes, abords etc… Maurice le rédige et le lit dans les deux langues. Le contrat est signé par toutes les parties à 14 h 50. Mark est chargé des remerciements et de demander l’autorisation de prendre congé. Le discours de Mark, clair et concis dure moins de 3 minutes. C’est alors que s’ensuivent des discussions entre malgaches sur de multiples détails et je commence à me demander si on réussira à partir avant la nuit. Mais à 15 h Maurice décrète qu’on s’en va. Le ciel est bas et gris. Il est 15 h 07 quand nous démarrons. Martial et moi sommes décidés à marcher vite et surtout à ne pas laisser les marcheurs partir devant car ils ont nos vêtements de pluie et nos lampes frontales.  À 15 h 15 les premières grosses gouttes, 30 secondes plus tard le déluge. Je me retourne pour voir où sont les porteurs. Le cortège est assez loin mais je me dis qu’avec un peu de chance Wilson qui porte mon sac sera parmi les premiers. Quand tout le monde est passé et que je n’ai vu ni Wilson ni mon sac à dos je suis trempé et je commence à pester. Je suis résigné à attendre car je sais qu’il n’est pas devant et qu’il n’y a pas d’autre chemin. Je commence à m’inquiéter au point de partir à sa rencontre. Mes habits sont complètement trempés quand je l’aperçois enfin, au moment où l’averse commence à se calmer. Je sors mon poncho de mon sac mais je repars sans l’enfiler tellement je ruisselle. Heureusement l’eau n’est pas froide. L’averse s’arrête presque aussi vite qu’elle a commencé. Il est moins de 15 h 30 quand le soleil réapparait.

 

 

Le sentier s’est par endroits métamorphosé en torrent mais l’averse était très locale et quelques kilomètres plus loin les conditions redeviennent normales.

 

 

Nous marchons à vive allure et arrivons plus tôt que prévu à Antoétra. Il est 18h15 et il fait encore bien jour. Le parcours n’était pas si dur qu’on nous l’avait annoncé, mon genou droit ne me fait plus mal et notre condition physique commence à s’améliorer. Les premiers malgaches arrivent peu de temps après nous. Ils sont nombreux à avoir fait le déplacement car demain aura lieu la distribution des 1050 lampes solaires financées par Mark, les vignerons du Grenier St Jean et l’association Babakoto.

 

Nous faisons la connaissance d’Albert, 8 ans, qui nous fait promettre de venir chez lui demain matin voir le travail du bois que font ses frères et ses cousins. Et nous nous installons dans le gite d’Antoetra où nous nous préparons un bon plat de pâtes avec des ingrédients trouvés localement et cuisinés par Cathy.Voilà déjà une semaine de passée, nous allons passer notre dernière nuit à Antoétra après quoi nous nous dirigerons vers le sud.

 

À suivre…

 

 

 

 

 

Le temps passe vite. Cela fait plus d’un mois maintenant que je veux vous parler d’un phénomène que malgré mon age avancé je n’avais jamais constaté jusqu’à cette année. Comme vous le savez ou ne le savez pas les moissons des céréales à paille (blé-orge-avoine etc…) ont lieu chez nous vers la fin du mois de juin ou le début du mois de juillet. La plus tardive de ces céréales est le triticale, genre de croisement entre le blé et le seigle, que nous récoltons habituellement plutôt vers la fin juillet. Le printemps 2011 ayant été particulièrement chaud les moissons ont eu lieu cette année plus tôt que d’habitude, et le triticale a été récolté début juillet, alors que les blés étaient moissonnés depuis déjà trois bonnes semaines.

 

Lors de la récolte certains grains ou certains épis tombent au sol, et peuvent alors être mangés par les rongeurs ou les oiseaux, ou peuvent germer et donner naissance à un nouveau pied de céréale. Le mois de juillet ayant été particulièrement humide et froid beaucoup de grains ont germé et se sont développés. Les grains qui germent en été ne donnent normalement qu’un pied chétif qui ne produit pas d’épi car les céréales d’automne ont besoin d’un minimum de froid pour initier la formation de l’épi. Il se trouve qu’en 2011 le triticale en question s’est particulièrement bien développé et a formé des épis au moment des vendanges, c’est à dire en septembre.

 

Le fait de former des épis à l’automne est déjà un phénomène exceptionnel pour une céréale d’hiver. Cela veut dire que la céréale s’est crue au printemps puisque normalement la formation de l’épi a lieu après les froids de l’hiver. Mais le plus étonnant reste à venir, car après la formation de l’épi il faut encore des conditions favorables pour que la floraison ait lieu, puis la fécondation des fleurs et enfin le développement des grains dans l’épi et leur maturation. Cela se passe à la fin du printemps et au début de l’été et demande suffisamment de chaleur et de soleil pour que la plante, grâce à la photosynthèse, nourrisse correctement les grains et que ceux-ci, après avoir atteint leur maturité, sèchent sur le pied pour pouvoir être récoltés.

 

Les conditions météo de la fin de l’année 2011 ont été si exceptionnelles que les grains de triticale tombés au sol au moment de la récolte ont réussi à produire des grains mûrs, ce qui veut dire que si on avait semé une céréale à la dose normale aussitôt après la moisson on aurait pu faire une deuxième récolte.

 

 

 

 

 

On voit sur l’image qui précède que certains pieds sont encore verts mais que la plupart ont atteint la maturité. Sur l’image suivante on voit l’épi mûr sur lequel les grains ont germé en raison des pluies de décembre et janvier

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces photos ont été prises le 27 janvier 2012 mais auraient pu être prises un mois plus tôt. Les grains commençaient juste à germer. Si le climat exceptionnel que nous avons eu en 2011 devait devenir la norme on pourrait sérieusement envisager de faire deux récoltes  par an. On atténuerait ainsi le risque de pénurie, de flambée des prix et de famine dans certains pays. Nous n’en sommes heureusement pas là mais on pourrait au moins, si ça arrivait, trouver  un côté positif au changement climatique…

 

Comme vous vous en doutez si vous avez visité ce blog ces dernières semaines, être sortis de notre campagne profonde pour nous rendre dans des villages Malgaches isolés à un point que nous ne soupçonnions pas nous a passablement interpelés, pour ne pas dire bouleversés. Le travail que fait là-bas l’association Babakoto, que nous représentions avec Mark et Martial Angéli nous a impressionnés.

Comme vous êtes en droit d’en douter, nous sommes toujours vignerons et avons l’intention de le rester encore quelque temps, même si il y a de grandes chances que nous retournions sans tarder à Madagascar continuer à essayer d’apporter notre modeste contribution à cette association qui fait sur place un travail énorme, et à ce peuple si méritant pour qui un petit effort de notre part peut être salutaire pour eux.

On sait très bien que les résolutions que l’on prend en début d’année sont rarement tenues mais je vous fais part quand même d’une de celles que nous avons prises lors de notre voyage et qui nous engage à être moins tolérants envers les gens de notre entourage qui trouvent en permanence de bonnes raisons de se lamenter sur leur sort, de se plaindre des routes bloquées quand il neige, des impôts, du prix de l’essence ou de la queue trop longue en bas des remontées mécaniques. Essayons de penser de temps en temps aux veuves qui passent des journées entières pliées en deux, les pieds et les mains dans l’eau à travailler dans les rizières pour 1200 Ariarys par jour quand le kg de riz vaut 1500 A et qu’elles ont 6 enfants à nourrir. Surtout quand on sait qu’un euro vaut presque 3000 A.

Mais comme le dit le titre de l’article je voulais ce soir vous parler d’autre chose que de notre voyage, et vous redonner quelques nouvelles du Domaine. Et en particulier vous montrer les photos des nouveaux habillages, dont je vous avais déjà vaguement parlé.

pie Colette blanc

Bien évidemment je vous mets en premier la photo d’une étiquette qui n’a pas changé puisque jusqu’à présent elle n’existait pas. La pie Colette Blanc 2010 a vu le jour à l’automne 2011 et complète la série pie Colette qui comprenait jusqu’à présent le rouge:

pie Colette rouge

Et le rosé. Pour ceux qui connaissaient les anciennes étiquettes on peut dire que la différence se voit à l’œil nu…

pie Colette rosé

Un nouveau venu, le Vieillefont Blanc. Il remplace (avantageusement bien sûr) le Mouthes le Bihan blanc sec.

vieillefont blanc

Et pour compléter la série des blancs secs, l’inévitable Pérette et les Noisetiers, qui va changer d’habillage en passant du millésime 2008 au millésime 2009.

Pérette et les Noisetiers

Le Vieillefont rouge :

Vieillefont rouge

Les Apprentis:

Les Apprentis

Et pour finir en beauté le moelleux qui n’avait pas de nom et qui s’appellera dorénavant « la Lionne et le Désert », du nom de deux de nos parcelles qui font particulièrement bon et qui appartiennent à Jean-Paul Mignard à qui nous devons énormément et sans qui nous n’aurions sans doute pas fait les vins que nous avons faits.

la Lionne et le Désert

Tout ceci sera visible et dégustable lors de nos nombreuses prochaines sorties, à commencer par Millésime bio à Montpellier les 23-24 et 25 janvier dans le hall 12 stand 157, au Grenier St Jean à Angers les 28 et 29 janvier, à la Dive Bouteille au Château de Brézé les 29 et 30 janvier, puis à VINISUD les 20-21 et 22 février hall 12 Stand D 27. Si vous souhaitez recevoir des invitations pour ces différents salons n’hésitez pas à nous en réclamer.

Lors des épisodes précédents je raconte notre arrivée à Madagascar et nos trois premiers jours sur l’île. Nous en étions au lundi soir, à notre arrivée au village de Vohitrandriana après une longue journée de marche. Le match de foot entre les équipes féminines de Vohitrandriana et Faliarivo est bien avancé. Nous assistons à la fin du match et à la victoire de Faliarivo.

fin du match

S’ensuit le match entre les garçons qui se solde lui aussi par la victoire de Faliarivo. Normal il y a des instituteurs à Faliarivo et des institutrices à Vohitrandriana. Mieux que ça: même le chef du village est une femme.

Mme Ravaoarisoa

C’est Madame Ravaoarisoa, ici à côté d’un des membres du conseil municipal dont elle fait elle aussi partie. Nous allons être invités, après le match de foot, à manger et à dormir chez elle. Le repas est comme d’habitude fait de riz et de poulet. Le jus de cuisson du poulet arrose le riz et l’eau de cuisson du riz est servie comme boisson d’accompagnement. Nous avons été à chaque fois très touchés par les efforts déployés pour nous recevoir le mieux possible. On nous a toujours proposé bière, coca, eau minérale, sodas, eau gazeuse et le traditionnel alcool de canne à sucre. On nous a toujours servi les morceaux de choix alors que les notables du village mangeaient les bas morceaux.

coin cuisine

On voit ici la partie cuisine: un petit feu au centre de trois cailloux, sur lesquels on pose les différentes marmites rangées le long du mur. Il vaut mieux que le feu reste petit car tout est très inflammable, des nattes sur le sol au toit en bambous en passant par les murs en planches. Et surtout les maisons n’ont pas de cheminée. La fumée s’échappe comme elle peut par les portes et les fenêtres quand elles sont ouvertes, ou à travers le toit quand tout est fermé.

 

 

 

L’enfumage permanent des maisons se traduit par le noircissement du haut des portes et des fenêtres.

Vu notre nombre nous déclinons l’invitation à dormir et demandons à nous installer dans une des salles de classe. Cela nous est accordé de bon cœur, et Maurice peut ainsi profiter seul de la pièce et du lit qui en occupe un côté. Il nous signale au passage que c’est préférable pour nous car il y a souvent des puces dans les cases. Marion ne tardera d’ailleurs pas à s’en apercevoir à ses dépens: le lendemain matin elle est couverte d’énormes boutons et pense dans un premier temps à une attaque de moustiques. Mais vu le nombre de piqûres, l’altitude où nous sommes et la température de la nuit cette éventualité est vite écartée. Il s’agit bien d’une attaque de puces qui a du se passer la veille au soir pendant le repas.

attaque de puces

Cette photo a été prise le surlendemain, alors que les symptômes avaient déjà bien diminué.  Au cours de son périple dans les villages après notre départ elle aura la désagréable confirmation qu’elle a une cote énorme avec ces petits animaux.

Au cours des différents repas, et au delà des discours de bienvenue, échanges de remerciements et autres compliments, parfois un peu longs qu’impose le protocole traditionnel, nous sommes informés de la réalité de la situation sur place. Pas toujours brillant. On nous apprend par exemple qu’il devient de plus en plus difficile de conserver ses zébus. Des bandits armés viennent les voler jusque dans les villages, y compris en plein jour au nez et à la barbe des villageois qui n’osent s’interposer, craignant les armes des bandits. Les paysans sont très attachés à leurs zébus mais ne veulent pas risquer la vie des habitants de leur village pour sauver leurs troupeaux. Nous sommes atterrés par cette nouvelle, révoltés même. Maurice nous explique que les gens de sa commune sont d’un tempérament pacifiste et qu’il ne les imagine pas prendre les armes pour affronter les bandits. La discussion s’engage sur les moyens envisageables pour enrayer ce phénomène. Le système qu’ont trouvé les villageois étant pour l’instant de parquer le troupeau (il ne reste que 10 zébus pour tout le village) dans des endroits très difficiles d’accès, loin du village. Maurice nous raconte que quelque temps avant un voleur de zébus avait été surpris et tué par les habitants d’un des villages d’Antroeta. La mère du bandit a porté plainte en disant que son fils était parti pour ce village et n’en est pas revenu. Une enquête a eu lieu et 7 paysans sont allés en prison, dont le chef du village. 2 sont ressortis mais 5 y sont encore. Peu de temps après le village était détruit, incendié par les complices du bandit en guise de représailles. Les villageois, terrorisés, semblent résignés à se laisser déposséder de leurs troupeaux.

Nous allons nous coucher mais avons, malgré la fatigue, du mal à trouver le sommeil, tracassés par ce que nous venons d’apprendre. Le bruit de la pluie tropicale sur les tôles ondulées de l’école est assourdissant. Mais la journée que nous venons de passer finit par avoir raison de ces obstacles au sommeil et nous sombrons pour une bonne nuit réparatrice.

Nous nous réveillons tôt et après un petit déjeuner fait de café et de riz nous prenons le départ pour Tanambao où nous devons inaugurer la nouvelle école. Maurice nous suggère de rendre visite avant de quitter le village à deux familles particulièrement pauvres pour leur donner des vêtements apportés par les Angéli. Une des deux familles vit dans une case de moins de 2m sur 3 faite d’un tressage de bambous et dont la porte est cassée. Deux sœurs. Une veuve mère de 6 enfants et une mère de trois enfants dont le mari est parti vivent à l’intérieur. Les deux sœurs paraissent avoir entre 20 et 30 ans et tous les enfants moins de 10 ans. La plus jeune des sœurs, assise par terre est en train de tresser du papyrus pour confectionner un chapeau traditionnel qu’elle maintient avec ses pieds. Elle semble très émue de notre présence. Elle essaie de continuer son travail mais ses mains tremblent et elle n’y arrive pas. Elle ne relève pas la tête. Maurice cherche dans le sac des habits pour jeunes enfants mais n’en trouve pas. Les habits de petite taille peuvent convenir aux mamans mais sont trop grands même pour les plus grands des enfants. Les larmes me montent aux yeux face à une telle pauvreté. Je repense aux pleins sacs de vêtements devenus trop petits pour nos enfants que nous aurions pu apporter si nous y avions pensé. La plus jeune des sœurs reste penchée sur son ouvrage, sans parvenir à travailler. Au moment de sortir de la case je vois les larmes couler sur les joues de Cathy et les yeux de Marc tout rouges alors que pour une fois ce n’est pas la fumée qui les irrite. Je quitte cet endroit la gorge serrée et le cœur rempli de larmes, en culpabilisant de ne rien pouvoir faire de plus.

Quelques mètres plus loin nous faisons une halte au temple où est célébré tous les dimanches l’office religieux.

temple

Vous ne rêvez pas. Les chevrons posés sur les cailloux font office de bancs alors que la tôle et le pupitre sont réservés au pasteur. Le temple n’a jamais été achevé faute de moyens. Les pignons, après s’être écroulés ont été reconstruits deux fois et sont en train de s’écrouler pour la troisième fois. Tous les murs prennent l’eau et commencent à se fendre en deux. Là encore nous discutons de ce que nous pourrions faire. La chef du village nous dit que les maçons ont évalué à 40 le nombre de sacs de ciment nécessaires pour reconstruire les pignons mais qu’à 25 000 A le sac ce n’est pas envisageable pour son village. Cela ne fait pourtant que 360 €. Nous sommes moins optimistes et pensons que vu l’état des murs ce n’est pas avec 40 sacs de ciment qu’on peut terminer le bâtiment et le consolider. Madame Ravaoarisao nous dit que la reconstruction du temple, pour ce village à plus de 90% protestant est la priorité absolue. Nous nous engageons à réfléchir à ce que nous pourrions proposer.

au revoir Vohitran

Quand nous quittons le village il est 8 h passé et une horde d’enfants nous suit en chantant. Nous devons être à Tanambao avant midi pour inaugurer la nouvelle école car le sacrifice du zébu ne peut pas se faire l’après midi.

Après les pluies d’hier soir et de la nuit le temps est en train de bien se dégager.

 

 

 

À certains endroits inaccessibles subsistent quelques morceaux de forêt primaire.

Paysage2

plante piquante

passage facile

Heureusement il n’y a pas que des passages difficiles. À certains endroits des marches ont été creusées dans le rocher.

plante sauvage

Nous nous retrouvons soudain face à une foule nombreuse.

accueil

Toute la population de Tanambao est venue à notre rencontre. Les notables se sont avancés les premiers suivis par les trois institutrices en blouses blanches et tous les enfants de l’école. Ils viennent à notre rencontre en chantant et en dansant accompagnés en musique par la fanfare composée de flûtes et tambours.

haie d'honneur

Nous sommes contents d’arriver, nos jambes n’étant pas totalement remises de la journée d’hier. Nous n’irons pas plus loin aujourd’hui, ce qui n’est pas fait pour nous déplaire.

coiffures

Nous sommes reçus dans l’école où on nous offre le café, après quoi commencent les cérémonies d’inauguration. On peut remarquer les coiffures traditionnelles Zafimaniry.

chants

Comme dans chaque village nous sommes assis aux côtés de Maurice et de tous les notables face à la population et aux enfants du village. Les échanges de politesses durent toujours assez longtemps mais les enfants chantent l’hymne national  avec un tel entrain et une telle énergie que c’est toujours un moment agréable. Après le protocole vient le moment du sacrifice du zébu.

 

 

 

Je ne vais pas rentrer dans les détails, ni argumenter par des photos mais juste signaler que nous avons été gênés par des pratiques qui nous ont semblé cruelles, en tous cas par une forme de maltraitance qui aurait largement pu être écourtée, voire évitée. Ce à quoi nous avons assisté nous a passablement coupé l’appétit, ou du moins l’envie de manger du zébu ce jour là.

 

 

 

 

1 heure plus tard l’animal avait changé d’aspect mais sans cela l’école ne pourrait être utilisée, de même que tout nouveau bâtiment.

 

 

 

La cérémonie d’inauguration de l’école consiste à en faire 6 fois le tour en chantant et en dansant pour l’asperger du sang du zébu à l’aide de sa queue (celle du zébu) en guise de pinceau.

ruban

Ce n’est qu’après avoir coupé le traditionnel ruban que les enfants peuvent rentrer dans l’école.

salle de classe

La salle de classe est bien remplie mais il y a beaucoup d’enfants à l’extérieur.

surnombre

L’attraction est telle dans l’école qu’il n’y a personne pour profiter des bancs et du point de vue de la cour de récré.

paysage

Personne non plus au village en contre bas.

Village Tanambao

Après le repas de midi reste à inaugurer le terrain de sports. Re discours, re ruban mais pas re zébu, ouf. Nous profitons d’un moment de calme pour discuter entre nous du déroulement du sacrifice du zébu. Nous sommes d’accord pour en parler à Maurice. Cathy s’en charge et lui explique que nous ne prétendons pas remettre en cause leurs traditions mais que nos traditions à nous consistent à éviter de maltraiter les animaux avant de les tuer. Nous estimons qu’un animal stressé avant l’abattage produit des toxines qui rendent sa viande moins bonne, avec pour exemple le cas du gibier qui est tué lors d’une chasse à courre, et dont on donne la viande aux chiens. Maurice a été très réceptif et a promis de donner des consignes pour le sacrifice du lendemain.

Terrain Tanambao

Pendant le match de foot la chef de Vohitrandriana coiffe Marion selon la tradition Zafimaniry.

Coiffure1

Le matériel est rudimentaire mais efficace.

coiffure2

coup d'envoi

Le match commence au moment ou la coiffeuse entre en action.

peigne

Un genre de balai assez raide fait office de peigne.

coiffure3

spectateurs

Certains spectateurs, prudents, assistent au match depuis le village. Le temps menace.On remarque trois petits bâtiments surélevés. Ce sont des greniers à grains.

coiffure4

coiffure5

coiffure6

coiffure7

Et voilà le travail, en moins de trois quarts d’heure.

Nous allons être bien inspirés de remonter à l’école avant la fin du match, un nuage plus gros que les autres ayant décidé de se déverser d’un coup.

Ceux qui étaient encore dehors sont trempés. La journée est pourtant loin d’être finie. Il reste encore la cérémonie, plus festive et plus symbolique, de tuerie des insectes.

Suite au prochain épisode…